Publicité
Le labeur et les larmes
«Mo senti mo endan pe rase », lance Sadhna Jhummun en essuyant furtivement ses yeux remplis de larmes. Elle serre contre sa poitrine une enveloppe contenant sa lettre de remerciement et l?indemnité de licenciement. Trente et un ans d?efforts et de sacrifices à l?usine Floreal Knitwear de St-Paul, effacés d?un trait, du jour au lendemain, ce jeudi. Comme elle, 919 employés se retrouvent sur le pavé. En outre, 685 ont été transférés dans les unités de Rose-Belle et de Réunion. Des mesures prises pour être plus compétitif?
À la douleur de la séparation s?ajoute un sentiment d?incompréhension et de colère. Sadhna dit ignorer pourquoi elle se retrouve sur cette liste qui fait peur. « Mo enn bon travayer, mo pa absen, mo pena warning. Ki line gete pou met moi deor ? », soupire cette femme de 49 ans. Des questions qui reviennent comme un leitmotiv sur les lèvres de ces ouvrières dont la plupart sont issues d?un milieu de condition modeste. « Se ene inzistis ! Ena dimoun ki pa kapav marse, pa pe met deor. Banne ki envi ale, pa pe pey li pou ale », affirme Sandra Nagen, qui partage le même sort.
Les ressentiments vont également aux travailleurs étrangers. « Pourquoi nous et pas eux ? » À 24 ans, Sandra Nagen peut espérer se faire réembaucher « partout sauf dans le textile ». Ce n?est pas le cas de celles qui approchent de la quarantaine. « Mo laz tro for », soupire Marie-Thérèse George, 44 ans. Elle espère trouver une solution à ses malheurs à la foire des métiers organisée par le groupe Floréal lundi à la municipalité de Vacoas-Phoenix. Mais elle ne se fait pas d?illusions. « Eski minis Soodhun garanti ki sa 900 travayer là pou gaign travay apre ? », fulmine sa voisine.
Elles craignent de subir le même sort que Jesse, 54 ans, venue soutenir ses anciennes collègues. Licenciée en 2000, après 22 ans de service comme machiniste, elle a tenté une reconversion dans l?hôtellerie? mais en vain. « Mo pa kapav dibout enn lazourne lor mo lipie. » Alors elle s?est résignée à vendre des pistaches aux abords de l?usine?
Nicolas Maigrot, le directeur du groupe, affirme ne pas licencier de gaieté de c?ur. « C?est un jour triste. Mais nous voulons faire le maximum pour que ces gens retrouvent du travail », dit-il en énumérant les différentes mesures offertes. Le cas de ceux qui rechignent à être transférés, du moins les genuine cases, sera reconsidéré. Il trouve grave l?idée de licencier les vieux et les malades. « On ne peut pas tout tourner en démagogie. Si le critère de renvoi était la vieillesse, ce serait extrêmement grave. Le plus important, c?est que nous avons essayé de faire cela d?une façon juste. Mais tout licenciement est une injustice? »
Publicité
Publicité
Les plus récents