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DÉBAT SUR LES CHAGOS
Burty David conteste les faits
En lisant l?éditorial de Jean-Claude de l?Estrac la semaine dernière dans l?express dimanche concernant l?excision de l?archipel des Chagos en 1965, on se rend vite compte qu?il s?agit de l?histoire écoutée aux portes de la propagande. Son argumentaire tente, maladroitement d?ailleurs, de démontrer que les dirigeants du Parti travailliste de l?époque ont cédé face au chantage des Britanniques en permettant le retranchement de cet archipel de notre territoire. Puis, qu?ils « ont menti honteusement en prétendant qu?ils ne savaient pas que Diego Garcia était destinée à devenir une base militaire américaine ». Pour éviter que cette version triturée ne devienne un document versé au dossier de l?Histoire nationale, il m?a paru important de relever les inexactitudes et les faiblesses de cette « analyse ».
Une lettre du bureau colonial portant le numéro 423 précise ce qui suit au gouverneur Sir John Shaw Rennie : « The Chagos archipelago will remain under
British sovereignty, and Her Majesty?s Government? » Nous sommes le 6 octobre 1965 et l?île Maurice est encore une colonie. L?Angleterre dispose dans son arsenal d?un texte de loi, le Colonial Boundaries Act, qui lui confère des pouvoirs étendus sur ses colonies. De grands pays n?ont pu résister à la partition avant leur indépendance. Les puissances coloniales ont malheureusement laissé de nombreux exemples de territoires démembrés et des pays dont les contours ont été arbitrairement dessinés, au mépris flagrant des résolutions des Nations unies. Si aujourd?hui face à une île Maurice indépendante et souveraine, la réaction de l?Angleterre est qualifiée par Jean-Claude de l?Estrac de « perfide » et d?« arrogante », peut-on s?imaginer ce qu?elle a été face à l?île Maurice coloniale en 1965 ? D?ailleurs le comité d?élite sur les Chagos, institué en 1982 suite à une motion de Sir Anerood Jugnauth, alors Premier ministre, dénonce « the flouting by the United Kingdom Government? of the Charter of the United Nations ». C?est dire que le démembrement de notre territoire est le résultat d?une volonté imposée.(...)
L?île Maurice indépendante a toujours affirmé sa souveraineté sur cet archipel, refusant du même coup de reconnaître le BIOT (British Indian Ocean Territory), créé quelques semaines après les événements de 1965. Que ce soit à la tribune des Nations unies ou a l?OUA, aux réunions des chefs d?États ou au Commonwealth, le gouvernement de Sir Seewoosagur Ramgoolam et celui du Dr Navin Ramgoolam ont continuellement réclamé le rétablissement de nos droits sur l?archipel des Chagos. Par exemple, suite à la réunion de l?OUA tenue au Sierra Leone en 1980, une résolution est adoptée. Elle souligne que « Diego Garcia has always been an integral part of Mauritius, State of the Organization of African Unity (and that it must be) unconditionally returned to Mauritius? » Faut-il rappeler que le Dr Navin Ramgoolam, alors Premier ministre, a poussé le combat encore plus loin en initiant des consultations légales pour faire avancer le dossier sur le plan international ? L?opposition Mouve-ment militant mauricien qui l?avait vivement critiqué pour avoir choisi un légiste britannique, Me Ian Brownlie, a finalement retenu les services du même avocat. Une façon de confirmer la justesse de la démarche travailliste. Aussi Jean-Claude de l?Estrac fait un procès d?intention quand il pense que le Dr Navin Ramgoolam pourrait se laisser gagner par quelque « tentation de la politicaille » sur le dossier Chagos.(...)
L?éditorialiste de l?express dimanche se livre à un autre procès inique, accusant tour à tour Seewoosagur Ramgoolam et les autres dirigeants travaillistes d?avoir menti en prétextant l?ignorance à propos de l?installation d?une base militaire américaine à Diego Garcia. Tout d?abord, comme méthode d?argumentation, Jean-Claude de l?Estrac pèche par absence de rigueur. Il accuse sans remission : « les dirigeants du Parti travailliste ont honteusement menti sur la question », décrète-t-il, « car ils étaient au courant de l?installation de cette base. »(...)
M. de l?Estrac, doit relire le rapport du Select Committee qu?il a lui-même présidé. Sir Seewoosagur Ramgoolam, qui fut appelé à déposer devant ce comité parlementaire en 1982 a (je cite) « strongly emphasized that, at no time, during that meeting and during meetings he subsequently had wih the Secretary of State (?) was he made aware that the USA were in the deal and that the islands would be required for a joint UK/USA defence venture » (page 10). Sir Veerasamy Ringadoo, devant le même comité parle de « communication station » (page 11) dans l?archipel. Sir Satcam Boolell, lui, se rappelle que « Diego was to be used as a signal station » (page 13) (...).
M. de l?Estrac doit savoir que l?idée d?un référendum sur la question, comme souhaité par le PMSD, a été « ruled out » par Anthony Greenwood, Secrétaire d?État aux colonies. Celui-ci était parfaitement au courant du « strength of support for independence » à Maurice, comme l?atteste un communiqué en date du 24 septembre 1965. Dire, comme le fait l?éditorialiste de l?express dimanche, que la menace d?un référendum aurait « coincé Ramgoolam » au point qu?il aurait cédé les Chagos pour l?éviter, c?est tenter de reconstruire l?Histoire sur des bases hypothétiques(...)
James Burty David
JCL : la preuve par quatre
Le comble. Le propagandiste de service au Parti travailliste, le brasseur d?air, accuse l?éditorialiste de l?express-dimanche de faire de la propagande. Au profit de qui et à quels desseins, il se garde de le dire.
Restons dans l?histoire. James Burty David conteste surtout un fait. Il estime inexacte l?affirmation de l?éditorialiste ? ancien président du Select Committee qui a enquêté sur les conditions de l?excision de l?archipel des Chagos ? à l?effet que les dirigeants du Parti travailliste ont menti « en prétendant qu?ils ne savaient pas que Diego Garcia était destinée à devenir une base militaire américaine ».
Pourtant, des faits incontestables et documentés ont établi, sans l?ombre d?un doute, que plusieurs dirigeants travaillistes ont menti et mentent encore sur cette question. Pour contester cette vérité historique, James Burty David s?appuie sur les déclarations des dirigeants travaillistes eux-mêmes, Sir Seewoosagur Ramgoolam, Sir Veerasamy Ringadoo et Sir Satcam Boolell. Ce dernier continue à affirmer que « Diego Garcia was to be used as a signal station ».
FAUX. Nous versons au dossier quatre documents :
(i) Le document cité par James Burty David lui-même, Colonial Office Dispatch to Governor of Mauritius, No. 423, dated 6 October 1 965 débute ainsi. « I have the honour to refer to the discussions, which I held in London recently with a group of Mauritian ministers led by the Premier on the subject of UK/US Defence facilities in the Indian Ocean? » C?est nous qui soulignons. La lettre émane du secrétaire d?Etat britannique aux Colonies.
(ii) En réponse à ce « Secret Dispatch No 423, un télégramme No 247 est expédié le 5 novembre 1965 de Maurice. Il est intitulé « United Kingdom/US defence linterests » ». Il annonce que « the Council of Ministers to-day confirmed agreement to the detachment of Chagos Archipelago ».
(iii) Procès-verbal du « meeting held in Lancaster House on Thursday 23 September 1 965 between the Colonial secretary (Mr Greenwood) and Mauritian ministers. » Ce document établit que les ministres mauriciens sont parfaitement au courant que ce sont les Américains qui s?installeront dans l?île. Les ministres ayant demandé des faveurs en contrepartie, le gouvernement britannique se contente de promettre qu?il « would use its good offices with the United States Government in support of Mauritius request for concessions over sugar imports and the supply of wheat and other commodities. »
Pour négocier avec les Américains, une délégation composée de Guy Forget, Jules Koenig, Abdool Razack Mohamed et Maurice Paturau se rendit à l?ambassade américaine à Londres.
(iv) Un communiqué officiel émis par le Chief Secretary?s Office, le 10 novembre 1965, qui reprend une déclaration faite par le secrétaire d?Etat aux Colonies à la Chambre des Communes. Il déclare : « With the agreement of the Governments of Mauritius and the Seychelles, new arrangements for the administration of certain islands were introduced by an Order in Council made on the 8 th November?. It is intended that the island will be available for the construction of defence facilities by the British and the US Governments? »
C?est clair, c?est irréfutable. Les ministres mauriciens étaient parfaitement au courant des intentions militaires anglo-américaines. Le Conseil des ministres pouvait-il résister à l?exigence de la tutelle britannique, c?est un autre débat. Pour aujourd?hui, il s?agit seulement d?empêcher la propagande de David de fausser l?histoire de Maurice.
Jean-Claude de L?Estrac
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