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Synthèse Poétique

18 juillet 2004, 20:00

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Quand la poésie est une quête spirituelle à travers l?évocation poétique en images d?un univers particulier de l?enfance, elle se veut une poésie à valeur conclusive. Le vers final se donne alors comme unité synthétique de la poésie : ?les mots sont des larmes, je le sais désormais??. C?est une proposition affirmative qui résulte de tous les vers précédents. Une conséquence est tirée. Une fin ? ici ouverte à cause des points de suspension ? est donnée.

La poésie est alors aboutissement ; elle est solde de tout compte ; elle est solution ; elle est conséquence. Bref, elle a un résultat. En réalité, elle est elle-même résultat. Autrement dit, elle est devenue produit, pas en ce sens où elle devient livre, car l?aboutissement n?est pas uniquement sur le plan matériel.

L?aboutissement est un savoir. Mais ici, ce savoir comporte des éléments affectifs, car il ne découle pas de la somme totale d?un système de pensée, d?un ensemble de connaissances systématisées, mais de la poésie. Le savoir est donc issu de l?émotion poétique. Il a des propriétés essentiellement poétiques. Il est donc suggéré, parce que la poésie relève d?un langage qui suggère. Ce n?est pas une idée mais un sentiment qui est suggéré ici.

Si l?on excepte quelques rares poésies, tel l?Art poétique de Boileau qui est ?une poésie pour la poésie?, où la versification est la forme qui accompagne une dialectique profonde, toute poésie tend naturellement à se détourner de l?entendement humain pour emprunter la voie du c?ur. La poésie est par essence anti-dialectique. Sa découverte ne relève donc pas d?une construction logique. Si ce savoir est communicable, il ne peut l?être que sur le mode sentimental et non point dialectique.

En somme, le regard du poète a traversé les mots pour viser au-delà. Il n?a pas utilisé les mots pour dévoiler le réel mais les a transgressés pour atteindre un au-delà abstrait. Ce ne sont pas les mots qui sont les larmes, mais c?est leur évocation qui jouit d?un pouvoir de provoquer ces larmes, parce que certainement accompagnée d?une souffrance. Si le sentiment est ici brouillé, c?est parce que les mots utilisés pour le décrire sont eux-mêmes brouillés (mots brouillés d?avance).

Le poète s?est livré à une expérience intérieure exclusivement communicable sur le plan sentimental. Parfois, les mots sont retenus pour leur effet de sonorité, ?toi et moi, émoi (et moi) pour toi?, ou des pages pour leur aspect visuel ? présentées à l?envers comme sous un effet de miroir. Dans l?ensemble, cette poésie ne tente pas d?exprimer la signification propre du monde (ici de l?enfance) mais la représente par une série de signes.

Ce qui fait qu?un rapport magique entre les mots et leurs sens prend forme. Dans l?expression ?les mots sont des larmes?, le verbe étatique ?être? lie ?mots? et ?larmes? pour composer une affirmation. Mais le sens implicite de chaque mot montre que le schème verbal n?est pas dicté par une construction sémantique préalable. Ce n?est pas une ?phrase logique? qui est formée, mais c?est une intuition poétique qui est verbalisée. Le résultat est une phrase apparente formée suivant un sentiment lié à une tonalité, car les sens ne sont pas implicites aux mots, ils viennent du dehors, de l?attitude poétique qui les réinvestit, les recharge d?affectivité en vue d?une nouvelle valeur.

Certes, les mots fonctionnent comme image et sont subjectifs ? d?où la présence du pronom ?je?. C?est cette subjectivité, qui accompagne ces signes qui tentent une expression de ce savoir en tant que trouvaille, qui justifie le renouvellement sémantique. Si le poète a donné à chaque mot utilisé une définition poétique propre à son glossaire, absent ici, le savoir comme résultat ne peut qu?avoir valeur individuelle. L?utilisation des mots brouillés d?avance n?a fait que brouiller la valeur conclusive de la poésie. C?est ce que Jean-Paul Sartre appellerait ?une synthèse entre le corps sonore et l?âme verbale??

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