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L?Internet sans fil ni facture
Sir Seewoosagur Ramgoolam a de quoi être heureux sur son socle devant la rade de Port-Louis. Si on lui met un ordinateur portable entre les mains, il pourra tout de suite accéder à Internet et sans payer un sou. La Place d?Armes où il se tient se trouve en plein ?hotspot?. Le meilleur, c?est qu?il ne lui faudra même pas un câble pour lier son ordinateur à une prise téléphonique.
Bienvenue dans l?univers du Wireless Fidelity (Wi-Fi), technologie qui permet l?accès sans fil à l?Internet et qui ne cesse de se propager dans le monde. Maurice, qui dispose d?un parc d?abonnés Internet restreint, est une des dernières conquêtes du Wi-Fi.
Le hotspot qui s?étend de la Place d?Armes à la municipalité de Port-Louis via l?Assemblée nationale et Happy World House n?est qu?un exemple. Toute personne se trouvant dans cette région peut accéder gratuitement à l?Internet si son ordinateur dispose d?une petite antenne.
Ce service proposé par Enterprise Data Services (EDS) n?est que le premier d?une série. Certains hôtels, restaurants et d?autres sociétés de télécommunications se sont déjà lancés dans l?aventure. Après tout, il ne suffit que d?une connexion Internet et d?une antenne pour transformer un endroit en hotspot sur un rayon de 500 mètres.
Séduit par les possibilités du Wi-Fi, le gouvernement a déjà sommé le ministère des Télécommunications, le National Computer Board (NCB), le Central Informatics Bureau et l?Information and Communications Technologies Authority (ICTA) à lui soumettre un plan d?action.
En encourageant l?utilisation de cette technologie sans fil, les autorités veulent permettre un déploiement ultra-rapide de l?Internet avec, à la clé, la possibilité d?offrir l?accès au web gratuitement ou à faible coût dans plusieurs régions du pays.
Cette option intéresse davantage l?Etat que les hotspots payants. La stratégie mise en place verrait le gouvernement encourager les grandes entreprises à partager leur accès Internet avec les régions résidentielles qui les côtoient. Actuellement, les firmes qui ont une forte consommation au niveau Internet disposent d?une ligne dédiée ou de plusieurs lignes ADSL. Ces bandes passantes demeurent bien souvent inutilisées pendant la soirée et les week-ends, quand les bureaux fonctionnent au ralenti ou ferment entièrement. Pourtant, les entreprises paient pour cette connectivité dont elles ne servent pas. Ainsi, environ 50 % de la capacité Internet des ?corporates? reste inactif.
L?installation coûtera Rs 75 000 à l?entreprise
Or, le grand public se branche sur les autoroutes de l?information justement à ces heures. La logique est de laisser les voisins de ces entreprises utiliser cette bande passante. C?est là que le Wi-Fi entre en jeu. Chaque entreprise voulant partager son accès Internet n?aura qu?à relier sa ligne à une antenne installée sur son toit. Coût de l?opération, incluant la mise en place d?un système de sécurité : Rs 75 000.
Ceux voulant s?y connecter auront à acheter un émetteur réseau dont le prix tourne autour de Rs 2 500. Il suffit alors de lancer son browser, et le tour est joué. La connexion est gratuite pendant les heures fixées par l?entreprise.
Pour convaincre les firmes de se joindre à cette petite révolution, l?Etat compte bien offrir certains encouragements. Une aide financière pourrait même leur être accordée. Les firmes contactées jusqu?ici se montrent intéressées, le seul obstacle demeurant le prix de l?installation initiale. Si certains sont d?accord ?pour investir dans une cause sociale? dans le cadre du corporate citizenship, d?autres hésitent encore.
Il se pourrait donc que l?Etat fasse appel à l?ICTA qui a pour mission de démocratiser l?accès aux technologies de l?information et de la communication. Le régulateur des télécoms dispose d?un Access Fund auquel contribuent les opérateurs. Son objectif est justement de financer la dissémination des nouvelles technologies.
L?Etat pourrait donc avoir recours à ce fonds spécial pour subventionner la création de ces hotspots, principalement dans les régions défavorisées qui entourent certaines grandes entreprises. A titre d?exemple, la Cité Mangalkhan pourrait être arrosée par une antenne située sur le quartier général de Floréal. Le seul problème est qu?un ordinateur est nécessaire pour accéder à Internet, or cet équipement demeure hors de portée dans les régions défavorisées.
La carte maîtresse du projet du gouvernement pourrait toutefois être la poste. La Mauritius Post Limited (MPL) dispose de 110 bureaux à travers le pays. Si chacun est équipé d?un accès Internet et d?une antenne, cela signifierait une couverture Internet sur une superficie impressionnante. Un tel déploiement nécessiterait un investissement important vu que la majorité des bureaux de poste n?ont toujours pas Internet même si la MPL est un fournisseur d?accès. Toutefois, l?Etat, qui contrôle toujours la MPL, a déjà un ?il sur l?Access Fund.
Le Wi-Fi reste un projet auquel le gouvernement tient à c?ur, également à cause de sa portée politique. A un an des élections générales, l?Etat n?a pas beaucoup d?arguments pour convaincre le grand public au niveau de la cyberîle. La cybertour et la cybercité d?Ebène restent une grande vitrine mais ils n?ont pas touché l?âme du Mauricien moyen.
Le projet d?équiper chaque école en ordinateurs reliés au web a également pris du retard. Or, le Wi-Fi permettra d?accélérer le processus. Le gouvernement n?a également pas pu tenir son engagement de faire entrer l?Internet dans les chaumières mauriciennes comme l?eau et l?électricité. Le nombre d?abonnés à Internet stagne depuis les deux dernières années alors que les nouveaux fournisseurs d?accès n?ont pu révolutionner le marché. Le prix de la connectivité reste un obstacle majeur.
Un déploiement rapide du Wi-Fi et la fourniture d?accès gratuit dans certaines régions permettraient ainsi au gouvernement de crédibiliser le concept de cyberîle pour tous. Ainsi, sir Seewoosagur Ramgoolam ne sera pas le seul à sourire avec son ordinateur portable en main.
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