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« Il n?y a pas de véritables chômeurs à Maurice »

7 août 2004, 20:00

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Dans le plan de licenciement de Floréal, les syndicats vous accusent d?adopter une approche pro-patronat?

En tant que ministre, je me dois d?avoir un bon rapport à la fois avec les employeurs et les employés. Dans le cas de Floréal, les relations étaient extrêmement tendues entre le patronat et les syndicats. Et c?est grâce au dialogue que j?ai fait en sorte que le deadlock soit évité. On a pu éviter le pire, c?est-à-dire la fermeture de Floreal Knitwear, et sauvegarder l?emploi de la majorité des ouvriers. Au cas contraire, on aurait eu 4 000 personnes sur le pavé. Heureusement que ce nombre a pu être réduit à 900.

Vous êtes vous-même un ancien syndicaliste, cela vous aide-t-il dans votre rôle de ministre du Travail et des relations industrielles ?

Si je n?étais pas un ex-syndicaliste, je n?aurais pas pu mener certaines négociations, comme celle de Floréal. La compensation que j?ai pu négocier est Rs 10 millions supérieurs à celle promise initialement.

De plus, j?ai obtenu que tous les congés non-pris (sick leaves et local leaves) soient remboursés, ce que la loi ne prévoit pas.

Mais pourquoi donc les syndicats sont-ils contre vous?

Tous les syndicats ne sont pas contre moi, mais seulement ceux qui mettent en péril l?intérêt des travailleurs. J?ai toujours cru aux actions concrètes, au lieu des discours démagogiques qu?affectionnent certains syndicalistes. Il y a des représentants syndicaux responsables qui reconnaissent que depuis que je suis au ministère, j?ai toujours ?uvré pour l?intérêt des travailleurs. Par exemple, j?ai amendé le Labour Act et le Health and Safety Act pour mieux les protéger. Les patrons qui abusent des droits des employés peuvent aujourd?hui être poursuivis et dans ce cas, les employés bénéficient d?une assistance de mon ministère.

« Malgré tout, le textile continuera à dominer le marché de l?emploi »

Mais cela risque cette fois-ci de mettre en péril vos relations avec les patrons?

Je suis juste et j?entends tout simplement faire respecter les lois du travail, sans que cela porte préjudice à l?une ou l?autre partie. Je vous le répète : je suis pour le dialogue et la transparence.

Vous aviez dit que le textile est un secteur d?avenir. Maintenez-vous cela ?

Le textile, peu importe le contexte international, continuera à dominer le marché de l?emploi chez nous. Certes il va falloir restructurer pour s?adapter, un exercice que bien des patrons d?usine auraient dû entreprendre depuis longtemps. Ce qui nous aurait évité une situation comme celle que nous connaissons. Mais il y encore de l?espoir : Rosana Textiles va ouvrir ses portes, Star Knitwear lance une branche à Flacq, CMT inaugurera sa filature et Tian Li va absorber 300 des licenciés de Floréal. Malgré la restructuration, il y aura toujours 60 000 familles qui vont dépendre des usines de la zone franche.

Il y aura combien d?autres fermetures d?usine ?

Très peu. Ce ne sera pas alarmant, mais il y en aura quelques-unes encore. Mais le gouvernement prévoit cela, et on agit en conséquence. Un comité de crise vient d?être mis sur pied dans cette optique.

Dans ce contexte, la mise en place d?un « Redundant Fund », pour atténuer les répercussions lors des fermetures, n?a toujours pas eu lieu?

Ce n?est pas mon ministère qui s?occupe de ce dossier, mais celui de l?Industrie. En revanche, le ministère des Finances a fait un grand pas en avant avec le principe de gain sharing, grâce auquel les employés sont concernés en cas de profits et de pertes. Ce qui est source d?encouragement, pour les employés et les employeurs, pour que l?usine progresse en s?adaptant dans cet environnement compétitif.

Le licenciement, c?est un drame que vivent des mères et des pères de famille. Comment soulager tant de douleur ?

C?est triste de voir des fermetures d?usines, mais c?est la dure réalité à laquelle nous devons nous préparer. Le gouvernement propose un arsenal de mesures afin de prendre en compte ceux laissés sur le pavé. C?est vrai que la plupart d?entre eux ne trouveront pas forcément du travail dans des usines de textile, à moins qu?ils soient des high skilled employees. Or la plupart d?entre eux ne le sont pas. C?est pourquoi nous avons des plans de micro-crédit pour qu?ils se lancent dans l?entrepreneuriat, des ateliers de formations pour qu?ils se recyclent, pour qu?ils se lancent dans le secteur informel. Il y aussi les Job Fairs?

Et que sont ces « Job Fairs » ?

C?est un concept nouveau, qui n?existe pas en Afrique ou en Asie. Il s?agit de rencontres, étalées sur une journée, pendant lesquelles sont conviés des licenciés, des school leavers, ceux qui ont lancé des entreprises, et ceux qui aspirent à en créer. Pour cela, le ministère du Travail bénéficie de la collaboration de la Mepza, des syndicats, de la Banque de développement, du Trust Fund, du ministère des Droits de la femme. En fait, l?objectif est de répondre aux questions des chômeurs, des licenciés et de ceux qui recherchent une activité rémunératrice. Nous organiserons cinq Job Fairs à travers le pays. La première aura lieu le 21 août à Vacoas.

Mais beaucoup de ceux que vous ciblez sont analphabètes?

Vous avez raison, et cela risque de compliquer l?exercice de communication. Un récent sondage indique qu?il existe 22 000 personnes à la recherche d?un emploi. Et 59 % d?entre elles n?ont pas le CPE. Mais ils ne seront pas exclus. Pour ces personnes, grâce à l?IVTB, nous avons travaillé sur un mode de formation spécial, avec des cours pratiques dans les domaines de la menuiserie, de la plomberie, de la charpenterie, entre autres. Savez-vous qu?il y a un sérieux manque de main-d??uvre dans la construction et que j?ai dû accorder 1100 permis de travail pour permettre à des Chinois, des Sud-Africains et des Indiens de venir travailler sur nos chantiers ?

« Si on n?avait pas recruté des travailleurs étrangers, beaucoup d?usines auraient déjà fermé »

Pourquoi faire venir 22 000 travailleurs étrangers alors que le chômage augmente?

Les Mauriciens sont de plus en plus difficiles. Il y a 2 135 postes à pourvoir immédiatement, mais on n?arrive pas à trouver des personnes intéressées. Pour la cybercité d?Ébène, il nous faut 150 cleaners, mais personne ne semble être intéressé. Dans des boulangeries, la pêche, les centres de santé ou les usines, les Mauriciens ne veulent plus travailler, alors il faut faire appel aux étrangers, qui sont moins exigeants. Et si on n?avait pas fait pas appel à des travailleurs étrangers, beaucoup d?usines auraient déjà fermé leurs portes.

Mais les jeunes diplômés aspirent à mieux que ce que vous proposez?

Quand on n?a pas de boulot, pour gagner sa vie, il faut travailler. Il n?y pas de honte à travailler, il n?y a pas de sot métier. Tale lamen ki bizin gaign honte.

À vous entendre, les 47 000 chômeurs récemment recensés par le CSO ne devraient pas exister !

Mathématiquement, il n?y a pas de chômeurs, entendez par là de véritables chômeurs. Quiconque est à la recherche d?un emploi immédiat, peut en trouver.

Il n?a qu?a se faire enregistrer auprès du Bureau de l?emploi. Mais il ne faut pas que les Mauriciens fassent les difficiles. Il y a suffisamment de postes à remplir pour tous les chômeurs de Maurice !

Véritable chômeur, que voulez-vous dire par ce terme ?

Le véritable chômeur est celui qui n?a pas déjà un autre emploi. Une récente enquête a révélé que 4 000 demandeurs d?emplois contribuent au Fonds national pension. Ceux qui veulent du travail peuvent en trouver, il y a des postes à remplir immédiatement. Je le maintiens, il existe maintes possibilités. Les Job Fairs vont illustrer cela.

Une dernière question, politique celle-là. Pourquoi votre parti, le MSM, offre-t-il désormais du « briyani » lors de ses congrès ?

Nos partisans sont blessés par les propos de l?opposition. Ils ne sont nullement en quête d?un peu de nourriture, comme le prétend celle-ci. Ce n?est pas une assiette de briyani qui va acheter la conscience des gens. C?est juste une tradition mauricienne. Un moment de partage...

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