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Une famille décimée
Rahim Dustafir, 68 ans, ne prend plus la peine de sécher ses larmes. Le vieil homme ignore où puiser la force pour surmonter le malheur qui s?est abattu sur sa famille, jeudi dernier. Malgré son immense douleur, il reste digne et, d?une voix éraillée, remercie les parents et connaissances venus lui témoigner leur sympathie. Soudain, ses frêles épaules sont prises de soubresauts.
« Kuma mo pou viv aster ? », sanglote-t-il dans les bras d?un ami. Ce dernier pleure en silence. Les mots lui manquent pour réconforter cet homme qui a tout perdu.
Le fils et le petit-fils de Rahim Dustafir, Hamza, 37 ans et Asif Abdool, 9 ans, ont été tués lorsqu?un camion se dirigeant vers Port-Louis a dérapé et a écrasé leur voiture à Bagatelle. La Toyota blanche se dirigeait vers Curepipe. Jahan Kausmally, 57 ans, la belle-mère d?Hamza, et Bibi Afroze Korimbocus, 60 ans, la s?ur de cette dernière, qui occupaient le siège arrière, ont également perdu la vie. Le camion a percuté au moins trois autres véhicules avant de s?arrêter.
Seule rescapée de cette hécatombe : Fazila Dustafir, l?épouse d?Hamza. Elle se remet lentement de ses blessures à l?hôpital Candos. Vendredi après-midi, elle n?était pas au courant du terrible drame. « Nu pa konne kuma pu anons li sa nouvel la? So mari, so zanfan, so mama ine allé. Li pa pu fasil pu siport sa pwa-là? », soupire le frère d?Hamza, Siddick. Las, les yeux rouges de tristesse, il lutte pour ne pas fondre en larmes.
Avec son père, il est allé au poste de police de Moka vendredi, jour où la Toyota blanche que conduisait Hamza Dustafir a été remorquée. « Loto là finn kraze net. Nu fine gagin move sok, mo papa sirtou », confie Siddick, qui en profite pour remercier les autorités qui les ont aidés dans leur malheur. Et dire qu?il avait parlé à son frère, il y avait à peine vingt-quatre heures. « Linn dir moi li pé dessann Port-Louis. Sa même so dernie parol. » Hamza, qui était taximan, projetait d?acheter une nouvelle voiture cette année.
Malgré son métier, il aidait occasionnellement son frère dans la menuiserie familiale. Il avait profité d?un moment libre jeudi après-midi pour aller à Port-Louis, chercher des pièces de rechange pour sa machine à laver. Fazila, son épouse, ainsi que leur fils Asif, l?accompagnait. Ce dernier, s?était absenté de l?école parce qu?il était souffrant. Ce sera leur dernière virée ensemble?
<B>L?hécatombe d?un camion fou</B>
Ce terrible accident vient remettre en lumière le danger que représentent les poids lourds. Le camion roulait à tombeau ouvert et doublait un véhicule, selon des témoins, lorsqu?il est entré en collision avec le taxi de Goolam Dastofir. Selon le chauffeur du camion meurtrier, Rajwanand Jagoo, il descendait vers la capitale lorsqu?il a subitement perdu le contrôle de son véhicule. Le camion a traversé le terre-plein, a balayé la Toyota de Goolam Dastofir dans sa folle course, en entraînant quatre autres véhicules dans un carambolage.
C?est la deuxième fois en sept mois qu?un semi-remorque se retrouve de l?autre côté de l?autoroute. En novembre dernier, un camion-citerne Caltex s?est renversé à environ 300 mètres du Pont Colville, en entrant en collision avec deux 4x4, sans provoquer mort d?homme. Ce qui pousse le chef inspecteur Ben Buntipilly de la Road Safety Unit de rappeler que tout véhicule tractant une remorque doit obligatoirement rouler à 40 km/h maximum. Les poids lourds, explique le policier, ne se conduisent pas comme les autres véhicules. « D?où un minimum de précautions, pas d?excès de vitesse et respect des limitations. » Les autres types de camions ne doivent pas dépasser 50 km/h.
Mais dans la réalité, ces règles ne sont presque jamais respectées. Dans l?accident de Bagatelle, la police devra déterminer si l?erreur est humaine ou mécanique.
« Selon les statistiques, 90 % des accidents sont dus aux erreurs humaines, 5 % sont liés à des défauts mécaniques et 5 % à cause des routes. D?où l?importance de la prudence au volant. »
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