Publicité
Bill raconté par Clinton
Nul président avant Bill Clinton n?avait réussi un tel retour en grâce. Après le scandale Monica Lewinsky, le rapport Kenneth Starr sur la liaison adultère du président, ainsi qu?une destitution évitée de justesse et la presse qui ne l?avait guère ménagé à l?époque, les deux mandats de Bill Clinton, à la tête du pays le plus puissant au monde, passaient presque pour de la pantalonnade. 70% des personnes interrogées pour un sondage post-Clinton, jugeaient l?ancien président «malhonnête et indigne de confiance.»
Après les résultats de ce sondage, Bill Clinton s?était fait discret. Il s?était réfugié dans sa maison de Chappaqua, situé dans le nord de New York, rejeté par les clubs de golf ultrachic, qui quelques années auparavant, auraient tout misé pour le compter parmi eux. Se permettant peu de distractions, Bill Clinton s?est converti en consultant, tout en supervisant le financement de sa librairie présidentielle dans l?Arkansas, sa ville natale. Le repos du guerrier aura duré peu de temps.
Dans les secrets des murs de son bureau, Bill Clinton, le plus jeune président retraité de l?Amérique depuis Teddy Roosevelt, préparait en réalité, son autobiographie. Il se devait d?expliquer au peuple américain, ainsi qu?au monde, qu?il méritait mieux que ce qu?on lui avait proposé en fin de parcours.
L?ex-président qui avait tout de même réussi à créer 22 millions d?emplois aux Etats-Unis, avait besoin de se faire pardonner le «Monicagate». Cet événement qui a «empoisonné sa présidence,» est raconté comme une vraie expiation. Agenda en main, aidé par ses discours, ses souvenirs et sa mémoire, il épluche cet épisode, sans chercher, a priori, à se justifier. Il se repent et se condamne. Celui qui croit en Dieu, au Bien, au Mal, au péché et à la rédemption, a besoin de tout confesser. «En dehors de mon inconduite, c?est bien là, ce que je regrette le plus : à tous ces gens à qui je n?ai pas dit la vérité. A mes amis au Congrès, à certains journalistes, au peuple américain, à Hillary et à ma fille,» écrit-il.
Pour sauver son couple, après le terrible aveu à son épouse le 15 août 1998, il entame avec elle, une série de séances hebdomadaires de thérapie conjugale pendant un an. Auparavant, il détaille ce séjour de dix jours à Martha?s Vineyard, pendant lesquels, loin de toute forme d?indiscrétion, ni sa femme, ni sa fille ne lui adressaient la parole. Relégué la nuit, sur le canapé, pendant plus de deux mois, il n?a pas cessé de regretter cette terrible faute.
Ces chapitres sont parmi les plus recherchés de cet ouvrage dont les ventes ont déjà dépassé la barre du million d?exemplaires aux Etats-Unis. Ils constituent les parties qui ont sans doute été les plus difficiles à écrire, compte tenu de l?intimité des faits qui y sont abordés. Toutefois, Ma vie, ne se résume heureusement pas qu?au simple récit des liaisons adultères de Bill Clinton.
LE REVE AMERICAIN
Ce dernier y aborde également avec une infinie tendresse, son admiration pour William Blythe, son père biologique, mort noyé, alors que sa mère était enceinte de lui. Il aborde également son admiration sans borne pour son grand-père épicier qui, malgré la ségrégation, faisait crédit aux Noirs qu?il traitait avec le plus grand respect.
L?homme évoque également son admiration pour Roger Clinton, son beau-père, qui le traitait comme un fils, malgré son affection démesurée pour la bouteille et sa cruelle façon de battre sa mère sous ses yeux. Dans la foulée, Bill Clinton témoigne de son profond regret de ne pas avoir été plus proche de son petit frère Roger Clinton Jr, qui a sombré dans la drogue.
Avant d?aborder la partie politique de son ouvrage, Bill Clinton s?attarde sur ses années d?études et Oxford, où l?a envoyé, en 1968, la prestigieuse bourse Rhodes. Puis, la prestigieuse université de Yale où il rencontra Hillary. «Un jour, pendant le cours de droit civique du professeur Emerson, je remarquai une jeune femme que je n?avais jamais vue auparavant. De toute évidence, elle était encore moins assidue que moi-même. Je notai la lourde chevelure blonde, les lunettes, l?absence de maquillage et par-dessus tout, un air volontaire et une maîtrise de soi que j?avais rarement vus chez quiconque,» écrit-il.
Né dans l?Arkansas, fils d?une infirmière et d?un père qu?il n?a pas connu, l?histoire de Bill Clinton est celle d?un citoyen ordinaire dont le destin incarne le rêve américain. Toujours fascinant dans chacune des pages de cette autobiographie, l?intérêt du lecteur n?est jamais mis à rude épreuve. L?ancien occupant de la Maison Blanche a beaucoup voyagé. Il a rencontré les dirigeants du monde entier. Dans son livre, il écrit un mot pour chacun d?entre eux : Jacques Chirac, Boris Eltsine, Yasser Arafat et celui dont la mort l?a dévasté : Yitzhak Rabin. Bill Clinton raconte également son infatigable combat pour que la paix règne au Proche-Orient. Jusqu?au dernier jour de son mandat, il a tenté, presque désespérément, de relancer le processus de paix israélo-palestinien.
Dans l?ensemble, Bill Clinton est un homme heureux. Il est sans exagération, doué pour le bonheur. Diplomate hors pair, musicien, séducteur et homme aimant, il est aussi gentil, souriant, sexy, actif et serein. Les clés de sa réussite tiennent en peu de chose : le travail et la rigueur. «Je tâcherai de devenir un homme,» souhaitait-il lorsqu?il avait quatorze ans. Dans son monde, personne n?est tout à fait mauvais, exception faire du procureur Starr et de Ben Laden. Tout événement appelle une morale, même les plus pénibles, comme l?affaire Lewinsky. Dans la grande tradition américaine du schéma de la rédemption, il a appris à rebondir. «Tout bien considéré, je suis sorti libéré de cette épreuve,» écrit-il.
Grâce à cette sincérité personnelle que certains trouveront parfois un peu calculée, Bill Clinton prouve qu?il a été un grand président. Et même qu?il a été «un président cool, pour une époque cool». Il a su faire bondir la croissance de l?économie américaine et faire fondre le chômage. Rien à voir avec la vision totalement opposée d?un George W. Bush.
«J?aime la façon dont Bill Clinton a su hypnotiser le peuple américain par son charisme et sa personnalité. C?est une figure historique, légendaire, une célébrité, » déclare Charles Geraci, vingt et un ans, étudiant en journalisme et en Sciences politiques à un journaliste. Pour les Américains, démocrates ou républicains, que Ma vie a réconciliés avec leur ancien président, Bill Clinton a déjà rejoint le nom de George Washington, John Kennedy ou de Jimmy Carter au panthéon des hommes politiques les plus respectés de leur pays.
Publicité
Publicité
Les plus récents