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«Le judiciaire n?aime pas les critiques»

23 juillet 2004, 20:00

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? Quel est votre état d?esprit ?

Vous me voyez, les gens m?ont vu, m?ont entendu à la radio, jugez par vous-même.

? On vous voit, Me Hurnam, égal à vous-même mais on ne lit pas dans votre esprit?

Je me porte très bien. Aussi bien que je puisse me porter après avoir vécu une expérience qui m?a traumatisé. Je ne le cache pas, j?ai été traumatisé par les récents évènements.

? Etes vous en colère ?

Non. Mais je n?ai pas occulté le fait que j?ai passé des moments extrêmement difficiles et tout cela, à cause d?une persécution continuelle contre ma personne. Mais je vous dirai pourquoi je ne suis pas en colère. Parce que Dieu est avec moi. Parce que, dans ma croisade contre l?injustice, je ne suis pas seul. J?ai la foi et c?est la raison pour laquelle je n?arrêterai pas de me battre.

? Vous n?avez pas arrêté de dire qu?on vous persécute. Pourquoi, selon vous, est-ce qu?on le fait ?

Parce que je dis la vérité. Parce que je refuse d?être hypocrite. Parce que je dis haut et fort des choses que certains préfèrent garder sous silence.

? Pourquoi donc dire des choses qu?il ne faut pas ?

Mais parce que c?est la vérité ! Vous savez, le métier d?avocat ne consiste pas seulement à dire «Yes, my Lord; No, my Lord», quoiqu?en pensent certains. Il faut arguer des points de droit, faire des submissions pour éventuellement créer la jurisprudence. Je vous dirai quelque chose d?autre : quand on fait le serment judiciaire, on a le devoir d?être above board Quand ce n?est pas le cas et que je m?en aperçois ? en tant qu?avocat mais surtout en tant que citoyen ? je le dis, j?écris des lettres pour le dénoncer. Et le judiciaire n?aime pas les critiques, même bien fondées.

? Vous faites souvent des allégations qui vous valent des poursuites après?

C?est de cela que je parle ! Vous observerez que je perds presque tous ces procès en Cour suprême mais que le Conseil privé me donne souvent raison. Prenez l?affaire Paratian, par exemple. J?ai eu gain de cause auprès du Conseil privé sur un point de droit après le procès en dédommagement que l?ancien surintendant de police m?avait intenté quand je l?avais dénoncé pour ses pratiques douteuses.

? C?est arrivé souvent ?

Oui et c?est pour cela que je reviens à la charge mardi prochain à l?Assemblée nationale. Je parlerai du besoin pressant de réforme dans le judiciaire et du rôle du DPP. Il est grand temps de faire des changements constitutionnels dans notre système.

? Mais vous avez soulevé à maintes reprises ces points à l?Assemblée nationale?

Effectivement. Et cela me gêne de le dire mais tous mes appels à ce gouvernement sont tombés dans l?oreille de sourds.

? Ce que vous dites là, c?est que les juges ne vous aiment pas et cela a une répercussion sur vos affaires en cour ?

D?abord, je ne suis pas là pour que les juges m?aiment. Mais, effectivement, quand je les reprends, certains juges, pas tous, le prennent mal. Laissez moi vous donner un autre exemple. Il y a quelques années, un contract chief justice avait fait une déclaration à la suite de la nomination d?un juge au poste de Senior Puisne Judge (SPJ). Ce chef juge avait dit que le SPJ était un des meilleurs juges du pays. J?ai réagi en écrivant une lettre en toute confidentialité au Président en disant que cette déclaration publique d?un chef juge allait à l?encontre de l?éthique. Tous les juges sont supposés être on an equal footing. Cette lettre devait par la suite devenir du domaine public. J?ai ensuite entamé un procès contre le contract chief justice de l?époque en demandant que son contrat soit résilié. Mais, bien sûr, alors que moi je faisais des observations en tant qu?avocat et citoyen, ils ont pensé que j?étais contre eux. Mais il n?y avait rien de personnel dans ma démarche.

? Ça doit être fatigant de se battre ainsi tout le temps. N?êtes-vous pas las ?

Je vous dirai une chose. J?ai survécu à chacun des procès contre moi et Dieu sait qu?il y en a eu beaucoup. Mais c?est cette dernière persécution qui m?a le plus bouleversé. On m?a attaqué, on a essayé de me détruire en tant qu?homme, père de famille, fils, avocat, citoyen et parlementaire. Et la presse n?y est pas allée de main morte non plus. J?étais enfermé 23 heures sur 24 au centre de détention. Au New Wing de la prison de Beau-Bassin, je n?aurais pas pu tenir sans le soutien moral constant de mes hommes de loi, de mes mandants, de ma mère. Je n?ai pas fini de me battre. Ma devise est de «stand up for what is right even if you are standing alone».

? La position que vous avez tout le temps défendue quand le gouvernement a annoncé la révision des pouvoirs du DPP a-t-elle changé ?

Vous savez, j?avais beaucoup de respect pour l?actuel DPP. Je pensais que Raffick Hamuth avait en lui même toutes les qualités réunies pour aspirer éventuellement au poste de chef juge. Mais je n?ai plus confiance en lui. Maintenant, concernant les pouvoirs que son poste lui confère, c?est un tout autre débat que je me propose de reprendre mardi A l?assemblée.

? Quelle est la santé du judiciaire ?

Le judiciaire est gravement malade, il est divisé en clans et ne peut donc pas jouer proprement son rôle de garant de la Constitution. Les juges, de par leur conduite, devraient commander le respect. Mais ce n?est pas le cas.

? Etes vous un homme aigri ?

Comment répondre à cette question ? Il y a des choses qui m?ont effectivement tellement bouleversé que j?étais éc?uré, dégoûté. Les persécutions contre ma personne m?affligent, me rendent triste, me bouleversent mais ce n?est pas dans ma nature d?être aigri. Vous savez, une des choses qui m?a le plus marqué, c?est quand on m?a suspendu du barreau à cause des plaintes que j?avais faites en dénonçant le fonctionnement du bureau du DPP. Après, il y a eu le cas du hold-up de Grand-Bois. On m?a suspendu pendant un an. J?ai ensuite poursuivi le DPP par voie de Private Prosecution mais, encore une fois, vous tombez sur les mêmes juges. Je suis acquitté, j?organise une prière chez moi, on fait un défilé, je tiens un meeting de la vérité et, sept jours après, on m?arrête. Voilà mon sort. Un autre complot. Oui, des fois je me pose des questions. Pourquoi s?acharne-t-on sur moi ? Surtout la presse, qui dit lutter pour la vérité. Mon combat à moi, c?est aussi la vérité.

? Et la police dans tout cela ?

La police ? Je m?occuperai du commissaire de police en temps et lieu. Quand je lui ai fait servir une mise en demeure pour arrestation arbitraire, vous savez quelle a été la réplique de Gopalsing ? Les menottes.

? Sentez-vous que le MMM vous a laissé tomber en vous suspendant de toutes ses instances quand la police vous a arrêté ?

Cela m?agace, cela m?irrite et cela me peine, surtout quand je pense à mon passé de militantisme. Cela me chagrine quand je pense que j?étais le leading counsel dans la bataille légale du c?ur. La direction du parti aurait dû prendre connaissance de ma version des faits avant de me suspendre.

? Envisagez-vous de démissionner du MMM ?

Une décision sera prise en consultation avec le Premier ministre ainsi que mes mandants. En temps et lieu.

? Votre mauvais caractère est presque légendaire?

Prenez-moi la main. Que ressentez-vous ? De la chaleur humaine. C?est moi. Les gens ne me connaissent pas. Il faut côtoyer Dev Hurnam pour le connaître. Allez dans ma circonscription. Allez demander à ces gens qui prient pour moi, qui pleurent pour moi, ces milliers de personnes qui ont de bonnes choses à dire sur moi. Mais peut-être que je suis un peu brutal dans mes propos quelques fois. Peut-être que j?aurais agi différemment si j?étais un hypocrite. Mais je suis comme je suis. Si vous cherchez des ennuis, vous en aurez.

? Vous sentez-vous incompris ?

Bien souvent, oui.

? Avez-vous des regrets ?

Mon plus grand chagrin, je dirais, c?est qu?après toutes les contributions que j?ai apportées à la jurisprudence mauricienne, je suis traité comme un vulgaire criminel. La justice, ce grand principe pour lequel je lutte, m?est refusée à cause de mes prises de position contre l?administration de la justice. Vous savez, ces 93 jours passés en détention, je ne veux pas en parler maintenant mais mon ami, Me Kissoon, a accepté de rédiger un mémoire sur cette détention injuste. J?ai même demandé au commissaire des prisons de m?envoyer le topi dans lequel j?ai mangé pendant mon séjour à Beau-Bassin.

? Pourquoi ?

Comme symbole de l?injustice et de la persécution !

«Il y a des choses qui m?ont tellement bouleversé que j?étais éc?uré, dégoûté. Les persécutions contre ma personne m?affligent, me rendent triste, mais ce n?est pas dans ma nature d?être aigri.»

«Vous savez, le métier d?avocat ne consiste pas seulement à dire ?Yes, my Lord; No, my Lord? quoiqu?en pensent certains.»

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