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« La formule de tirage au sort dans l?éducation est choquante »
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« La formule de tirage au sort dans l?éducation est choquante »
<B>La plateforme pour la comptabilisation des langues orientales au CPE sans injustice, dont vous faites partie, semble maintenant s?intéresser à d?autres aspects de l?éducation. Pourquoi cette nouvelle démarche ? </B>
C?est en forgeant qu?on devient forgeron. Nous nous sommes engagés sur cette question des langues orientales, parce qu?elle paraissait une grosse injustice. Nous avons mené un combat qui concernait la justice dans l?éducation. Puis, nous nous sommes dit qu?on ne peut s?arrêter là. Quand nous travaillions sur les langues orientales, des familles nous ont sollicités pour d?autres questions. Nous les avons accompagnées. Il nous faut maintenant continuer cet accompagnement de façon structurée.
<B>Qu?allez-vous faire ? </B>
Nous organiserons en août un congrès qui regroupera des personnes qui ont en commun la volonté de faire progresser leurs enfants sur le plan éducatif. L?un des objectifs de cette rencontre est de réfléchir sur ce qu?il faut faire pour aider les 40 % d?élèves qui connaissent l?échec à la fin du cycle primaire.
<B>Quelle est la vision de l?éducation prônée par la plateforme ? </B>
Simplement, que chaque enfant puisse quitter l?école en sachant lire et écrire. Il ne sert à rien d?échafauder de grands projets. Il faut commencer par le commencement, c?est-à-dire, donner la chance à tous les enfants de mettre en valeur leurs qualités. Tout un chacun doit avoir la possibilité de développer son potentiel. Tout le monde a droit à l?éducation dans la justice.
<B>La plateforme deviendrait-elle un courant catholique avec une vision particulière sur la question de l?éducation ? </B>
Je crois que les 40 % d?échecs préoccupent fortement l?évêque Maurice Piat. C?est lui qui a parlé de la pédagogie inclusive, dans le sens qu?il faut développer les aptitudes de l?enfant dès son plus jeune âge. Mais, comment intégrer la pédagogie inclusive dans un corps qui, lui, pense autrement et où il y de la compétition ? Donc, cette démarche était vouée à l?échec.
<B>Pourquoi ? </B>
Quand on dit que les enfants doivent savoir lire et écrire, il faut renouveler la pédagogie et non pas garder une méthode qui mène toujours vers la compétition pour avoir un bon collège. S?il y a une vraie refonte à faire, c?est en maternelle et en primaire qu?il faut la faire. Cela afin de permettre à l?enfant de développer toutes ses facultés. Non seulement la faculté de lire et d?écrire, mais aussi celle d?observer et de créer.
<B>Lysis Ribot déclare que l?église doit également s?occuper de l?élite. Comment réagissez-vous à ce postulat ? </B>
Oui, il faut former l?élite mais l?on doit également s?occuper des 40 % qui échouent. Ils ont aussi droit à l?éducation. La bêtise, c?est de dire que l?on s?occupe des uns au détriment des autres. Malheureusement dans le passé, on ne s?est occupé que de l?élite et les écoles catholiques en savent quelque chose. C?est pourquoi je dis qu?il faut voir autrement. Et pour avoir un autre regard, il faut que les professeurs suivent.
<B>Est-ce qu?ils suivent ? </B>
Ce n?est pas évident. Mais je les comprends, car on ne sort pas d?un système du jour au lendemain. Il faut s?adapter. Quand on enseigne à l?élite, le travail est différent de celui que l?on fait avec les autres. C?est une tout autre démarche. Je comprends qu?un des projets de Mgr Maurice Piat, c?est d?avoir une école de pédagogie pour former nos professeurs et les préparer à travailler avec les plus faibles.
<B>Y a-t-il une différence entre la démarche de la plateforme et celle des autorités éducatives catholiques ? </B>
Je ne sens pas de différence entre le discours de la plateforme et celui de la hiérarchie de l?église dont je fais partie d?ailleurs. Mais il est vrai qu?autour de la question du tirage au sort pour l?admission dans les collèges catholiques, on n?était pas sur la même longueur d?ondes.
<B>Pourquoi ? </B>
La formule de tirage au sort dans l?éducation est choquante. Elle semble dire que l?on se fait admettre dans un collège comme si l?on jouait à la loterie. Mais quelle solution avons-nous quand on doit faire un choix pour mettre cent litres dans une bouteille.
<B>Quel choix ferez-vous ? </B>
S?il y a un choix à faire, il faut choisir d?aider ceux qui ont le plus besoin de soutien, tout en respectant le critère d?aggregates. Il faut choisir d?être à côté des plus démunis.
<B>Mais tous les professeurs des écoles catholiques ne semblent pas partager votre avis ? </B>
C?est compréhensible, parce que ce sont ces personnes qui porteront le poids de toute nouvelle approche. Ils connaissent la différence de travailler avec les meilleurs élèves et les moins doués. Notre défi c?est de montrer le plaisir à faire réussir un élève en difficulté.
<B>Vous demandez d?appliquer le critère social. </B>
Oui, nous demandons l?application du critère social. C?est sûr que l?église l?appliquera, mais il faudrait que le gouvernement également s?y mette. C?est d?abord à l?état de s?occuper de tous.
<B>Vous avez choisi votre camp ? </B>
J?ai choisi d?être du côté de ceux qui sont démunis, mais qui veulent avancer. Il faut leur donner tous les moyens de le faire. Et cela ne veut pas dire se limiter à l?école. Il faut accompagner les parents. Le travail doit être fait en lien avec la communauté et être proche des réalités.
<B>Comment mettre cela en pratique pour le recrutement des élèves dans les collèges ? </B>
Pour l?admission au secondaire, il faut travailler avec les maîtres d?école du primaire. Ils sont en position de pouvoir fournir un rapport complet sur un enfant. C?est ainsi que l?on pourra se rapprocher de la réalité. Au niveau de la plateforme, nous demandons qu?on aille au-delà d?un simple recrutement. Nous voulons d?un véritable accompagnement où l?on est au courant de la situation réelle.
<B>Que pensez-vous de la proposition d?ouvrir une école catholique payante ? </B>
Franchement, je ne vois pas très clair dans cette proposition. Je n?en connais pas les détails. Est-ce que cela veut dire que nous allons viser ceux qui peuvent payer Rs 3 500 par mois ? Si c?est cela qu?on veut faire, je me demande pourquoi on devrait faire de l?éducation. Laissons cela au privé.
<B>Le ministre de l?Education a été critique à l?égard de la plateforme, lors de l?inauguration d?un Computer Club dans une école primaire à Mangalkhan. Que lui répondez-vous ? </B>
Steve Obeegadoo sait bien de quoi nous parlons. Quand un gouvernement dépense une infime partie du budget identifié pour les Zones d?éducation prioritaire (ZEP), c?est qu?il y a un problème quelque part. Les chiffres parlent d?eux-mêmes. On a dépensé à peine Rs 200 000 sur un budget de Rs 20 millions. Je pense que le ministre a la volonté de faire avancer les choses, mais le blocage se situe au niveau de l?administration. La ZEP est un concept qui ne fonctionne pas à cause de la lenteur bureaucratique. Dans les discours, on encourage les parents à participer, mais dans la pratique, la bureaucratie tue toute envie de participer.
<B>Mais on a bien fait le projet de l?école de Mangalkhan...</B>
Vous parlez de Mangalkhan, voyons les faits. Ce sont les parents qui ont tout fait avec les sponsors et les Ong. Le ministère est arrivé à la veille de l?inauguration du Computer Club avec trois ordinateurs, afin de ne pas perdre la face. On pouvait s?en passer. Un autre fait, l?école de Mangalkhan n?a pas de liaison officer parce qu?au ministère on a répondu au président de l?association parents-élèves qu?il faudrait attendre après le budget. Comment peut-on se permettre de tolérer la lenteur quand on veut aider des enfants à rattraper du retard ?
<I>« Malheureusement dans le passé, on ne s?est occupé que de l?élite et les écoles catholiques en savent quelque chose »</I>
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