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LTU ou un nouvel essor pour le tourisme ?sac à dos?

5 août 2004, 20:00

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La fierté de Maurice sur le marché international touristique s?effrite. La destination chère qui voulait privilégier le tourisme ?haut de gamme? ravale une partie de ses propos. Elle est sur le point d?autoriser la compagnie allemande Lufttransport-Unternehmen (LTU), une spécialiste de vols loisirs, à desservir Maurice.

L?annonce fait froncer des sourcils dans le secteur touristique. Cela fait des années que le gouvernement évoque une ?relaxation prudente? de l?accès aérien mais il a toujours prôné une No Charter Policy. Cette politique sera toutefois remise en question avec un éventuel feu vert à LTU, connue comme ?l?autre transporteur allemand? après la Lufthansa.

Cette compagnie est surtout réputée pour ses vols à bas tarifs vers 65 destinations internationales, d?Agadir à Zakinthos via Orlando. L?an dernier, LTU a transporté 5,7 millions de personnes sur ses 24 appareils à partir de 14 aéroports allemands. Ses vols nolisés se sont forgé une certaine réputation. Les appareils de LTU sont même offerts en location à ceux voulant affréter tout un avion pour des occasions spécifiques.

?Nous vivons dans un environnement où tous les pays sont en solde. La seule boutique qui refuse d?être en solde, c?est bien Maurice. Or nous sommes dans une spirale de prix bas. Les pays des Caraïbes offrent des allers simples pour 100 euros. Maurice est devenue trop chère et nous sommes obligés de rester dans la course?, fait-on ressortir à la Mauritius Tourism Promotion Authority.

L?éventuelle venue de LTU suscite des réactions diverses dans les milieux touristiques où ?charter? a toujours été un mot tabou. Les autorités avancent toutefois que LTU offrira des vols loisirs à bas tarifs et non nolisés.

?Le mot ?charter?, est devenu un mot à la mode. Il ne faut pas confondre charter, qui a une connotation péjorative, et vols de loisirs?, affirme Peter Goldsmith, directeur général de White Sand Tours.

Ce que confirme Pierre de la Motte, directeur des relations publiques de LTU : ?Nous n?exploiterons pas de vols charters sur Maurice. Ce seront des scheduled flights. Mais les négociations sur les droits de trafic ne sont pas encore terminées.?

La démarcation entre vols charters et vols loisirs à bas tarifs s?amenuise. Certains opérateurs voient d?un mauvais ?il ?une certaine vulgarisation? de la destination Maurice.

?De la place pour tout le monde?

?Il n?est pas question de charter pour une destination de qualité comme Maurice. Il ne faut pas brader les prix au point où nous serons envahis??, déclare Bissoon Mungroo, président de l?Association des petits hôteliers.

Une éventuelle arrivée de LTU n?est pas totalement surprenante, étant donné la stratégie gouvernementale. L?Etat s?est dédié à la protection d?Air Mauritius. Toutefois, si la compagnie nationale d?aviation estime qu?une destination n?est pas rentable (comme c?est le cas pour l?Allemagne), un transporteur de ce pays peut effectuer la desserte.

Condor, une filiale de la Lufthansa, dessert Maurice trois fois par semaine à partir de Frankfort et Munich. Depuis le désistement d?Air Mauritius de Munich, Condor exploite cette ligne en monopole. La venue de LTU bouleverse le scénario mais le gouvernement a toujours préconisé le principe de ?deux transporteurs par destination?.

?Nous accueillons à bras ouverts l?arrivée éventuelle de LTU. Ce n?est pas un concurrent. Au contraire, nous soutenons sa démarche. Il y a de la place pour tout le monde sur ce marché?, explique Ashwini Kakar, Chief Executive Officer de Thomas Cook, agent local de Condor.

L?Allemagne est le quatrième plus important marché touristique après la France, la Réunion et la Grande-Bretagne. L?an dernier, 53 970 touristes ont débarqué d?avions en provenance d?Allemagne. En 2003, 3 263 Mauriciens se sont rendus en Allemagne, ce qui représente une augmentation de 52 % par rapport à 2002. Autant de chiffres qui ne remettent aucunement en question la décision d?Air Mauritius d?abandonner Munich pour tout centraliser sur Frankfort.

?Nous avons fait retirer les opérations pour assurer un meilleur accompagnement vers nos plates-formes les plus actives. Nos partenaires touristiques ont eu du mal à s?adapter à notre vision mais c?est le propre de toute évolution?, explique-t-on au sein de la direction d?Air Mauritius.

Le taux d?occupation des chambres d?hôtels était de 63 % en 2003. Il est en baisse constante depuis quelques années car le parc de chambres grimpe plus vite que les arrivées touristiques.

Celles-ci ont subi une baisse de 1 % pendant les six premiers mois de 2004 par rapport à la période correspondante en 2003. L?arrivée de nouveaux transporteurs réjouit les hôteliers qui comptent effectuer de meilleurs taux de remplissage. Et ce n?est pas étonnant que les promoteurs des hôtels en construction soient au premier rang pour applaudir la venue de nouveaux transporteurs.

?Il faut se rallier à la cause du gouvernement. La qualité restera. Ce n?est pas un charter qui viendra dégrader l?image de Maurice. Chacun trouvera chaussure à son pied. Par contre, une multiplication de vols à bas tarifs pourrait aliéner une clientèle haut de gamme?, dit Jean François Laurent, directeur de Voile d?Etoile, établissement cinq-étoiles du groupe Bhunjun, qui ouvrira en novembre.

Maurice à la traîne sur le segment moyen

LTU devrait transporter des clients pour les hôtels deux ou trois-étoiles. Si la clientèle allemande des hôtels haut segment est encore fidèle, il semblerait que Maurice soit à la traîne sur le segment moyen. Les vols long courrier restent relativement chers en Europe.

?S?il y avait beaucoup de vols à bas tarifs, la qualité de la destination serait affectée. Mais tel n?est pas le cas. Il n?empêche que ce genre de vols reste une question délicate pour les opérateurs touristiques?, souligne Gert Puchtler, directeur général du Maritim, hôtel à forte clientèle allemande.

Quand à Arnaud Martin, président de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice, il préfère garder le silence.

En attendant l?aval définitif du gouvernement, LTU reste prudente. ?Nous sommes toujours au stade de la planification et nous n?avons pas encore pris de décision finale pour la destination Maurice?, précise Pierre de la Motte.

L?éventuelle venue de LTU confirme la confusion qui règne actuellement dans le giron touristique. L?absence d?une politique cohérente et définie sur l?accès aérien en est la principale raison. Les réunions se succèdent depuis 2001 mais le ciel tarde à s?ouvrir.

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