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Entre-temps ils se sucrent
Maurice joue sa survie économique. La réforme sucrière, enclenchée par la Commission européenne, revêt un caractère d?urgence. Ceux engagés sur le front diplomatique à Bruxelles se démènent pour défendre nos intérêts. Eux mesurent vraiment à quel point l?heure est grave.
Pour que la petite île Maurice, principale bénéficiaire du Protocole sucre, arrive à se faire entendre dans le vaste concert européen, il est primordial d?unir nos efforts, nos voix. Chaque apport est important pour constituer un bloc solide, pouvant résister aux fortes secousses de la réforme.
La bataille du sucre est rude, les adversaires sont nombreux et les conséquences potentiellement désastreuses pour nous. Ne nous voilons pas la face, on n?en sortira pas indemne. Le compte à rebours est déjà lancé et on ne peut plus l?arrêter.
Au pire, c?est-à-dire si rien ne change dans la proposition de réforme actuellement en examen, la baisse sera de l?ordre de 37 % et entrera en vigueur à partir de juillet de l?an prochain. Au mieux, le prix du sucre chutera de 25 % et le calendrier étalé sur dix ans. Dans la capitale belge, le lobby mauricien se remue pour s?approcher dece deuxième cas de figure. Ce qui nous permettra de respirer.
Pendant ce temps, à Maurice également, des hommes s?agitent. Ce sont nos responsables politiques. Mais eux, ils se débattent pour des raisons autres. Leurs propos, les uns plus irresponsables que les autres, alimentent des polémiques stériles, démagogiques et sont totalement en déphasage avec le caractère sérieux des négociations de Bruxelles.
Pourtant au départ, ils s?étaient convenu de ne pas faire de la politique sur un sujet aussi sensible. Ils avaient raison : il y a des enjeux qui doivent être apolitiques.
Après ces discours de bonnes intentions, retour cette semaine aux habituels aboiements. Au Parlement, Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam ont fait exactement le contraire de ce qu?ils nous avaient promis. Ils se sont chamaillés de manière puérile. De manière égoïste surtout, puisque chacun voulait scorer des points politiques.
À la provocation du vice-Premier ministre ? « Si Ramgoolam adresse une PNQ sur le dossier sucre, je le ferai fuir tête baissée » ? le leader de l?opposition rétorque que Pravind Jugnauth ne fait que de la démagogie, en se présentant comme un « casseur paké ». Chacun n?aspire qu?à se sucrer. Cheap politics !
Le débat n?est pas là. Aujourd?hui, il ne s?agit pas de savoir si « Ramgoolam avait mis l?industrie sucrière au bord de la faillite » ou si « Pravind Jugnauth a lamentablement échoué sa réforme ». Aujourd?hui nous avons une épée de Damoclès suspendue au-dessus de nous tous, qu?on soit du PTr, MSM, MMM ou autre...
Face au duel Ramgoolam-Jugnauth, Bérenger ne fait pas mieux. Il avait promis de rencontrer le leader de l?opposition pour discuter du dossier Chagos ? une autre malheureuse récupération politicienne ?, et jusqu?ici il n?a pas pu fit this in his diary. Une rencontre annoncée pompeusement par Bérenger lui-même, pour démontrer à quel point notre démocratie est « formidable », qui jusqu?ici n?a été qu?un effet d?annonce?
C?est dire que la synergie politique, dont nos lobbyistes ont besoin pour faire avancer la position de Maurice, est un vain mot. Nos politiques se dispersent. Et pourtant dans les rangs du gouvernement et dans ceux de l?opposition, il y a des compétences qui auraient pu servir à construire au lieu de toujours chercher à détruire.
Maurice est au pied du mur. Mais ses politiciens s?en foutent, ils préfèrent se tirer dans les pattes. Leurs atermoiements ne sont que des dissonances dans le concert européen. C?est là-bas qu?il faut aller se battre, pas ici.
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