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Les noirs dessous du franchissement du Rubicon

14 juillet 2004, 20:00

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Analysant les circonstances entourant le rejet de la motion de censure présentée par Anerood Jugnauth, l’express conclut que le Rubicon est franchi et s’en explique. Le vote (36 voix à 33) permet de voir plus clair dans la physionomie parlementaire. Finies les défections éphémères, les prises de position énigmatiques et les contradictions successives. Les contestataires travaillistes (Harish Boodhoo, Radha Gungoosingh et Rohit Beedassy) choisissent finalement leur camp, celui de l’opposition. Sauf fait nouveau, le Parti Travailliste et son leader, Sir Seewoosagur Ramgoolam, ne doivent plus compter sur eux. Jean Claude Augustave se démarque davantage de son parti. Il ne participait plus aux travaux parlementaires depuis quelque temps. Il revient expressément pour désavouer la motion de censure. Au sein du PMSD, les voix réclamant des élections générales anticipés, se taisent et cèdent la place à un alignement anti-MMM et pro-Ramgoolam. Daby et Badry ont maintenu le suspense le plus longtemps possible. Badry jure de nouveau allégeance au PTr : “Travailliste je suis, travailliste je demeure”. Daby, le nostalgique des années 1950, n’en est guère éloigné.

L’heure du vote est douloureuse pour Harish Boodhoo. Pendant tout le débat, les contestataires pèsent le pour ou le contre des trois scénarios possibles s’offrant à eux : (i) s’abstenir, (ii) voter pour ou (iii) contre. Le fait d’en discuter témoigne du conflit les rongeant le cœur. On n’efface pas de gaieté de cœur une sensibilité travailliste bien ancrée. Sachant que son vote n’est plus indispensable puisque Badry et Daby votent avec le gouvernement, Boodhoo donne l’impression d’avoir voulu assurer l’essentiel : la cohésion du mouvement contestataire.

Dans une nouvelle série, consacrée aux “noirs dessous de la semaine politique”, Suleiman Patel parle de “l’entrée en clandestinité” de l’actualité politique. Par des manœuvres subreptices et sournoises, elle entend attirer l’attention de tous. L’objectif est d’attirer la masse à se rallier à une tendance politique donnée. Tous les moyens sont bons y compris la falsification des faits. L’émotion, suscitée par les débats budgétaires et ceux de la motion de censure, témoigne bien du pouvoir d’une poignée de politiciens et de l’impuissance de la masse des non politiciens.

Il est de plus en plus question de complots mais aussi de complicité journalistique. Le premier à avoir évoqué ce spectre est Seewoosagur Ramgoolam et il ne le fait pas innocemment. “Pour une fois, il était bien informé”, précise Suleiman Patel. Ce dernier pose la pertinente question de savoir si le rapport, apprenant au Premier ministre l’existence d’un complot, était à exemplaire unique ou à triple exemplaire, autrement dit si intentionnellement deux autres ministres ont été également mis au parfum par des informateurs bien renseignés et ne provenant pas forcément des services de sécurité.

Le terme “complot” est évoqué lors d’une réunion de parlementaires en date du 11 juillet 1979. La réunion est convoquée par Seewoosagur Ramgoolam que le retard de Kher Jagatsingh, d’Harold Walter et de James Burty David irrite énormément. Il se dit excédé de devoir à tout moment contrôler la totalité des voix travaillistes. Par trois fois, il répète qu’il soupçonne de plus en plus l’existence d’un complot. A Badry qui proteste, il lance : “Did I mention your name?”

Ramgoolam pourrait en vouloir à un ministre qui l’encouragea à inscrire la motion de censure à l’agenda parlementaire, en lui garantissant que le plein des voix se fera sans problème aucun.

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