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Liaisons amoureuses :confidences sur canapé
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Liaisons amoureuses :confidences sur canapé
Le sujet qui nous préoccupe ressemble à une voie sans issue. Car réussir sa liaison amoureuse, c?est aussi rater son couple ou mettre en péril celui d?un autre. À moins qu?elle n?aboutisse à un nouveau mariage? Cette contradiction n?est pas mise en évidence par une simple considération morale, sinon, il suffirait de dire : « Ce n?est pas bien d?avoir un amant ou une maîtresse. » Non, elle apparaît lorsqu?on cherche à interroger les infidèles eux-mêmes. Du genre : « allo Gérard, on m?a dit que tu avais une copine. Raconte ! » Pour peu que ce soit votre cousine, voire votre beau-frère, on se risque alors dans un domaine trop dangereusement surréaliste. Au royaume des liaisons, les tabous sont rois?
Ensuite, construire une relation extra-conjugale, cela n?a pas forcément le même sens pour l?homme et pour la femme. Un autre n?ud que la psychanalyse se plaît à délier.
Le c?ur palpite et les jambes tremblent
En 1910, Freud fait état d?un dysfonctionnement où l?homme ne choisit pas comme objet d?amour une femme libre, mais celle sur laquelle un autre homme (mari, fiancé?) peut faire valoir des droits de propriété. Suit une deuxième condition selon laquelle il choisit une partenaire dont on peut douter qu?elle soit fidèle et qu?il qualifie de « l?amour de la putain », un sentiment intimement lié à la jalousie, non pas envers le mari, mais les autres hommes qui pourraient la posséder.
Du côté des femmes, Freud décrit un autre sentiment, éloigné cette fois du besoin d?avoir un objet sexuel rabaissé. Il évoque plutôt la condition de l?interdit où, « infidèles au mari, elles sont en mesure d?assurer à l?amant une fidélité seconde ». Restons-en là avec Sigmund et glissons vers la littérature.
Madame Bovary, le roman de Flaubert, c?est la vision négative type de la liaison. Tout y est raté : le mariage, l?amour, l?amant. Un psychodrame à ne pas laisser entre les mains des enfants. Emma y cherche le mari idéal et romantique, le prince charmant. Mais l?aboutissement de cette erreur de casting sur fond de lutte des classes n?est autre que la mort.
Reste le roman érotique, qui a la double vocation d?exciter l?imaginaire et de rassurer le lecteur sur la normalité des fantasmes. Des petits livres roses de Xaviera Hollander en passant par la sensualité eurasienne d?Isabelle Lacamp, on arrive aux cavalcades de la fougueuse Camerounaise Calixte Benaya. Un marché juteux sur lequel surfent allégrement les écrivains qui ne sont pas lues que par des hommes. C?est l?axe autour duquel tourne la porte magique que nous ouvrent ces femmes, qui tout en parlant crû semblent dire : « il n?y a pas que le sexe dans la vie. »
Le sexe, c?est un peu comme l?argent. Il ne fait pas le bonheur mais il y contribue. Tout seul, il n?est rien. Ce qui nous amène enfin à la tautologie libératrice de l?aventure amoureuse : il faut être deux pour que ça marche. Une liaison qui fonctionne, c?est comme une recette de grand-mère. ça fait d?abord ses preuves.
L?ingrédient de base est virtuel. Il s?agit de la frontière étroite entre la réalité et la friction, d?une évanescence qui se cristallise lorsqu?un couple décide de partager cette zone d?ombre pour la rendre lumineuse. Étape dangereuse, puisque si elle éclate au grand jour, la liaison devient vite transgression, trahison, déraison.
Par définition, ce type de relation n?est pas raisonnable, sinon, où serait le frisson, le deuxième ingrédient. Le c?ur qui palpite à la sonnerie du téléphone, les jambes qui tremblent au premier rendez-vous, le sirop chaud qui envahit le cerveau au premier baiser? On se rapproche de l?amour de jeunesse, celui qu?on voudrait retrouver, avec toute son adrénaline, alors que la vie de couple des adultes est une bataille permanente et moins sensuelle.
On se rapproche de l?échangisme
Bien essayé, mais encore raté. La liaison amoureuse est ici signe d?immaturité. L?herbe est plus verte ailleurs. On s?aventure par défaut, mais on se heurte vite aux limites préétablies d?une relation idéalisée. C?est le roman à l?eau de rose, les amourettes de bazar, un monde de naïveté qui fait vibrer les midinettes et dont profitent les beaux-parleurs.
Reste le troisième ingrédient, un mélange d?épices, le cari de l?amour, où la connivence pulsionnelle et intellectuelle crée un couple en dehors du couple, une réalité différente qu?ont décidé d?assumer les protagonistes. Il existe plusieurs options selon que la relation est connue ou non. Les précédentes générations ont souvent fait avec, par refus du divorce, et obtenu des résultats plus ou moins positifs. Le désir d?épargner les enfants est et a été un facteur important. Enfin, puisqu?on ne peut faire l?économie de cet aspect, le patriarcat a généré des milliers d?histoires à sens unique où la femme et la maîtresse n?avaient pas leur mot à dire.
Décidément, il est difficile de faire l?apologie du crime. Sommes-nous prisonniers de notre morale ? Il existe des contrées où un homme peut avoir plusieurs femmes. Ont-ils aussi des maîtresses ? Il est des tribus d?Afrique où la femme ne quitte jamais le toit de ses parents, mais où elle reçoit le prétendant qu?elle désire.
Un journaliste canadien, enfin, évoquait son village dans le grand Nord. Selon ses propres mots, la jalousie est bannie de ce microcosme enneigé, sans quoi la vie n?y serait pas vivable. Si ce qu?il dit est vrai, on peut débarquer chez son voisin et embarquer sa « blonde » pour la nuit, sans même proposer un échange? Moderne mais peu romantique : « Tu m?prêtes-tu Dominique, mon chum, ma chuis pas trop sûr si t?peux galocher ma blonde, tabernacle, l?est déjà avec Fernand? » On se rapproche de l?échangisme, une forme négative de la liaison amoureuse puisque dénuée de mystère.
Vivre la fascination de l?interdit
Notre île tropicale n?est-elle pas un parfait décor pour ces amours illicites ? Plages et champs de cannes, chaleur et bière glacée? Mais la réalité est plus contraignante : promiscuité, densité de la population et tabous sont autant de freins que ne connaissent pas nos cousins des West Indies chez qui la bagatelle est le sport national et qui profitent d?un long carnaval pour relâcher certaines tensions. Il n?en reste pas moins vrai que réussir sa liaison amoureuse, c?est vivre la fascination de l?interdit, un domaine dans lequel nous gagnons bien vite des points pour les mêmes raisons qui nous en ont fait perdre. Et puis nous avons nos campements et nos petits pensionnats?
C?est évident, cet univers passionnel parallèle ne sort pas du cercle vicieux, comme un serpent qui se mord la queue, et la pomme d?amour reste souvent en travers de la gorge? C?est finalement toute l?histoire de l?humanité. Le plus important, pour réussir sa liaison, pour reprendre l?expression d?une collègue trahie par un lapsus à réveiller Freud dans sa tombe, c?est qu?on ne découvre jamais le « poteau rose ».
L?amour platonique
Dans notre société pluriethnique où certains tabous font force de loi, l?autre, la différence est à la fois attirante et étrangère. La promiscuité ouvre la voie à des relations mais est en même temps un frein au passage à l?acte. Du coup, les relations « interdites » peuvent se tisser au travail, dans l?entourage, sans franchir le seuil du rapport sexuel. On « fréquente », on envoie des SMS, on passe des heures au téléphone et la relation peut durer des mois sans contact physique. Mais il ne faut pas non plus se voiler la face. Entre ce qu?on dit et ce qu?on fait, la différence est grande et la discrétion de mise, d?autant qu?une réputation a dû mal à vous lâcher. Le jeu de l?amour suit le fleuve de la romance et franchit, ou non, la frontière charnelle. L?important est de savoir garder la tête haute et de connaître la règle de base : pas vu pas pris !
Liaison? routière
Les chauffeurs de poids lourds congolais ont pris l?habitude d?emprunter une route particulière.
La liaison Kinshasa-Boma, avec ses nombreuses escales, est devenue celle des relations amoureuses avec des passagères ou des villageoises. Une ONG locale vient de publier des statistiques alarmantes sur ces « accidents de la route » qui ont donné naissance à plus de 2 500 enfants naturels. Le problème est que ces derniers connaissent rarement leur père et qu?ils sont même souvent abandonnés par leurs mères lorsqu?elles trouvent un mari.
Infidèle
Si dans les sociétés occidentales, l?infidélité n?est aujourd?hui plus la cause principale de divorce, elle est encore perçue ailleurs comme une faute grave lorsque la femme est jugée la responsable. Cette dernière portant les enfants, il est extrêmement mal vu par bon nombre de sociétés qu?elle puisse prendre un risque avec un autre homme. L?arrivée de la contraception a peu à peu changé ces données, même si elle n?a pas fait augmenter l?infidélité féminine pour autant. Des sondages réalisés récemment en France indiquent que 8 à 10 % des femmes trompent leur mari alors que ces derniers sont 20 à 25 % à commettre l?adultère. L?autonomie sexuelle dépendant pour beaucoup de l?autonomie financière, les femmes n?ont pendant longtemps pas eu leur mot à dire sur les frasques de leur époux. Enfin, les hommes seraient plus volages parce qu?ils sont plus à même d?avoir des relations sexuelles sans sentiment amoureux.
Témoignages
Jessica : « J?assume ma liaison aux yeux de tous »
Jessica (nom fictif) est heureuse comme à ses 20 ans. À 43 ans, cette mère de trois enfants vient d?emménager avec Pascal, qui a été son amant pendant près de trois ans et qu?elle connaissait vaguement avant son mariage. Ses proches ne la reconnaissent plus. Et pourtant, elle s?était résignée à une vie de couple taciturne voire chaotique et malheureuse. C?est sûr, il lui a été très difficile d?assumer sa liaison extra-conjugale au début : les ragots, les persiflages murmurés en douce, mais qu?on finit toujours par entendre. La relation avec cet homme marié avait commencé alors qu?elle n?avait déjà plus de rapports avec son mari. Ils faisaient chambre à part et elle se croyait même frigide. De son côté, l?amant avait aussi des problèmes dans son couple. Mais le pas n?a pas été franchi tout de suite. Une longue période de flirt, d?approche, a permis aux tourtereaux de prendre confiance, de construire leur liaison pour évaluer si elle était durable.
Des problèmes de conscience, la peur de s?embarquer dans une autre histoire à problèmes, freinaient le passage à l?acte.
Quelques années plus tôt d?ailleurs, Jessica avait eu une autre liaison, totalement spirituelle, avec un ami, un confident. Cette relation et le scandale avaient éclaté. Ils se sont perdus de vue. Et là, finalement, elle a une seconde chance. Son mariage ne tient plus, ne l?intéresse plus. Il est trop tard. L?alcool, la violence, sont passés par-là et tout est cassé pour elle. Après un an d?une relation amoureuse non consommée, Jessica va faire le pas, et deux ans après, elle ne le regrette pas : « C?est une nouvelle vie. J?aime à nouveau, j?ai du plaisir, je vis ce que je rêvais à 20 ans, un amour véritable avec beaucoup de respect mutuel. » Mais elle n?est pas prête de refaire les mêmes erreurs. « Pas question de me laisser enfermer à nouveau par une relation jalouse ou possessive. J?assume ma liaison aux yeux de tous. Nous vivons ensemble la plupart du temps, mais je garde une certaine indépendance. Je sors avec mes copines, je vois des amis, et je vis. »
Christian : « J?ai envie de vivre une histoire d?amour »
Christian (nom fictif) est marié depuis dix ans. Le couple a une petite fille. Depuis quelque temps, il s?adonne au Chat sur Internet et fait des rencontres. Au début, il s?agissait surtout pour lui de séduire, de faire des conquêtes virtuelles. Et puis Sharon (nom fictif), 20 ans, lui a donné son numéro de téléphone. Ils se sont rencontrés, embrassés, ont fait l?amour. Après, il y a eu d?autres aventures furtives, des locations de campement sur la côte, des aventures sans lendemain.
Mais depuis, les choses ont évolué. Le couple se déchire, évoque le divorce. Christian a la certitude qu?il aurait dû mettre fin à son mariage depuis longtemps. Ce sentiment ne le quitte plus depuis qu?il connaît Véronique (nom fictif), une jeune femme de 28 ans. Ils ont une liaison depuis quatre mois. « J?ai envie de vivre une histoire d?amour », affirme-t-il. Elle connaît son passé et lui a fait rencontrer ses parents. Ils veulent aller de l?avant. Selon Christian, le Chat a servi de catalyseur et mis en évidence une mauvaise relation conjugale à laquelle le couple n?a jamais eu le courage de mettre fin. Cette liaison dit-il, peut lui servir à déclencher son divorce pour de bon. Il regrette simplement d?avoir laissé pourrir la situation et de ne pas avoir eu le courage d?affronter la réalité plus tôt. Non, il n?aime plus sa femme ; elle non plus. Reste à reconstruire trois vies?
L?avis de la « psy »
L?adultère est souvent associé à la souffrance
La psychologue Véronique Wan Hok Chee reçoit de nombreux patients qui souffrent de conséquences de l?adultère. Elle ne peut donc dissocier la liaison amoureuse de son aspect dramatique. Les hommes et les femmes qui viennent la consulter, sont très souvent désarmés face à la crise que connaît leur couple. Dans d?autre cas, où le conjoint n?est pas au courant, la personne qui commet l?adultère peut aussi avoir des problèmes de conscience et de culpabilité.
Ces patients subissent une pression intense de la part d?une société pleine de tabous, moraux, religieux et idéologiques. Les Mauriciens, dit-elle, sont enfermés dans un environnement insulaire où la morale impose de nombreuses restrictions. C?est bien souvent le qu?en dira-t-on, plus que l?acte lui-même, qui perturbe ceux qui doivent faire face au problème. Le fait d?être jugé, de porter une étiquette, place la personne dans une situation ingérable et la plonge jusque dans la dépression.
Cette pression sociale a presque toujours le même effet. Lorsqu?une personne se découvre trahie, elle refuse d?accepter la réalité : « Tout ça, ce sont des palabres? » Cette réaction est d?autant plus courante que les liaisons trouvent souvent leur source dans l?entourage proche du couple : associés, amis, voisins? Le sentiment de honte l?emporte alors sur la raison.
Malgré tout, reconnaît la psychologue, certaines liaisons amoureuses ont parfois un effet positif. Mais c?est seulement après une prise de conscience, un déclic. Par exemple, une femme qui se sent frustrée prend un amant pendant quelque temps avec lequel elle découvre une réelle complicité. Cette relation lui apporte quelque chose alors qu?elle réalise qu?elle a fait fausse route et que c?est son couple légitime qui détient la vraie valeur. Elle retourne ensuite vers son mari et sa famille, « boostée » par cette relation, et consolide son ménage forte de cette expérience.
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