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L?angoisse des patrons

7 août 2004, 20:00

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Peurs et pleurs. Sur le pavé, des mères et des pères de famille en larmes, avec leur lettre de licenciement en poche. Dans les bureaux, les patrons essaient de les réconforter, en tentant de masquer eux-mêmes leurs angoisses.

Devant l?inévitable restructuration de la zone franche, en particulier du secteur textile et de l?habillement, les usines devront dans de nombreux cas réduire leur personnel pour rester compétitives. En vue du démantèlement de l?accord multifibre fixé au 1er janvier 2005 et de l?arrivée d?autres gros producteurs sur les marchés où nous avons jusqu?ici un accès préfentiel. L?industrie manufacturière livre depuis de nombreux mois une course contre la montre. Dans une telle ambiance, patrons et employés sont tout autant angoissés.

Floreal Knitwear Ltd a distribué, jeudi, leur feuille de route à 920 personnes. Arvind Overseas (Mauritius) Ltd et Arvind Spinning Ltd envisagent de cesser leurs opérations. Les deux unités ont 723 employés.

Angoisse latente dans le secteur

Devant pareille mutation, Nicolas Maigrot, directeur de Floreal Knitwear, cache mal sa tristesse et son angoisse. « Je suis triste aujourd?hui. Mais ce qui est le plus angoissant, ce sont les patrons d?entreprise qui ne prennent pas d?actions même si elles se révèlent difficiles, dures et tristes. Le plus important, c?est d?agir. Je suis tout à fait conscient des enjeux difficiles. Certes, nous ne pouvons maîtriser les enjeux internationaux, mais nous pouvons agir en conséquence ».

L?angoisse est latente dans l?ensemble du secteur. Le Joint Economic Council, organisme coordonateur du secteur privé, est préoccupé. Son président Arif Currimjee, concéde que le secteur est dans la turbulence. « Quand il y a des turbulences, cela crée de l?angoisse, un sentiment d?incertitude. Malgré tout, Maurice a les moyens de trouver une niche. Après le démantèlement de l?accord multi-fibre en 2005, il y aura certes une grosse demande vers la Chine. Il ne faut cependant pas sombrer dans le pessimisme. Maurice se verra aussi offrir des opportunités. Les clients plus petits se tourneront vers Maurice de même que ceux qui recherchent la qualité, la flexibilité et une réaction rapide.»

Thierry Lagesse, un des gros actionnaires du groupe Ciel, propriétaire de Floreal Knitwear, est lui aussi conscient que le pays aura à affronter des moments difficiles. « On ne pourra plus avoir la part du lion car le marché est sélectif au niveau des produits. On devra faire preuve d?imagination en proposant de nouveaux produits. »

Même chez ceux qui ont vu le vent venir, la crainte est là. François Woo, Managing Director de la Compagnie Mauricienne du Textile Ltée, une des unités les plus florissantes de la zone franche, explique qu?il ne faut rien laisser au hasard. « Si on ne fait rien pour la zone franche d?ici trois ans, elle disparaîtra. Nous pouvons nous consoler que nous ne sommes pas les seuls à appréhender avec crainte la fin de l?ère des quotas l?année prochaine. Il n?a pas exagéré celui qui a estimé que le secteur du textile mondial sera frappé par un véritable tremblement de terre, l?année prochaine ».

Une angoisse qui n?épargne personne. Mukeshwarsing Gopal, ex-président de la Mauritius Export Processing Zone Association (Mepza) et directeur de Southern Textiles avoue qu?il est tout autant inquiet. « Nous sommes très inquiets. La zone franche, en particulier le secteur du textile ressent déjà les secousses de la fin des quotas. Nous traversons une situation délicate. »

Son successeur à la présidence de la Mepza prévoit également une prochaine année difficile. En effet pour Edley Chimon, « la zone franche va traverser par une période difficile. Cela risque de continuer jusqu?en juin de l?année prochaine avant que ce secteur ne trouve un semblant de stabilité. La situation sera très difficile pour ceux qui sont trop vieux pour obtenir un nouvel emploi et trop jeune pour partir à la retraite. »

Améliorer notre capacité d?adaptation

Tous reconnaissent que ce n?est pas de gaieté de c?ur que l?on dégraisse ou que l?on mette la clé sous le paillasson. « La décision de fermer ou de licencier est très éprouvante pour un patron de la zone franche. Ce n?est pas de gaieté de c?ur qu?une telle décision est prise. Les patrons sont les seuls à comprendre ces contraintes. » explique Denis Rivet, ancien directeur de la compagnie Ere Lingerie.

Mais c?est surtout lorsque les choses vont mal qu?il faut se retrousser les manches et prendre son courage à deux mains. « Ce sont des moments difficiles à passer. Mais il ne faut pas que le textile mauricien se décourage, » dit pour sa part Arnaud Dalais, Chief Executive Officer du groupe CIEL. « La restructuration permettra aux usines de voir l?avenir. Nous sommes obligés de prendre des mesures pour la survie du textile. Nous sommes en train de nous développer et de capitaliser sur les principaux marchés aux Etats-Unis et en Europe. Nous investissons dans la recherche et le développement. Nous travaillons sur de nouvelles matières. Il faut monter en gamme. »

Mais pour monter en gamme, il faut surtout améliorer notre capacité d?adaptation. « Il faut savoir évoluer avec les transformations technologiques. Maintenant nous devons nous armer pour faire face au démantèlement des préférences. La formation de main-d??uvre qualifiée est capitale pour faire face à la compétition farouche, » ajoute Denis Rivet. Il trouve également que le savoir fait défaut, que « le système d?éducation ne favorise pas l?émergence d?une élite ouvrière. »

Ce qui nous arrive était cependant prévisible. Marday Venkatasamy, président de la Chambre du commerce et de l?industrie et directeur général de Filaos Ltée trouve dommage que les stakeholders n?aient pas su mieux préparer cette échéance. « On ne se restructure pas à la veille de 2005. Il y a eu une absence totale d?un vrai plan Marshall pour réduire l?impact de la fin de l?accord multifibre. La situation sur le marché de l?emploi devra permettre aussi de réduire les 16 000 emplois étrangers. Le problème de mismatch ne peut perdurer. Il est anormal que le textile licencie 5 000 personnes, recherche 5 000 personnes et emploie 8 000 étrangers. »

Tout n?est pas noir. « Il ya toujours de l?espoir pour les entreprises de confection » avance Thierry Lagesse.

Il importe cependant que nos ouvriers et nos ouvrières s?adaptent « à la dextérité chinoise qui est synonyme de succès des entreprises textiles. C?est la rançon d?une transition heureuse avec le maintien d?un certain niveau de production et de confection à Maurice. »

Arnaud Dalais note pour sa part que le secteur du T-Shirt marche, que la chemiserie se débrouille très bien. « A nous patrons d?évoluer en phase avec les changements économiques mondiaux. C?est un secteur difficile et les produits varient. C?est un défi difficile, mais on ne peut d?un trait de plume rayer un secteur aussi important. »

Quoi qu?il arrive, la zone franche, peut-être pas dans sa forme actuelle, restera pendant longtemps le plus gros pourvoyeurs d?emploi?

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