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L?autre face des Tic
Imaginez le personnel d?un centre d?appel ou d?externalisation (BPO). Vous voyez quoi ? Des jeunes, la vingtaine, fraîchement sortis du collège ou de l?université. Vous n?avez pas tout à fait raison. Car vous avez oublié une autre catégorie de profils : les retraités ! Une des dernières entreprises de l?industrie des Technologies de l?information et de la communication (Tic) à s?implanter à Maurice surprend par l?effectif qu?elle emploie. Spécialisée dans l?éducation à distance en France, elle recrute des professeurs mauriciens à la retraite pour donner un soutien scolaire par téléphone à des élèves français.
L?exemple peut paraître anecdotique, mais il illustre au moins une chose. Les investisseurs des TIC ont des profils et des exigences différents. C?est en les cernant qu?on les démarche le mieux. C?est ce qu?a fait le Business Process Outsourcing (BPO) secretariat du Board of Investment. Il a en effet dressé le portrait robot des investisseurs potentiels et les a classés en sous-catégories, en tenant compte de leurs besoins respectifs.
Ayant fait ce constat, le BOI change d?approche. En effet, Maurice ne veut pas concurrencer les centres d?appels situés au Maroc ou au Sénégal. Le pays ne peut pas offrir à un investisseur potentiel 200 agents de télémarketing en un mois, et à un prix plancher. C?est impossible. « À la place nous nous positionnons sur un créneau où nous proposons des solutions sur mesure aux entreprises qui veulent s?implanter, avec la création de 20 à 40 postes de travail », explique Gérard Sanspeur, le directeur du BOI.
Selon lui, Maurice est désormais sur la mappemonde des Tic. Il reste à faire venir les investisseurs, et pour cela, la BOI pratique le ciblage. On ne ratisse pas large, et le démarchage se fait directement auprès des chefs de projet et les directeurs des entreprises qui délocalisent, afin de leur faire savoir ce qu?offre Maurice.
Mais là encore, il ne s?agit pas d?attirer que des investisseurs. Il faut de la valeur ajoutée. « Il n?y a pas que l?argent qui compte. Nous considérons également les types d?emplois et la masse salariale que l?entreprise va générer et si des transferts de technologies et de savoir-faire seront effectués quand elle s?implantera. » À titre d?exemple, la masse salariale générée par les 20 postes qui sont créés par l?entreprise française d?éducation à distance, est comparable à celle d?un centre d?appels de 100 postes. Soit l?équivalent de Rs 700 000 par mois.
Plutôt que de se positionner uniquement sur le marché finalement peu rémunérateur et très concurrentiel des centres d?appels, Maurice veut plutôt s?affirmer comme un lieu privilégié pour les opérations de back office (fiche de paie, gestion client), de BPO et de Disaster Recovery. Et cette approche commence à porter ses fruits. Ainsi, une entreprise française qui compte American Express, la Banque de France, la Société générale et plusieurs opérateurs de téléphonie au nombre de ses clients, veut délocaliser toute son infrastructure informatique à Maurice d?ici septembre 2004. À la clé, 50 emplois à haute valeur ajoutée et Rs 12,4 millions d?investissements. C?est ce genre d?affaires qui intéresse désormais Maurice.
Le pays a raflé cet investisseur au nez et à la barbe du Maroc, de la Tunisie et du Sénégal. Mais certaines questions demeurent. En première position figure celle de la formation. « Mentir aux investisseurs est la dernière chose à faire. Nous leur expliquons ce dont nous disposons comme compétence, et les facilités de formation qui sont offertes à travers l?Industrial and Vocational Training Board. »
<B>Maurice pas compétitive au niveau du prix</B>
Toutefois, en ouvrant son Disaster Recovery Center à Maurice, le groupe indien Satyam a déjà puisé, et en partie épuisé le stock de jeunes diplômés en informatique que compte le pays. Gérard Sanspeur pense que les compétences pourront être trouvées, car les entreprises qui s?implantent à Maurice ont des projets à « taille humaine » pour lesquelles la main d??uvre existe ou alors est déjà en formation. Mais une partie de la formation, ciblée et spécifique aux activités du secteur, doit être prise en charge par les entreprises. Ce qu?encourage vivement le directeur du BOI. « Ils doivent prendre avantage du Pre Operational Training Incentive. Cela leur permettra de former leurs employés, tout en bénéficiant de certains abattements. »
L?autre facteur handicapant est le prix des télécommunications à Maurice. Un investisseur s?attend toujours à trouver les meilleurs prix pour ses lignes dédiées à très haut débit. Mais Maurice n?est pas encore tout à fait compétitive dans ce domaine malgré les efforts de Mauritius Telecom. Il serait dommage de perdre des investisseurs alors qu?on a tous les atouts sauf un !
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