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Le Soudan doit régler le conflit

23 juillet 2004, 20:00

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Au Soudan, l?heure des comptes approche. Ceux, d?abord, des pertes infligées à la population civile du Darfour, dans l?ouest du pays, par les janjawids (cavaliers), miliciens pro-gouvernementaux. Ces derniers sont accusés d?avoir, au cours d?une campagne de terreur mise en place courant 2003 pour écraser des rebelles, tué entre 10 000 et 30 000 civils et provoqué l?exode de plus d?un million d?autres, entassés dans des «camps-prisons» au Darfour ou réfugiés au Tchad voisin. Ceux, également, de l?état d?avancement de la «plus importante crise humanitaire de la planète» annoncée par des responsables des Nations unies, fruit de cette situation de chaos. Ceux, enfin, que réclame à présent au gouvernement soudanais la communauté internationale, Etats-Unis en tête, qui exige que soient neutralisés les «cavaliers de l?apocalypse» auxquels Khartoum a sous-traité la campagne de répression contre l?Armée de libération du Soudan (SLA) et le Mouvement pour la justice et l?égalité (JEM).

Au plan humanitaire, la saison des pluies redoutée par les organisations humanitaires vient de commencer, transformant le Darfour, vaste comme la France, en un immense chapelet d?îlots de famine potentielle isolés par des rivières en crue.

Côté «sécurité», l?engagement pris par écrit par le gouvernement soudanais, lors de la visite de Kofi Annan à Khartoum, le 3 juin, d?entamer «immédiatement» le désarmement des janjawids, et d?envoyer au Darfour une force de 6 000 policiers et soldats de l?armée régulière pour y rétablir la «sécurité», tarde à être suivi d?effets. «Aucun progrès» n?a été constaté à cet égard, a résumé, mercredi 21 juillet, au secrétaire général des Nations unies son envoyé spécial pour le Soudan, Jan Pronk, tout en reconnaissant que Khartoum avait ouvert le Darfour à l?aide humanitaire internationale.

ÉLÉMENTS À CHARGE

Sur un effectif global estimé, de manière imprécise, à plusieurs dizaines de milliers d?hommes, dix janjawids ont bien été jugés au Darfour lundi. En plus d?une peine de six années de prison et d?une amende de cent dollars, les miliciens, reconnus coupables de meurtre, ont été condamnés, selon une application des lois d?exception en vigueur dans la province, à avoir un pied et une main tranchés. C?est la réponse, paradoxale, à l?exigence formulée par Colin Powell, le secrétaire d?Etat américain, de passer «aux actes» pour mettre fin aux agissements des janjawids.

Le temps, à cet égard, est désormais compté au gouvernement soudanais. A défaut d?un changement radical au Darfour, les Nations unies s?apprêtent à durcir leurs pressions sur Khartoum. Colin Powell devait se rendre à une séance à huis clos du Conseil de sécurité, jeudi, pour y plaider un projet américain de sanctions contre le Soudan, qui pourrait inclure l?interdiction de voyager et le gel des avoirs de responsables janjawids, voire d?officiels soudanais, mais aussi un embargo sur les armes à destination du Soudan.

Ce projet, auquel l?Algérie et le Pakistan se sont opposés, est soutenu sur le principe par Paris, même si, nuance une source diplomatique française : «Il faut user des sanctions avec précaution. Une fois lancées, il est impossible de faire machine arrière. Dans le cas du Darfour, le risque est de braquer le gouvernement soudanais, alors que celui-ci a perdu le contrôle d?une partie des janjawids, tout en négligeant, inversement, de demander des comptes aux rebelles.» Moustapha Osman Ismaïl, le ministre soudanais des Affaires étrangères, était à Paris, mercredi, pour y rencontrer son homologue français, Michel Barnier, avant d?aller plaider la cause de Khartoum à Bruxelles.

Fin juin, l?ambassadeur itinérant américain pour les crimes de guerre, Pierre-Richard Prosper, a communiqué une liste de sept responsables janjawids susceptibles de répondre à des accusations de crimes contre l?humanité. Depuis, les éléments à charge contre les janjawids et le gouvernement s?accumulent.

Dans un rapport publié lundi, l?organisation Human Rights Watch met en évidence les liens entre les responsables soudanais et les chefs des milices. De son côté, Amnesty International, dans un rapport publié le même jour, affirme que les «cavaliers», dont beaucoup portent des uniformes de l?armée soudanaise, ont violé «plusieurs milliers de femmes», faisant des abus sexuels une «arme de guerre».

L?opération humanitaire, pour laquelle les Etats-Unis ont débloqué un peu plus de 100 millions de dollars (près de 80 millions d?euros) et les Européens, toute contributions cumulées, le double, «monte en puissance de jour en jour», malgré des difficultés et des retards considérables, note Carlo Piccini, porte-parole de la délégation au Soudan du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Mais, avertit le responsable d?une des principales organisations humanitaires présentes au Darfour, «D?ores et déjà, des organisations humanitaires sont sollicitées par les autorités locales pour distribuer de la nourriture aux janjawids avant de pouvoir, ensuite, en distribuer aux déplacés des camps».

Jean-Philippe RÉMY © Le Monde Service

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