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Alerte aux grandes oreilles

9 juillet 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Un petit battement d?aile. Un simple bruit que vous pourriez prendre pour une faille technique sur votre récepteur. Pourtant, il pourrait s?agir de quelque chose de plus grave : votre téléphone est peut-être sur écoute.

Il existe à Maurice une phobie concernant les téléphones sur écoute. Cette frayeur est partiellement fondée sur les tactiques des régimes d?autrefois, quand politiciens et syndicalistes, entre autres, étaient systématiquement traqués par la State Security Service ou son successeur, la National Intelligence Unit. La mise sur écoute de téléphones constituait une technique basique mais effective pour la collecte d?informations. Aujourd?hui, elle est toujours utilisée par la police mais à un bien moindre degré.

« Ce n?est qu?une minorité de personnes qui sont sur table d?écoute. La police n?a pas les moyens d?écouter les conversations de tout le monde », explique un ancien haut gradé de la police qui a longtemps travaillé sur les tables d?écoute.

Le recours au wiretapping par la police a diminué au fil des dernières années. Le remplacement de la NIU par la National Security Services (NSS) et la réduction de son effectif démontre un changement d?attitude de la force policière et du gouvernement par rapport à la surveillance.

La preuve est que le matériel d?écoute qui se trouvait jadis à l?Hôtel du gouvernement a été transféré aux Casernes. Aujourd?hui, leur utilisation est limitée à la surveillance des personnes soupçonnées de trafic de drogue, entre autres. Il est principalement utilisé non pas pour recueillir des preuves mais des informations. Intelligence not evidence, est le nouveau slogan mais c?est également une tactique pour contourner la loi. C?est illégal d?écouter les conversations, car il s?agit d?une atteinte à la vie privée, un droit humain fondamental. Toutefois, si le contenu des conversations n?est jamais présenté comme preuve en Cour, il est presque impossible de savoir que son téléphone avait été sur écoute.

<B>DISCRÉTION</B>

« Même une fine oreille ne détectera pas la mise sur écoute de son téléphone. La personne qu?on appelle peut le savoir si elle entend un petit battement d?aile dès qu?elle prend son récepteur », explique l?ancien haut gradé de la police. Ce bruit, presque inaudible, est souvent dû à la mise en marche d?une machine qui enregistre toutes les conversations sur des bandes magnétiques.

La mise sur écoute d?un téléphone fixe est relativement simple. Il suffit d?ouvrir son récepteur pour s?en rendre compte : il n?y a que deux fils en cuivre. En fait le réseau téléphonique n?est constitué que de milliards de kilomètres de fils en cuivre. La méthode la plus simple pour écouter une conversation est de brancher une ligne à partir de la centrale téléphonique ? à condition d?avoir la complicité de Mauritius Telecom.

Il est également possible d?installer un micro dans le récepteur ou dans la prise téléphonique. Les communications interceptées sont enregistrées à distance (dans un fourgon par exemple) grâce à la technologie ultrason. Ce système sophistiqué que l?on retrouve dans les films d?Hollywood coûte Rs 100 000. Un gros investissement, surtout que les personnes susceptibles d?être mises sur écoute le savent fort bien et communiquent en langage codé.

Quand il parle de table d?écoute, le Mauricien a tendance à se référer à la police et aux autorités. Une belle erreur car la surveillance est aujourd?hui une pratique courante dans la plupart des entreprises publiques et privées. Tout démarre du standard, ou le PABX enregistre tous les appels entrants et sortants, avec les numéros de téléphone à l?appui. Les nouveaux systèmes sont équipés d?un logiciel de facturation qui leur permet de gérer leur budget? mais également de savoir combien de temps certains bavards passent au téléphone.

Dans certains cas, une vérification de la liste d?appels peut pousser à la mise sur écoute de certains postes. Par exemple, le PABX de l?Hôtel du gouvernement a souvent livré des secrets. Une fois, les services de sécurité ont été surpris de découvrir que deux extensions communiquaient entre elles pendant six heures au moins trois fois la semaine. La table d?écoute a révélé qu?il s?agissait d?un policier qui échangeait des mots doux avec une policière.

Les entreprises privées sont également friandes de tables d?écoutes. Jusqu?ici leur discrétion leur a permis de n?être jamais mises en doute. Toutefois, elles sont de plus en plus nombreuses à adopter la nouvelle technologie pour espionner leurs propres employés.

Une des plus grandes banques du pays a ainsi mis sur écoute tous les postes de téléphone de certains départements après avoir eu vent d?importantes fuites d?informations. La tactique a payé mais si les sociétés s?y mettent c?est parce qu?il devient de plus en plus facile et de moins en moins cher d?installer une table d?écoute.

Plus besoin d?un fourgon pour écouter les conversations téléphoniques. La table d?écoute est aujourd?hui réduite à un disque dur qui n?est pas plus grand qu?un téléphone portable mais qui peut enregistrer des conversations durant un mois. Prix de cette petite merveille : Rs 25 000.

D?autres entreprises sont obligées de mettre tous leurs postes sur écoute de par la nature de leur business. Par exemple, les sociétés engagées dans les paris par téléphone sont obligées d?enregistrer toutes les conversations pour éviter des controverses.

L?espionnage industriel prend également de l?ampleur à Maurice. Une entreprise du Sud, spécialisée dans la production d?équipements hi-tech, en a été victime plus d?une fois. Ses concurrents, basés en Asie, voulaient à tout prix en savoir davantage sur ses clients, ses commandes et sur le développement de nouveaux produits.

<B>CHERCHEZ LA FREQUENCE</B>

Pour le grand public, la venue du téléphone cellulaire est perçue comme un moyen d?éviter les tables d?écoute. Rien de plus faux car il est tout aussi facile d?intercepter une conversation entre deux portables. Si la complicité des opérateurs peut être obtenue pour une surveillance en bonne et due forme, il est également possible de les contourner en s?achetant un scanner. Cet appareil qui coûte Rs 10 000 est déjà uti-lisé à Maurice. Il peut intercepter toutes les communications faites dans un rayon limité. Il suffit de chercher les fréquences, comme sur une radio.

Le portable, et par ricochet son utilisateur, sont faciles à localiser car chaque appel passe par une série de stations de retransmission avant d?aboutir.

La mise sur écoute de téléphones, que ce soit par la police ou les entreprises privées, est illégale. Le barreau est foncièrement contre cette pratique car elle porte atteinte à la vie privée.

La loi autorise le recours à l?écoute des conversations téléphoniques uniquement dans des cas spécifiques. La police, par exemple, doit obtenir l?aval d?un juge en chambre pour pouvoir aller de l?avant. Ce n?est qu?alors que l?enregistrement peut servir de preuve lors d?une éventuelle poursuite. Encore que la bande devra être présentée en Cour dans son intégralité et qu?un expert aura à prouver que la voix du suspect est bien celle figurant sur l?enregistrement.

Ces conditions ont d?ailleurs été testées en Cour, notamment lors du procès Bacha. Les conversations téléphoniques entre Sir Bhinod Bacha et Joyce Castellano avaient été enregistrées à leur insu et sans l?autorisation d?un juge. Les enregistrements n?ont pu être utilisés et le procès a ensuite été abandonné aux Assises pour manque de preuves.

La mise sur écoute de téléphones existe depuis le XIXe siècle et ne cesse de se perfectionner. Les nouvelles formes de communication ont facilité la procédure car elles peuvent facilement être mises sous surveillance.

Le Mauricien a une peur ma-ladive que ses palabres soient écoutées par des tiers. Il reste malgré tout un gros bavard, passant plus de temps au téléphone (12 mn par jour) que les Européens. Ecoute qui pourra?

<B>?Echelon?, une surveillance mondiale</B>

Echelon est le nom de code d?une vaste opération mondiale d?espionnage permettant d?intercepter n?importe quelle communication téléphonique, y compris les portables, e-mail et fax. Ce système secret, qui sort peu à peu de l?anonymat, est une surveillance électronique mise au point par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Il ne se limite pas à la lutte contre le terrorisme, au trafic de drogue et au crime organisé mais couvre également l?espionnage industriel.

Echelon c?est plusieurs millions d?écoutes par semaine réalisées grâce à des satellites transmettant les messages numériques et analogiques à plusieurs stations américaines installées en Allemagne, en Nouvelle-Zélande, en Australie, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Ingénieurs, linguistes et informaticiens travaillent jour et nuit au décryptage des communications selon le système des mots-clés. La technique consiste à insérer le mot-clé dans un ordinateur appelé « dictionnaire », et la communication recherchée est détectée pour être immédiatement archivée avant d?être analysée. La planète demeure ainsi sur écoute totale, sans risque pour les auteurs puisque si le droit international condamne le piratage des communications téléphoniques terrestres, il ne prévoit aucune sanction pour les transmissions satellitaires.

Le système Echelon est placé sous le contrôle de la National Security Agency (NSA), une agence de la CIA mais qui dispose d?un budget quatre fois supérieur à celui de la maison mère. La NSA a été créée en 1948 sur la base d?une alliance appelée « Ukusa ». Elle regroupe la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande, l?Australie et le Canada. A cette époque, les grandes oreilles étaient tournées vers l?URSS et l?Europe de l?Est. Depuis la chute de Berlin, le matériel, toujours plus performant, vise le monde entier. Reste à savoir ce que l?équipe d?Echelon fera d?une conversation entre deux turfistes mauriciens.

<B>E-mails traqués</B>

Le combat pour le respect de la confidentialité sur Internet s?étend maintenant à la messagerie électronique. Les nouvelles mesures de sécurité alliées à la rapidité de l?accès Internet n?éliminent pas les possibilités de la mise sur écoute et la filature des e-mails. Un message passe à travers une série de machines en route vers sa destination. Théoriquement, le message peut être lu par n?importe qui se trouvant dans la chaîne entre l?expéditeur et le destinataire, sauf s?il est crypté.

Les fournisseurs d?accès à Internet (FAI) ne stockent pas les messages mais peuvent savoir l?identité de l?expéditeur et du destinataire. Ils peuvent également traquer les sites que leurs abonnés visitent. Chaque utilisateur dispose d?une Internet Protocol (IP) address, ce qui permet aux gestionnaires de sites ou aux FAI de remonter la filière. C?est ainsi que de nombreuses arrestations ont pu être effectuées après l?identification de visiteurs de sites pédophiles.

Malgré ces systèmes, le web demeure un Far West où les lois révèlent bien souvent leurs limites. A Maurice, le Computer Misuse and Cybercrime Act permet l?interception de données uniquement en temps réel et seulement après l?autorisation d?un juge.

Votre clavier peut également être mis sur écoute par de petits malins. Des programmes espions, les keyloggers peuvent être installés sur un ordinateur à l?insu de son propriétaire afin d?y enregistrer tout ce qu?il tape au clavier. Fonctionnant comme un virus informatique, le programme s?installe sur le PC lors de la visite de certains sites web. Il cible ensuite les mots de passe et les informations à caractère financier avant de les envoyer discrètement à l?adresse e-mail du concepteur.

Trois précautions s?imposent pour se prémunir contre ces menaces : l?utilisation d?un antivirus régulièrement mis à jour, d?un logiciel de firewall, qui tente de protéger les ordinateurs contre les intrusions et un logiciel capable d?éradiquer de son PC la plupart des logiciels espions qui viennent s?y nicher.

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