Publicité

La revanche de la politique

12 juin 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Chassez le politique du budget et il reviendra au triple galop. Pravind Jugnauth, le ministre des Finances, choisit le contre-pied pour l?exercice 2004-2005. Les précédents budgets de Paul Bérenger ont privilégié les grandes orientations économiques et de lourds investissements de l?Etat. Mais le citoyen n?y est que peu sensible. Surtout au lendemain d?une élection partielle perdue par le gouvernement à Piton-Rivière-du-Rempart et à quinze mois des élections générales.

Bérenger a assis, auprès de la population, l?image d?un gouvernement s?éloignant des préoccupations quotidiennes. Pravind Jugnauth veut la restaurer. Son style est marqué par l?impératif de la redistribution des richesses. Il en fait le socle de sa politique.

Pravind Jugnauth part d?un constat. « Les travailleurs pensent qu?ils méritent une plus grande part de la richesse qu?ils créent. » Et il en tire les grandes lignes de sa politique. Le ministre des Finances préconise la démocratisation de l?économie et en fait sa première priorité. Un retour aux sources : privilégier le social.

Le leader du MSM prend bien soin de préciser « qu?il ne s?agit pas de prendre à ceux qui ont amassé un patrimoine durant des années pour le distribuer à ceux qui n?en possèdent pas ». Mais une bonne partie des mesures annoncées dans le budget remettent en question certains avantages des couches les plus aisées pour garantir de nouvelles prestations et avantages aux moins favorisés. Un pied de nez aux travaillistes qui accusent le gouvernement de s?acoquiner avec le « grand capital » et de ne pas se préoccuper des « ti dimounes ».

Taxer les riches

Les mesures correctives de Pravind Jugnauth dépassent le symbolique. Ainsi, le réaménagement des paliers d?impositions allège le poids fiscal pesant sur les bas salaires pour alourdir celui des gros revenus. Un employé disposant jusqu?à Rs 25 000 de revenu imposable paiera moins d?impôts qu?auparavant. Tandis que celui arrivant à plus de Rs 500 000 de revenu imposable par an devra en reverser près du tiers (30 %) à l?Etat.

Les individus, mais également les entreprises, sont touchés par cette rationalisation de l?imposition directe. L?Alternative Minimum Tax que Pravind Jugnauth crée vise à remédier à une situation où « plusieurs entreprises génèrent d?énormes profits, déclarent de gros dividendes à leurs actionnaires, mais ne payent pas d?impôts ». Cette série de mesures fiscales est une réponse à la désormais populaire formule reprise par tous les adversaires du gouvernement : « les riches deviennent plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. »

Le ministre des finances répond par une fiscalité lourde. Une décision qui ne renfloue pas nécessairement les caisses de l?Etat. Mais c?est toujours intéressant d?être perçu comme le ministre des Finances qui a taxé les riches.

L?élagage des avantages conférés aux gros revenus se poursuit ailleurs. Même les prestations sociales, sujet si sensible politiquement, sont remises en cause. Pravind Jugnauth introduit la notion de means test et limite les prestations sociales aux seules personnes qui ont un revenu déterminé. Ainsi, toute personne percevant des revenus supérieurs à Rs 20 000 après 60 ans ne pourra prétendre à une pension de vieillesse.

La rationalisation se poursuit sur la subvention des frais scolaires. Les ménages ayant des revenus mensuels de plus de Rs 3000 ne pourront prétendre à une subvention de 50 % sur les frais d?inscription pour les examens de School Certificate et du Higher School Certificate.

Accéder au bien foncier

Un débat est vite né autour de ces mesures. Les syndicats crient « au démantèlement de l?Etat providence ». Mais les mesures de Pravind Jugnauth s?inscrivent plutôt dans une politique de réaménagement de l?Etat providence.

Alors que ces mesures obéissent à la direction générale du ministre des Finances, d?autres paraissent plutôt relever d?une prise de position contre ceux qui peuvent se permettre certains luxes. Les taxes sur les jacuzzis, piscines, écrans TV plasma et des dallages en granit, tous des signes extérieurs de richesses, prennent l?ascenseur. Ils passent de zéro à 40 % de taxation. Une partie de l?électorat peut apprécier cela. Qui sait ?

D?autres mesures sont plus audacieuses tout en s?inspirant d?un précédent budget MSM. Celui de Rama Sithanen dans lequel le grand argentier de l?époque avait crée le Sugar Investment Trust. Pravind Jugnauth s?en inspire pour créer son Real Estate Investment Trust (REIT) au coût de Rs 350 millions et garantir l?accès à la propriété aux contribuables de l?Employees Welfare Fund. Des parts distribuées aux contribuables leur permettront d?acquérir des lots de terres.

Dans d?autres secteurs, cette politique se fait en rupture avec le passé. Pravind Jugnauth démontre que des avantages, parfois exorbitants obtenus dans le passé, peuvent être remis en cause. Les propriétaires de campements en savent quelque chose. Le ministre des Finances revoit les conditions d?allocation et de renouvellement des baux sur le littoral. Celui-ci n?est plus acquis et se fera dorénavant en tenant compte de la valeur courant de location ou d?achat de ce type de terrains et de bâtiments. Des sites auparavant classés privés seront même reconvertis en plages publiques.

Ce budget assure certes l?accès au bien foncier. Mais Pravind Jugnauth choisit de franchir une autre étape psychologique, à travers la participation à l?entreprise. Réclamée depuis quelque temps, cette mesure se traduit par la création d?Employee Share Ownership Trusts pour permettre aux salariés des entreprises d?acquérir des parts sociales des entreprises pour lesquelles ils travaillent. Tout cela avec un cadre fiscal extrêmement incitatif.

Le leader du MSM renverse quelque part le slogan « pouvoir pe sape dan nou la me » du Parti travailliste. Mais pour l?heure ce n?est qu?un « encouragement ». Reste à savoir si dans les faits, les grandes entreprises privées mettent ce type de plan en place. En tout cas, le gouvernement entend donner l?exemple en appliquant le principe de la participation au sein des entreprises dans lesquelles le gouvernement détient la majorité dans le capital.

Le budget de est en fait rempli de mesurettes qui poussent le citoyen et surtout l?électeur de demain, à reconnaître en lui un homme politique préoccupé par des considérations sociales. Ce que Paul Bérenger n?a pu faire précédemment. Le ministre des finances a d?ailleurs souligné sa volonté de rupture avec son prédécesseur en évitant de faire des allusions au travail accompli par Bérenger. Une manière élégante de dire que son budget n?avait rien à faire avec les siens. Le budget de discontinuité a aussi marqué la revanche du politique Pravind Jugnauth.

«Les travailleurs pensent qu?ils méritent une plus grande part de la richesse qu?ils créent.» Fort de ce constat, Pravind Jugnauth donne priorité à la démocratisation de l?économie.

C?est toujours intéréssant d?être perçu comme le ministre des finances qui a taxé les riches.

Publicité