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La force tranquille

9 juillet 2004, 20:00

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Au téléphone, une voix aimable, prête à vous recevoir dans les deux heures qui suivent. Par mail, un CV. Bref mais éclatant de réussite. Face-à-face : une présence austère dans un bureau qui sent le neuf. Paula Lew Fai est une femme qui a fait le point. Sur la vie, ses passions, ses désillusions.

Et cela se sent. Car un jour, elle a pris une décision. Fatiguée de brasser l?écume des jours, elle passe un an auprès d?Oshida-san, maître zen du Takamorisoan, une communauté vivant du produit de la rizière. «Après mon doctorat, il fallait faire le point. C?est pendant ces douze mois que toutes mes questions ont trouvé une ébauche de réponse.»

Etre psychosociologue et directrice d?Astek (Mauritius) Ltd, cela éveille la curiosité. Quel est donc le point commun entre «les constellations de relations entre l?individu et la société, tout ce qui structure l?individu» et un poids lourd de l?ingénierie informatique dont le siège est en France ? «Non, il n?y a pas de contradictions entre les disciplines. Astek est le prolongement de mon parcours.»

Les yeux bridés brillent, anticipant le moment de délivrer ses vérités. «Mon atout est de penser que nous ne devons pas seulement produire des biens mais aussi du bien-être.» Avec conviction, la voix énergique de Paula Lew Fai nous expose la «formule originale» de la société qu?elle dirige. «Depuis qu?Astek s?est implantée à Maurice, nous avons recruté 16 ingénieurs en informatique de l?université de Maurice. Nous travaillons en continu avec l?équipe française. C?est un exercice difficile mais payant parce qu?il nous force à avancer.»

Le ton est presque maternel quand la directrice générale d?Astek parle de son équipe qui a une moyenne d?âge de 25 ans. A 55 ans, toute menue dans son grand fauteuil noir, avec, en face, son vase à fleurs en verre bleu et derrière elle, le plastique vert d?un bougeoir avec sa bougie parfumée au thé, Paula Lew Fai déclare avec assurance, «pour l?instant nous n?avons qu?un seul client. Nous développons des applications pour les logiciels de Hewlett Packard.» Avant de baisser perceptiblement le ton pour évoquer le secret d?Etat qui entoure «la conception des nouveaux projets.»

L?avis est sans doute réducteur. En psychologie tout tourne autour de l?enfance. D?abord, mettre en lumière les zones d?ombre qui ont émaillé la sienne, avant d?analyser celle des autres.

C?est au Japon que Paula Lew Fai prend le temps de faire la paix avec son vécu de petite fille insouciante aux Salines. «J?allais vider les crabes avec mes huit frères et s?urs. On jouait à la pagode.» Un ton plus bas et un rire dans la voix, «On chipait aussi des gâteaux donnés en offrande. Je crois que j?ai toujours eu ce petit côté irrévérencieux.» C?est le moment aussi de se réconcilier avec son père aux colères flamboyantes qui ne comprenait pas pourquoi sa fille, boursière de l?Alliance française après ses classes au collège Lorette de Port-Louis, a préféré la psychologie à la médecine.

Accepter aussi cette «mère trop bonne, cette force de l?eau qui épouse le relief», mais qui tombait trop souvent sous les coups des «gens qui prennent la bonté pour de la bêtise». Une incursion au pays du Soleil Levant pour rétablir l?équilibre entre un avant et un après. Illuminer ses zones d?ombre et ses contradictions. En finir une fois pour toutes. Avancer. «Je pense que toute histoire ne demande qu?à être améliorée.»

Du zen donc, Paula Lew Fai a gardé le goût de la discipline, d?une netteté vestimentaire blanche et noire. D?une bougie parfumée au thé et d?un bureau bien rangé. Sa voix exprime mille nuances. Une palette vocale qui tombe dans le grave pour parler de sa société Astek. File dans l?aigu pour dire son engagement social et humanitaire sur plus de vingt ans, auprès de l?Unesco, de l?Unicef, du Fonds des Nations unies pour la Population (UNFPA), de l?Union européenne. Et redescend dans le mezzo pour rire des «Européens qui s?intéressaient à moi parce que je suis exotique.»

Une dose de philosophie pour galérer dans le milieu de la recherche. «On bossait 12 heures par jour et on gagnait moins que le Salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). Il fallait vraiment y croire pour faire de la recherche. Moi, j?ai passé tous les concours du Centre national de recherche scientifique (CNRS).» Paula Lew Fai doit se résoudre, malgré le doctorat acquis après avoir soutenu une thèse sur L?acculturation des enfants à Maurice, à faire de petits boulots à l?ombre des directeurs de recherche. Documentation, bibliographie, interview, tout ce que les têtes pensantes laissent aux seconds couteaux n?ayant pas encore trouvé de poste fixe.

Quand, depuis que l?on a 14 ans, on a aidé sa famille à démêler l?écheveau de ses sentiments, on apprend à suivre les siens. A persévérer dans la voie que l?on s?est choisie.

Parcours d?une chevronnée

Titulaire d?un DEUG en sociologie et d?une PhD en psychosociologie de l?Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris, Paula Lew Fai a été chargée de cours à l?Institut du Travail social de l?Ecole des psychologues praticiens de Paris. En 1981, elle est consultante au Soudan et au Yemen pour le compte de l?Unesco. De 1981 à 1994, elle est chargée d?études au CNRS. De 1996 à 1999, la psychosociologue coordonne un programme de santé reproductive à Maurice et à Madagascar pour le compte du UNFPA. Elle consacre ensuite 1999 à 2002 à des projets ciblant les mères adolescentes, sous l?égide de Anou Diboute Ansam, à Rodrigues.

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