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Le rockeur Johnny Hallyday récupère ses bandes originales

6 août 2004, 20:00

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La justice française a ordonné, en début de semaine, à Universal Music, maison de disques de Johnny Hallyday, de remettre, à ce dernier, les bandes originales des chansons enregistrées par lui depuis 1961. Mais l'artiste n'a pas pour autant le droit de les exploiter. La justice donne acte de la démission du chanteur avec son employeur, qui prendra effet à compter du 31 décembre 2005. Elle ordonne que le chanteur enregistre avant cette date un dernier album pour la maison de disques, au lieu de six prévus par contrat.

Lors de sa plaidoirie, l?avocat de Johnny Hallyday avait fait de la restitution des bandes mères à son client un point primordial. Ce fonds de catalogue, avec les nombreux succès du chanteur, près de mille chansons, plus de quarante albums en studio et en public, représente une manne. Mais en l'état leur future possession par Johnny Hallyday constitue surtout un symbole.

En effet, une chose est la possession des bandes, une autre est leur exploitation. Les droits des compositeurs, des paroliers et des interprètes sont protégés par la loi ; ceux des producteurs phonographiques aussi, petits et grands. Comme financiers et organisateurs des enregistrements, ils avancent l'argent, investissent dans la promotion, prennent les risques et l'exploitation des ?uvres enregistrées ne peut se faire sans leur accord. Contrairement à Francis Cabrel ou à Jean-Jacques Goldman par exemple, qui sont leurs propres producteurs et mettent leurs disques en licence dans une maison de disques, Johnny Hallyday n'a été qu'interprète pour les maisons Philips, puis PolyGram et Mercury, qui font partie du groupe Universal Music. Toute opération de réédition (compilations, coffrets...) ne peut donc se faire sans l'accord de la société. Mais c'est aussi avec l'accord d'Hallyday, propriétaire des bandes mères, que ces mêmes opérations pourraient être réalisées. La situation actuelle bloque les deux parties.

Par ailleurs, dans le dernier contrat en date entre Hallyday et Universal Music France, signé le 9 décembre 2002, qui verra sa conclusion le 31 décembre 2005, il est indiqué dans les clauses de sortie que le chanteur ne peut enregistrer de nouvel album avant une période de dix-huit mois. Passé ce délai, il ne pourrait réenregistrer ses anciennes chansons avant cinq ans. Ce qui empêche donc leur publication sur des albums réalisés en public lors d'éventuelles tournées ou concerts exceptionnels.

CERCLES VICIEUX

Le chanteur américain Prince, en conflit avec sa maison de disques Warner, avait connu durant plusieurs années la même situation. Ce conflit entre Johnny Hallyday et Universal offre une nouvelle illustration des tensions ou divorces entre maisons de disques et artistes de premier plan, de Prince à Nougaro.

L'exemple le plus marquant est celui de l'Américain Prince. Le fantasque musicien, devenu une superstar mondiale en 1984 avec l'album Purple Rain, entame en 1991 un bras de fer avec sa maison de disques, Warner. Il lui reproche d'avoir la dernière main sur la sortie de ses albums et, plaçant la liberté artistique au centre de son combat, n'hésite pas àapparaître sur scène avec le mot esclave inscrit sur le visage.

Autre exemple, celui du Britannique, George Michael. Au début des années 1990, il entame une procédure contre Sony, à qui il reproche de l'avoir enfermé dans une image de sex-symbol et de n'avoir pas correctementassuré la promotion de l'album Listen without prejudice vol. 1.

Le chanteur perd son procès en 1994, ce qui lui coûte plusieurs millions d'euros, avant que son contrat ne soit finalement racheté par Dreamworks SKG et Virgin. Pour sa part, l'Américaine Mariah Carey, victime de l'échec de son album Glitter, avait vu son contrat avec EMI rompu par la maison de disques début 2002, touchant une indemnité de 32 millions d'euros. La chanteuse, qui avait quitté Sony pour Virgin (filiale d'EMI) l'année précédente, a ensuite rejoint Universal.

En France, avant Johnny Hallyday, le rappeur MC Solaar était déjà entré en conflit avec Universal. En juin dernier, la Cour de Cassation a ordonné à Universal Music France de lui restituer les bandes originales des disques enregistrés pour la société, mettant un terme à six ans de différend judiciaire. MC Solaar avait entrepris une action en justice en 1998 afin de se libérer du contrat qui le liait depuis 1993 à Universal.

Enfin, Claude Nougaro avait également connu des démêlés avec une maison de disques. Le chanteur toulousain, décédé en mars dernier, avait été remercié en 1986 par Barclay (alors dirigée par Pascal Nègre, aujourd'hui patron d'Universal Music France), qui jugeait ses ventes de disques insuffisantes.

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