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Devi survit dans l?ombre de son mari égorgé
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Devi survit dans l?ombre de son mari égorgé
Ce jeudi soir, la lueur blafarde des ampoules nues va peut-être illuminer pour la dernière fois les murs lézardés de la masure misérable qu?elle partageait avec son époux, Michel Bruno Alcindor, et leurs deux enfants, Laura, et Stéphane, âgés de 11 et de 9 ans. Cela faisait deux ans et demi qu?ils n?avaient pas d?électricité.
Un voisin a mis un câble électrique à la disposition de Devi pour que la veillée mortuaire de Michel se fasse dans de bonnes conditions. Stoïque, assise à côté de la dépouille de son époux, Devi n?a quasiment plus de larmes pour pleurer ce départ prématuré. Michel est décédé la veille, après quatre jours passés aux soins intensifs. Il n?a pas survécu aux blessures que lui a infligé Mohamad Didarally au cou avec un cutter au Caudan Waterfront samedi soir. Il gît maintenant sur le « canapé », recouvert d?une moustiquaire.
<B>Au bord du gouffre</B>
Plongée dans ses pensées, Devi est presque impassible. Elle accueille avec un sourire crispé les quelques rares amis et parents venus lui présenter leurs condoléances. Une question lancinante la torture : comment faire pour payer les obsèques ?
Sans le sou, sans travail, la voici veuve avec deux enfants sur les bras. Elle est au bord du gouffre. Son monde, qui se résumait à deux pièces minables à l?étage d?une maison en décrépitude, s?est effondré.
Mais Devi est trop fière pour montrer sa détresse. Pourtant la misère noire est palpable. Il n?y a pas de meubles chez elle. Les matelas sont éventrés. Elle dit avoir perdu ses biens dans un incendie provoqué par des bougies il y a quelques années. D?ailleurs, des traces de suie sur le plafond délabré en témoignent.
<B>Comment faire pour survivre ?</B>
Michel gagnait sa vie comme livreur de glaçons. Son employeur le laissait vivre dans la mansarde où il s?est installé depuis son mariage avec Devi. Puis il y a environ trois ans, il a été licencié. Il a alors tenté de gagner sa vie comme pêcheur en jetant ses lignes autour de la rade. Mais le peu d?argent qu?il gagnait ne suffisait pas à nourrir la petite famille et les enfants n?allaient plus à l?école. « Nou sey débrie pu manze ».
Devi se confie à demi mots. Michel est parti trop tôt, et elle ne sait pas comment faire pour survivre ? Peut-être ira-t-elle chez des proches qui voudront bien subvenir à ses besoins? jusqu?à ce qu?elle remonte la pente.
Livide, d?une voix monocorde, elle évoque le drame qui l?accable,et qui désormais hante ses jours et ses nuits. Il y a une semaine, la cousine de Michel, Dorette Lamoureux, est venue frapper à leur porte, leur réclamant l?hospitalité pour la nuit, pour elle et ses trois fillettes.
« Linn vinn rod enn plas pu dormi. Ti 6 h 15 tanto sa zedi la, Michel ine dire li reste » confie Devi. Son mari étant sans doute en prison, Michel voulait l?aider dans la mesure du possible. Mohamad Didarally, qui entretient une liaison avec Dorette, a alors rejoint la petite famille.
Michel ne voulait pas froisser ses hôtes, mais il ne pouvait pas nourrir toutes ces bouches. Samedi, après le dîner, vers les 19 heures, Michel propose à Dorette et à Mohamad de venir prendre l?air avec lui et sa famille au Caudan Waterfront.
Au cours de la promenade, Michel explique à Mohamad la situation précaire dans laquelle il se trouve. « Mo bolom finn dir li nu enn bann dimunn miser et ki li pas pu kapav contign ress kot nu et ki zot bizin alle zot lakaz aster. Missié la ine enkoler, line tap mo bolom kut pie », raconte Devi.
Mohamad étant hors de lui, Michel décide de rentrer. Il n?a pas fait quelques pas avec Devi et leurs deux enfants que l?irascible individu l?attaque par derrière et lui inflige, au cutter, des blessures à la gorge. « Létan nu pe marse, linn vinn en vites, line pass derier mo bolom, linn tir so cutter et linn trans mo bolom so la gorz », déplore Devi.
Gravement atteint, Michel est transporté à l?hôpital Jeetoo, à Port-Louis, où il est soigné jusqu?à ce qu?il rende son dernier souffle. Depuis le drame, la brigade criminelle du port est sur la piste de Mohamad et de Dorette qui s?est enfuie avec lui.
À vendredi, Mohamad était introuvable. Devi, elle, se demandait encore quand et où se fera l?enterrement de son Michel qu?elle pleure amèrement.
<I>« Livide, d?une voix monocorde, elle évoque le drame qui l?accable et qui hante ses jours et ses nuits »</I>
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