Publicité
Affaire Sandra O?Reilly : peine maximale pour les violeurs
Par
Partager cet article
Affaire Sandra O?Reilly : peine maximale pour les violeurs
«Joli! Top!». Alan O?Reilly, le frère de Sandra, assis à la droite de celle-ci dans la salle d?audience numéro 10 de la cour Intermédiaire, exulte en sourdine après l?énoncé du verdict des magistrats Benjamin Marie
Joseph et Renuka Dabee. Ces derniers ont, hier, été sans pitié pour les quatre violeurs de Sandra, les condamnant à la peine maximale, à savoir huit ans de prison. Ravi Aubeeluck, également jugé pour sodomie, écope de cinq ans supplémentaires. Tous devront, en outre, s?acquitter des frais administratifs s?élevant à Rs 400. Si Sandra est satisfaite de ce verdict, elle regrette que l?autre sodomite n?ait pas été jugé pour son délit.
Il y a exactement deux ans et une semaine, Sandra subissait les sévices de Nicolas Potage, Louis France Joson, Ravi Aubeeluck et Vikash Jagai. Hier, ce n?était pour elle que justice. Attentive aux paroles du magistrat Joseph malgré la tension nerveuse qui avait fini par s?accumuler en elle au bout de trois heures d?attente dans les couloirs du tribunal, elle lâche un soupir de soulagement. « Je suis très contente de la décision des magistrats car cela montre qu?il y a eu une prise de conscience de l?horreur que j?ai vécue. Je crie victoire car ce jugement ne me fait pas regretter d?avoir été jusqu?au bout dans la dénonciation et j?encourage les femmes qui ont subi ces traumatismes à en faire autant.»
A l?extérieur de la salle d?audience, c?est la déception et la désolation. Trois femmes d?âges différents, vêtues de churidars et de saris, assises côte à côte sur un banc, pleurent, le visage dans les mains. Ce sont des proches de Ravi Aubeeluck et de Vikash Jagai. Les parents des deux autres agresseurs ont le visage congestionné par la déception et la tristesse.
La matinée a semblé interminable. Cela, aussi bien pour la victime, sa famille, les accusés et leurs proches. Présents depuis 10 heures au tribunal, Sandra, Alan et leur s?ur Pearl devisent d?un ton léger et badin. Au fil des minutes et des heures qui s?écoulent sans le moindre mouvement du côté des salles d?audience, hormis le «coup d?éclat » de Vikash Jagai à l?égard des photographes de Le Mauricien et de l?express (voir hors-texte), ils ne peuvent s?empêcher de s?interroger sur les motifs de cette attente. Alan O?Reilly se demande même si la séance ne risque pas d?être renvoyée.
A 13 heures 25, la salle d?audience numéro 10 est ouverte. Les journalistes, présents en grand nombre, s?y engouffrent, accaparant le second banc et laissant le troisième à Sandra et aux membres de sa fratrie.
<B>SILENCE QUASI RELIGIEUX</B>
C?est sous forte escorte policière que les accusés font leur entrée. Nicolas Potage, le visage impavide, porte un polo noir délavé et un denim kaki pâli. Louis France Joson, le regard hagard, est en chemise à carreaux bleus et denim bleu. Ravi Aubeeluck, vêtu d?une chemise ocre, dévisage les gens, un sourire narquois sur les lèvres.
La salle d?audience étant pleine, les policiers font sortir certains membres du public. En attendant l?arrivée des magistrats Joseph et Dabee, un silence quasi religieux règne. Remarquant l?absence de Vikash Jagai, le police prosecutor ordonne qu?il soit conduit dans la salle d?audience. Le jeune homme, qui jouit d?une liberté sous caution, fait son apparition. Il porte une chemise en denim blanc sur un jean bleu. Les quatre accusés sont dirigés vers le box, Nicolas Potage devançant Louis France Joson, suivi de Ravi Aubeeluck et de Vikash Jagai.
<B> «ENN KRIM PLIS KI ORIB» </B>
Un seul signe trahit la nervosité de l?accusé numéro 3, Ravi Aubeeluck : à l?aide d?un mouchoir, il s?éponge sans cesse les paumes subitement moites. Chacun retient son souffle lorsque retentit le solennel «Court ». Les magistrats Dabee et Joseph font leur entrée. Ce dernier lit la sentence et fait ressortir que les accusés numéro un, deux et quatre, en l?occurrence Nicolas Potage, Louis France Joson et Vikash Jagai, répondent d?une accusation de viol. Ravi Aubeeluck répond, lui, de deux accusations, viol et sodomie.
La cour a tenu compte des arguments de la défense, réclamant une sentence réduite du fait qu?ils avaient plaidé coupables et que leurs actes n?étaient pas prémédités. Leurs antécédents ont aussi été considérés, de même que les arguments des autorités locales et britanniques.
«La cour note ki dan sa ka la, zot ti pran lavantaz enn madam san defans pou satisfer zot. Se enn krim plis ki orib», souligne le magistrat Joseph, qui ajoute que ce n?est qu?au moment de leur arrestation que les prévenus se sont mis à coopérer avec la police. Tout en précisant avoir tenu compte du jeune âge de Vikash Jagai, qui avait à l?époque 16 ans, le magistrat Josèphe et sa consoeur sont parvenues à la conclusion qu?il savait exactement ce qu?il faisait. «Ou pa ti sa kantite naif la pou ou pa konn konsekans ou lact.»
Compte tenu de la gravité des délits, la cour a estimé que les quatre accusés méritent un châtiment exemplaire, allant dans le sens de ce que souhaite l?opinion publique. Cela devrait, en outre, servir de mise en garde aux violeurs et sodomites potentiels. «Finalement, kan lakour get bann lefe sa viol la lor la viktim, li pense ki zot tou merit maximum santans. Sou la loi lepok, li wit an servitid penal pou viol et sink an pou sodomi. »
A l?issue de la sentence, Nicolas Potage réclame le droit à la parole. Il veut que la cour prenne en considération le fait qu?il a déjà passé deux ans en détention préventive. Le magistrat Joseph refuse de modifier la sentence, affirmant n?avoir pas omis ce point. Prenant le relais, Ravi Aubeeluck remercie, d?un ton presque narquois, les magistrats pour ce verdict.
A l?heure des commentaires, Sandra O?Reilly se dit satisfaite. Mais son sentiment est mitigé. «Je ne comprends pas pourquoi le premier agresseur qui s?est introduit chez moi et m?a sodomisée n?a pas été condamné et n?a pas aussi écopé de cinq années supplémentaires.»
<B> «QU?ILS PRENNENT CONSCIENCE...» </B>
Sandra se demande aussi si les quatre condamnés bénéficieront d?un suivi psychologique en prison. «Ils en ont besoin. Cela ne m?intéresse pas qu?ils sortent après dix ans et se disent que ce qu?ils ont fait à l?époque n?était pas grave. L?intérêt est qu?ils prennent conscience de la gravité de leurs actes et ne recommencent pas».
Elle ajoute que, si pour de nombreuses personnes, ce jugement vient classer l?affaire O?Reilly, le drame qu?elle a vécu est loin d?être oublié. «Malgré ce jugement qui est à ma satisfaction, je ne pourrai pas tourner la page aujourd?hui. Je vais devoir vivre avec pendant longtemps. Le temps devra faire son ?uvre. Cela dit, je suis heureuse d?avoir entendu ça aujourd?hui.»
Pearl et Alan O?Reilly affichent également leur satisfaction. «Au moins, le long combat de Sandra n?aura pas été vain. Souhaitons que ce verdict fasse réfléchir les autres?»
Vikash Jagai agresse deux photographes
Vikash Jagai est en liberté conditionnelle mais il s?offre le luxe d?agresser deux photographes de presse, à près d?une heure d?intervalle. Il s?en est pris en premier à Harry Chetty, photographe de Le Mauricien. Alors qu?il revient des toilettes avec son père, Vikash Jagai réalise que Harry Chetty allait le fixer sur pellicule. Il vocifère : «Aret tire mo foto. Ale tire foto lezot, taler?». Il joint le geste à la parole en assénant un violent coup de poing à l?épaule du photographe, sous l??il sidéré des autres journalistes et de tous ceux présents dans les couloirs du tribunal.
L?accusé numéro 4 récidive près d?une heure plus tard, toujours devant témoins avec Bouck Pillay Vithylingum, photographe à l?express. Cette fois, le jeune homme donne un coup de pied dans les côtes du professionnel qui s?étale de tout son long sur le parquet froid.
Bouck Pillay allègue que Jagai lui a dit qu?il «continuerait à violer les femmes» alors que le père de l?accusé lui aurait recommandé, en des termes peu voilés, de faire attention à la sienne !
Sandra O?Reilly qui a assisté à ces agressions, n?a pas été surprise par ce débordement. «Je l?ai revu tel qu?il était le soir du viol, excité et violent ». Parmi les autres témoins de ces scènes dignes d?un film de Jacky Chan, se trouvait Satish Faugoo, l?avocat du même Jagai, présent en cour pour d?autres affaires. Sollicité pour un commentaire, l?avocat a d?abord refusé de prendre parti, avant de reconnaître que ce débordement était «triste» et l?a expliqué par le fait «qu?il devait être sous tension lui aussi. Il a dû se sentir provoqué par la présence d?autant de journalistes et de photographes. Cela dit, ce qu?il a fait est injustifié. Je le lui ai dit et il s?est calmé».
Aussitôt leur travail terminé, Harry Chetty et Bouck Pillay Vithylingum ont consigné une déposition contre Jagai au poste de police de Pope Hennessy.
Publicité
Publicité
Les plus récents