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Tensions et intentions

12 juin 2004, 20:00

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Il est 17 heures passées de deux minutes. Pravind Jugnauth amorce son premier discours du budget. Il donne le ton dès les premières phrases : « J?ai choisi le chemin du dialogue et de la consultation ... les suggestions de ceux que j?ai rencontrés et les discussions ont été des plus enrichissantes. » Clin d??il diplomatique à la froideur installée après trois budgets subséquents entre la classe syndicale et son prédécesseur aux Finances.

Le changement d?approche s?affirme lorsque Pravind Jugnauth expose l?un des maîtres-mots de son exercice : démocratisation.

Le Premier ministre qui a le privilège, au même titre que le speaker, d?avoir une copie à l?avance, ne quitte pas le texte des yeux. Stylo en main, il en souligne parfois certaines phrases. Paul Bérenger arbore un visage impassible et le gardera le plus clair du temps. En raison sans doute de la solennité de l?événement et des interminables réunions qui l?ont précédé.

En face, le chef de l?opposition et ses troupes apparaissent tout autant crispés. Ils le sont davantage lorsque les élus de la majorité se mettent à applaudir certains aspects du discours. Quelques raclements de gorge montent cependant des bancs de l?opposition lorsque Pravind Jugnauth s?auto-congratule sur les efforts accomplis par le gouvernement pour rétablir l?ordre et la sécurité.

Des applaudissements et des murmures qui ont surtout le mérite de détendre l?atmosphère et d?éviter que certains ne sombrent dans les bras de Morphée.

Un diplomate perché dans la galerie d?honneur a du mal à contenir son impatience. Il a tout l?air de quelqu?un affalé sur son canapé devant le téléviseur. Son voisin, également du corps diplomatique, est sans doute gêné par une telle conduite : il fait semblant de ne rien y voir.

Le ministre des Finances met deux heures et dix-huit minutes pour boucler cette première présentation du budget. Lorsqu?il se rassied, la majorité lui réserve une véritable ovation. Il conclut sur deux résolutions financières avant la levée de séance. A la sortie, c?est la bousculade. Les représentants du patronat et du monde des affaires ont mauvaise mine. Pour beaucoup, cette première prestation du nouveau leader du Mouvement socialiste militant laisse un goût bien politique.

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