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Le dramedes césariennes
Depuis le début de l?année, la vie de quatre familles a basculé dans le drame. La série noire a débuté le 12 mars, avec Helena Harel. Sa grossesse était assurée à terme, elle donne naissance à une fille par césarienne, mais décède peu après, à la suite d?une hémorragie massive à l?hôpital Victoria. Nasseema Oozeeraw connaîtra le même sort le 8 juin. Joyce et Mary-Joyce Botte perdront leurs enfants dans des circonstances troublantes le 18 juin et le 2 juillet à l?hôpital Victoria et à celui de Flacq.
Quelque chose ne tourne pas rond dans la santé publique. D?aucuns affirment même que ces tragédies sont le résultat de manquements graves. Les médecins de l?hôpital estiment, quant à eux, que le nombre de décès, par rapport au nombre de césariennes respectivement effectuées par an, n?est pas excessif. Mais les familles des victimes croient dur comme fer à la négligence médicale. C?est également l?avis du Dr Veyasen Pyneeandee, spécialiste en gynécologie obstétrique. « Quatre cas en si peu de temps, ce n?est pas normal. » Les enquêtes menées par le ministère de la Santé écartent pourtant l?éventualité d?erreurs médicales. Mais, les circonstances dans lesquelles ces drames ont eu lieu font penser le contraire.
Traumatisé par ce douloureux événement
Après 16 heures, on ne trouve pas de spécialiste à l?hôpital. Certes, il existe bien un système de garde. « Me bann dokter de garde pas ress sir plas dan lopital, c?est ça pli gro problemm », lance avec véhémence Serge Rayapoullé, président du Comité pour l?amélioration de la santé (CAS). Cette absence de spécialiste s?avère fatale quand une césarienne doit être effectuée d?urgence. Joyce en a fait les frais le 18 juin dernier. « S?il y avait eu un spécialiste quand il fallait, là où il fallait, tout aurait été différent. » À 23 h 30 ce soir-là, elle ressent des contractions.La gynécologue de garde est contactée au téléphone vers 01 h 20. Motif : le c?ur du bébé bat faiblement. Pourtant aucune mesure n?est prise. Le bébé mourra dans le ventre de la mère à trois heures du matin et ce n?est que 12 heures plus tard qu?on le lui enlèvera. Elle ne pourra plus enfanter, car son utérus a dû être enlevé à cause d?une grave hémorragie. « J?ai fait une dépression, je ne mange presque plus. Je n?ai que 24 ans et j?ai perdu tout espoir d?avoir un enfant. » Traumatisé par ce douloureux événement, le couple envisage des poursuites.
« Les femmes qui présentent une césarienne à risque à cause d?une hypertension, d?un placenta praevia ? c?est-à-dire quand le placenta recouvre le col de l?utérus ? ou de grossesse multiples doivent être opérées par un médecin expérimenté », souligne le Dr Pyneeandee. Or tel n?est pas toujours le cas. Helena Harel présentait une grossesse avec un placenta praevia majeur, et courait un risque énorme. Cette anomalie lui a été révélée? le soir où elle devait accoucher ! C?est une sage-femme qui a fait cette découverte après un examen vaginal, d?après un rapport interne adressé au Permanent Secretary de la Santé. Les médecins ont alors décidé d?effectuer un urgent ultrasound scan. En apprenant la gravité de la situation, la gynécologue de garde, qui n?est pas sur place, demande au généraliste de pratiquer une césarienne immédiatement. « Un généraliste peut faire une césarienne, mais dans le cas où il y a un danger d?hémorragie, il est préférable que ce soit un médecin expérimenté qui s?occupe de la patiente. L?ironie, c?est qu?une césarienne prévue à l?avance, comme cela aurait dû être le cas de Mme Harel, présente cinq fois moins de risques qu?une césarienne en urgence. » Pourtant, la malheureuse l?a payé de sa vie. La famille a sollicité l?avis de médecins français pour une expertise du cas de la victime.
Le cas de Mme Harel, remet aussi en question le suivi médical du patient. « Dapre plisier medsin, ti kapav prévwar ki mo fam pou gaign problem par enn simp échographie lor katriem ou sinkiem mwa so grosses », souligne Pierre-José Harel, le mari d?Helena. Joyce, elle, avait déjà fait une fausse couche dans le passé pour cause d?hypertension. Ricardo, son époux, se demande si cette information figurait dans son dossier médical?
Un suivi médical erratique, pire, un laisser-aller, c?est ce que déplore aussi Steeve Cartick. « Mo finn al dekuver par enn dimunn bien rensegne ki Mary-Joyce so tensyon ti monte plisse ki bisin. Zot pa fine fer baisse li. » Ce qui explique la baisse de vue dont elle s?est plainte à un proche venu lui rendre visite. Souffrant d?une crise d?éclampsie, elle a dû accoucher par césarienne. N?étant pas arrivé à terme, l?enfant n?a pu survivre. La jeune femme vient d?émerger après cinq jours de coma. « Elle se remet mais des zones d?ombre persistent. »
Une condition générale souvent désastreuse
Les familles interrogées déplorent aussi le manque de transparence et l?absence de communication à l?hôpital. « Ou konne komie marse mone bizin marse pou konn kinn ariv mo fam ? », se plaint Steeve Cartick. Pierre-José, lui, ne compte pas le nombre de coups de téléphone qu?il a dû passer pour avoir des nouvelles de sa femme le jour où elle a accouché.
L?hôpital reconnaît l?inefficacité du système de garde. « On transfère des spécialistes habitant Rose-Hill à l?hôpital de Rose-Belle, un autre praticien résidant à Floréal a été transféré à l?hôpital du Nord. Quand il y a urgence c?est la catastrophe ! Surtout quand on sait que bon nombre de médecins qui doivent effectuer une césarienne à la place des spécialistes sont jeunes et manquent d?expérience », s?insurge un médecin de l?hôpital Jeetoo. Pourtant, il explique que le manque d?infrastructures ne permet pas un système de garde comme cela se fait en Europe.
Pour qu?une opération soit effectuée dans de bonnes conditions, il y va également de l?attitude de la patiente pendant sa grossesse. « Certaines ne suivent pas le traitement prénatal correctement, d?autres ratent leur rendez-vous. Quand elles arrivent à l?hôpital pour accoucher, leur condition générale est souvent désastreuse. » Et puis, il y a cette manie, ajoute-t-il, de manger avant de venir à l?hôpital, de peur de ne pas avoir de repas. « Or c?est une énorme erreur. Imaginez qu?on doive pratiquer une césarienne. Comment faire si la patiente a l?estomac rempli ? »
Les médecins donnent l?assurance que la césarienne reste pourtant une opération facile à faire? si elle est effectuée par des mains expertes? « Si on a la conscience que toutes les mesures ont été prises pour sauver la patiente, les proches comprendront que la science n?est pas quelque chose d?infaillible? »
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