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Formule et propagande

17 juillet 2004, 20:00

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La propagande a ses lois. Celles-ci consistent à grossir une pensée, une stratégie, la remixer et la distiller graduellement au public. Cette idée répétée périodiquement, véhiculée par les médias, exerce une influence certaine sur la masse.

Dans la conscience collective, cette pensée fait son chemin grâce à un dévoilement progressif. Le fait que personne ne soit en mesure de la questionner ? vu qu?elle n?est pas encore finale ? facilite sa dissémination.

Depuis le 1er mai, Paul Bérenger véhicule ainsi sa winning formula. Il n?est pas pressé, mais il prépare le terrain, avec une savante méthodologie.

Passons sur l?appellation winning, aspiration légitime de tout capitaine désirant doper le moral de son équipe à l?approche d?une compétition, mais retenons le ton indubitable ? et formel ? qu?emprunte le Premier ministre, à son retour de Londres, pour dévoiler un autre bout de la formule qu?il concocte.

Le dévoilement se révèle un exercice habile. Il est orchestré de sorte que la portée de la révélation politique oblitère dans la presse ? et partant dans l?imaginaire ? sa déconvenue diplomatique au pays de Tony Blair. Bérenger est astucieux, il manie avec dextérité les ficelles de la communication et de la propagande. Résultat : l?homme de la rue parle davantage de son retrait ? hypothétique ? comme Premier ministre en 2008 et de son désir de rester aux commandes du MMM le temps qu?il trouve et forme son remplaçant.

Or la formule électorale de Paul Bérenger est aléatoire. Elle dépend totalement de l?issue des prochaines législatives, ce que le Premier ministre ne dit pas. Ses propagateurs, entre-temps, répètent son idée à volonté, pour la rendre vraie, dans l?esprit du public. Dans sa dernière édition, l?organe de presse du MMM écrit, en employant le futur simple : « Il sera Premier ministre durant les trois prochaines années. Il laissera par la suite la place, en 2008, au leader du MSM et se retirera du Parlement mais demeurera le leader du MMM pour mieux préparer la relève. » L?usage du conditionnel n?aurait-il pas été plus honnête, plus juste ?

La stratégie de Bérenger s?inscrit davantage dans le fond que dans la forme.

Il fait état de sa formule ? qui au fond ne vise qu?à conserver le pouvoir pour son équipe et lui-même ? alors même que les préoccupations du pays, autrement plus graves, sont ailleurs : nos intérêts sont plus que jamais menacés.

C?est le propre de la propagande : masquer ce qui n?est pas bien et braquer les projecteurs sur autre chose, histoire de détourner l?attention. Ce faisant, le leader du MMM marque un autre coup : il rassure ses partisans qu?il n?abandonnera pas le leadership du parti. Cette éventualité, évoquée dans notre dernière édition, a provoqué de vifs débats parmi les mauves, dont la plupart redoutaient que son départ (annoncé précédemment par lui-même) n?entraîne le déclin du MMM.

Pour remobiliser ses troupes, Paul Bérenger brandit alors victorieusement le sondage Synthèses-l?express dimanche (ce qui est nouveau) et souligne que le MMM est le parti le plus fort de Maurice.

Mais à bien voir, Bérenger continue à cultiver le doute. Outre le fait de confirmer qu?il y a aura un partage du poste de Premier ministre entre Pravind Jugnauth et lui-même, il annonce qu?il prépare un package englobant les numéros 1 à 5 d?un éventuel prochain gouvernement MSM-MMM, le président et le vice-président de la République, sans oublier le Speaker de l?Assemblée nationale et son adjoint. Mais pour les noms, il faudra repasser?

En attendant 2005, Paul Bérenger garde « toutes les options ouvertes ».

Entre-temps, il a déjà vendu deux Premiers ministres à la population. Il lui reste maintenant à mesurer l?adhésion que cela provoque, avant de lancer une autre propagande, ingrédient principal de sa formule « gagnante ». Gagnante pour qui ?

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