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Préférences illusoires

6 juillet 2004, 20:00

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L’industrie du textile-habillement envoie des signaux contrastés. Rien que dans l’édition du jour de “l’express”, les nouvelles sont tantôt bonnes, tantôt moins bonnes. Tianli Spinning (Mauritius) entame ainsi la deuxième phase d’extension de sa filature, tandis que Grove Industries licencie, pour le moment, 500 employés, confirmant, si besoin est, la stratégie de départ des entreprises hongkongaises.

Les deux démarches découlent d’une même cause, soit que l’AGOA III ait été voté sans prévoir de dérogation spéciale pour Maurice concernant la possibilité d’importer des matières premières de pays tiers tout en bénéficiant d’un accès en franchise de douane sur le marché américain.

Face à cette mauvaise nouvelle – même si les autorités continuent à croire en une solution de la 11e heure – les Hongkongais, qui étaient les pionniers de l’industrie textile à Maurice, choisissent de plier bagages plus vite que prévu.

Ceux que l’on compare aux sauterelles nomades de l’industrie textile ont choisi d’aller voir en Chine, où l’herbe est, pour eux, plus verte. Bientôt, ils seront tous partis. Outre les conséquences pour l’emploi, Maurice perdra un peu de son attrait pour les acheteurs étrangers qui ont connu Novel coté à la Bourse de New York avant de connaître Floréal Knitwear.

Il n’est d’ailleurs pas étonnant de constater que nos exportations vers le marché américain déclinent avec une effrayante constance. C’est que les entreprises hongkongaises représentaient jusqu’à 50 % des exportations de l’industrie textile-habillement du pays vers les Etats-Unis. Elles seront difficilement remplaçables.

Malgré tout, le refus d’une dérogation spéciale pour Maurice aux termes du “third country fabrics” n’est pas une si mauvaise nouvelle finalement. La preuve : Tianli Spinning se lance dans une extension plus ambitieuse que celle programmée initialement. Alors qu’elle avait prévu d’accroître sa capacité de production de 2 300 à 4 000 tonnes de fil, la filature chinoise voit aujourd’hui plus grand et compte passer directement à 8 000 tonnes de fil par an.

L’échec de Maurice pour se faire entendre du Congrès américain est ce qui permet à Tianli Spinning d’abattre à présent ses cartes. D’autres projets de filature annoncés dans le passé pourraient également se concrétiser, maintenant que les règles du jeu sont plus prévisibles.

En effet, quand bien même Maurice parviendrait à obtenir lors des arrêts de jeu une dérogation spéciale, celle-ci ne serait que d’une durée de deux ans. Au cours de la troisième année, seulement 50 % des vêtements confectionnés avec des matières premières importées hors de la région obtiendraient un accès en franchise de douane.

Pour les pays les moins avancés d’Afrique, et Maurice à la rigueur, ce sursis peut évidemment représenter un ballon d’oxygène. Mais ce ne sera jamais rien de plus que le maintien sous respiration artificielle d’une partie de l’industrie de la confection.

Si nos industriels et nos décideurs n’ont pas encore compris que le temps des préférences est révolu, ce serait désespérant. Car cela voudrait dire qu’ils n’auraient rien retenu de la leçon infligée par Bruxelles concernant le prix du sucre.

Le refus de Washington d’inclure notre pays sur la liste des bénéficiaires de la dérogation à la provision du “third country fabric” est peut-être finalement un mal pour un bien. Cela oblige en effet le pays à concrétiser sa stratégie de départ, qui est d’évoluer en amont dans la filière et de privilégier le textile par rapport à la confection.

Dans deux à trois ans, nos voisins africains, qui en sont encore au stade de la confection basique, auront besoin de s’approvisionner en matières premières dans la région pour survivre et assurer les milliers d’emplois créés grâce à l’AGOA.

Deux à trois ans, c’est le temps requis pour concevoir et réaliser un projet de filatures. Deux à trois ans, c’est aussi le temps que l’on aurait perdu, bercé par les bénéfices illusoires d’une dérogation.

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