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« Comprenez-moi et ne me rejetez pas »

17 juillet 2004, 20:00

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« Je n?ai pas demandé à vivre dans ce p? de monde », lance Leila d?une voix chargée d?amertume. Comme elle, beaucoup de jeunes n?attendent rien d?une société qu?ils qualifient d?hypocrite et d?intolérante. Ils n?attendent rien non plus de certains adultes qui sont prompts à les juger, sans essayer de comprendre leur mal-être et qui oublient qu?ils ont été jeunes et que leurs idéaux ont été piétinés à un moment ou à un autre. Résultat, certains ados décident de vivre en marge de cette société, des adultes moralisateurs, et de leur faire un pied de nez en affichant leur refus de se laisser engloutir par la masse. Témoignages de deux jeunes qui aspirent à plus de compréhension et de tolérance du monde dans lequel ils vivent.

<B>Manu, 19 ans</B>

« Je ne suis pas un adepte de la musique de Marilyn Manson, bien que j?aie déjà écouté ses morceaux en compagnie de copains. Mais je n?adhère pas pour autant à sa vision. Cela dit, je trouve qu?on dramatise trop la situation. C?est vrai qu?il y a des jeunes qui sont mal dans leur peau et qui préfèrent se créer un monde où règnent la transgression, la mort, la souffrance? Au fait, on a besoin que les autres nous remarquent? Chacun affiche son mal-être à sa façon. À un moment de ma vie, j?allais mal aussi ; je trouvais que ce monde ne m?apportait rien et que je n?y avais pas ma place. J?ai commencé alors à fumer, à boire aussi, mais mes amis étaient là pour moi. Et à partir de là, mes parents ont essayé de me prêter un peu plus d?attention. On a juste besoin d?être compris et non rejetés. »

<B>Julie, 18 ans</B>

« Mon adolescence s?est plutôt bien passée, sans à-coups, grâce à mes parents qui ont tout fait pour m?aider et m?épauler, même si leur incompréhension vis-à-vis de certaines choses restait un obstacle entre nous. Mais cela n?efface pas les moments d?extrême révolte contre moi-même et contre tous. Les moments où j?en voulais au monde entier, où j?avais l?impression que la douleur terrible que je portais en moi ne passerait jamais. Je traînais parfois un vide, de l?ennui et je me sentais impuissante. Les choses me semblaient sans aucun intérêt, et la vie ne valait pas la peine d?être vécue. Mais cette tristesse et ce pessimisme sont passés, petit à petit. Il suffit juste de laisser faire le temps.

Je pense que les adultes n?ont pas le droit de condamner les jeunes qui soulagent leur mal-être en utilisant des moyens que beaucoup trouvent malsains et choquants, tels que la drogue et l?automutilation. Au contraire, il faudrait essayer de comprendre la raison de cette révolte et trouver des solutions à leurs problèmes. Pour moi, se droguer ou se mutiler, c?est jouer à cache-cache avec son mal-être, c?est vouloir se détruire parce que la douleur intérieure est trop forte. C?est un peu comme une anesthésie contre la douleur que l?on a au c?ur. Je pense que ces pratiques sont un appel à l?aide, une façon de dire : « Regardez-moi, je vais mal ! » Donc, au lieu de montrer du doigt les jeunes qui sont mal, il faudrait plutôt les aider à sortir de ce mauvais pas, avant qu?il ne soit trop tard. »

<B>Psycho

Spleen et idéal des jeunes mauriciens</B>

Du Slam des mots à l?Evazyon de la peinture, de la BD « Ticomixienne » à la « Mouv?ance » des corps, la jeunesse de cette petite île perdue, paradis des chasseurs de vacances, fait vraiment preuve de créativité.

Pourtant, ces dernières semaines, notre train de presse s?est arrêté à la gare du gothique, du macabre et d?autres tâches ensanglantées synonymes de la dégénérescence, ô combien scandaleuse, de notre jeunesse.

Parents, protégez votre chère progéniture du grand méchant Marylin qui rôde à la recherche de nouveaux adeptes bien frais. Farce ou attrape ? Après tout, lui ou un autre, un Eminem déguisé en Ben Laden, une vierge Britney en jarretelles de cuir, un George Bush maître du nouveau monde ? Choisissez votre détourneur de cerveau ! À chacun son époque, à chaque époque son égérie. Mais un Mal pour tous. La même Mélancolie, le même Ennui. Le fameux Spleen baudelairien se propagerait-il à travers le temps ? Où se trouve la différence entre les adolescents romantiques du xixe siècle et ceux du xxie siècle ? Ils font face à un monde similaire : une situation économique et politique qui provoque la consternation et laisse un sentiment d?impuissance, d?irréversibilité ; une situation sociale qui pousse à l?isolement des classes et engendre l?inadaptation, la solitude ; une situation familiale de plus en plus souvent déstructurée ; une fuite du temps inexorable.

Quelles conséquences ? Gantaire écrivait : « Oui, j?ai le spleen, compliqué de mélancolie, avec la nostalgie, plus l?hypochondrie, et je bisque, et je rage, et je m?ennuie, et je m?assomme, et je m?embête ! »

Des jeunes mélancoliques, nostalgiques d?un monde qu?ils ont imaginé meilleur, cher et protecteur, qui se sentent le fruit d?une fatalité. Ils se réfugient tantôt dans un univers onirique peuplé de morbide et de macabre et tantôt dans celui du strass et des paillettes. Certains rêvent d?espaces vides et d?infini, d?autres de désordre et de chaos ; d?un lieu où leur Moi pourrait s?évaporer dans le Rien, où le monde moderne, superficiel et over fashion, disparaîtrait.

Leur humeur devient labile, passant du rire aux larmes, de l?amour à la haine. Rien n?est alors plus beau que l?instabilité, l?indécision, le fruit de la transgression. La Mort rôde trop souvent, mais dans sa fuite, on n?emporte jamais que soi. L?Ennui, cet état de torpeur négative, ne laisse aucune place à l?espoir. Tout est noir et doit le rester. N?allumez pas la lumière, sinon vous risqueriez de voir la laideur environnante ! Alors, cette jeunesse se cache derrière des masques, du démon satanique à la poupée siliconée, pour ne pas ressembler à cette société qu?ils ne peuvent aimer, par crainte de se perdre dans la masse stéréotypée et trop bien pensante. Dès lors, ce mécanisme pourrait-il se simplifier : plus je suis en marge de la société, plus j?ai la conviction d?être fort et moins elle m?ennuie.

Que faire ? Le monde adulte doit s?efforcer de redonner confiance et surtout prendre le temps de comprendre ce qui se cache derrière un maquillage ou une musique un peu trop hard, avant de montrer du doigt ou de tirer une sonnette d?alarme. Il ne s?agit pas de faire l?apologie d?un état mélancolique et marginal, mais bien plus d?essayer d?y apporter une ébauche d?explication.

<B>Sabrina PUDDOO, psychologue</B>

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