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L?amour au-delà de la violence
Projeté en avant-première au cinéma Star mercredi soir, La passion du Christ a suscité un débat animé, après la projection. Ce débat, conduit sous la houlette d?Issa Asgarally, critique littéraire, a vu la participation de dignitaires religieux, des membres du public et de la presse.
Loin de nous l?envie de proposer une lecture chrétienne de La Passion du Christ. Ce film qui a été au c?ur de toutes sortes de polémiques, avait d?emblée attiré l?attention du monde entier. Il nous avait rangés, avant même le début de cette diffusion, dans le camp de ceux non-acquis à la cause de son réalisateur, Mel Gibson. Il était urgent de dépassionner le débat afin de pouvoir visionner ce film avec comme point de départ, un minimum d?objectivité. Sans vouloir attiser la polémique, il fallait être soit dans le camp de Mel Gibson, le réalisateur, ou soit contre lui. Ce qui est difficile car La passion du Christ, échappe à ce positionnement.
Oui, le film est dur. Très dur. Les images ont valeur d?électrochocs. On le disait «irregardable.» On dira qu?il ne ménage pas le spectateur. Personne ne conteste la violence de ce film. Cet homme qui sera bientôt mis à mort, est torturé, broyé dans sa chair. Le spectateur endure chaque seconde de son agonie, boulonné à son siège, incapable de contenir l?émotion qui le submerge. Mais si l?on part du fait que ce film détaille les douze dernières heures de la vie du Christ, cette violence devenait inévitable. Il dénonce la folie, la violence, l?intolérance et la cruauté. Au de-là de cette violence inhérente, c?est la cruauté de l?homme qui bouleverse et scandalise.
Mel Gibson était-il obligé de respecter scrupuleusement le récit factuel de la passion ? Toute la question est là. Le réalisateur a mis un point d?honneur à retranscrire à l?écran le supplice vécu par le Christ, selon l?Evangile de Luc. Par définition, le mot «Passion», qui est entré dans la langue française par le biais de la
passion du Christ, signifie «supplice et souffrance.» Pourquoi Mel Gibson devait-il alors ménager le spectateur ? Autant les images de l?horreur choquent, autant le sens du sacrifice de cet homme frappe.
Croyant, athée ou simple curieux, on ne peut rester insensible à tant de souffrance. «Dans ce film, je découvre la force de l?amour qui anéantit la mort. Le regard de Jésus,
imprégné de tendresse, nous délivre un message. C?est à nous de comprendre,» explique le révérend Ian Ernest. «Ce film fait mal. Cette souffrance fait mal. Moi, en tant que croyant, ce film me rappelle que c?est à cause de moi que le Christ a souffert,» explique Bernard Rivet. «Il y a beaucoup de souffrance dans ce film mais peut-être pas assez car ce que le Christ a souffert c?est encore plus,» explique le Père Vittorio.
Cette cruauté est justement à l?image de notre monde. «On ne peut pas édulcorer la passion du Christ,» explique Gilles Sooben. «La représentation de la passion dans la Bible ainsi que les images du Christ, sont aseptisées, alors qu?un homme qui a été torturé pendant douze heures ne peut pas saigner légèrement,» explique une jeune femme. Taxé d?antisémitisme, rien dans ce film n?accrédite cette idée. Ce qui ressort, c?est que ce sont les Juifs qui ont demandé et obtenu la condamnation et l?exécution du Christ. D?autres ennemis du film, ont tenté de ressortir le faux débat au sujet du Christ homme et du Christ Dieu. Celui qui souffre pendant les douze heures que dure cette passion, c?est l?homme.
Au de-là de toutes les polémiques qu?ont suscité le film, La Passion du Christ se démarque par son sens de la cinématographie. Chaque scène invite le spectateur à s?immerger dans cette souffrance. L?utilisation pertinente des flashbacks accorde un peu de répit au spectateur. Ils lui permettent de comprendre de nombreux messages d?amour. Le spectateur devient lui-même un protagoniste du film, tant il est appelé à vivre chaque seconde de ses douze heures. Ce qui frappe davantage, c?est la minutie de chaque détail, jusqu?à mettre en scène le visage du Mal. Mel Gibson a d?ailleurs tourné son film en araméen et en latin. Les acteurs, dont l?interprétation de chacun mérite d?être salué, ont été contraints, à apprendre ces deux langues mortes. Le film de Mel Gibson est un film d?amour. Un film dont le message appelle à plus de tolérance et d?humanité. Si le réalisateur se proposait de permettre aux croyants d?approcher le Christ, c?est réussi.
<B>UN VISA 18R</B>
Le comité de censure a tranché. La Passion du Christ a été estampillé d?un visa 18R. Cette décision qui a fait sourciller certains des participants au débat, nous semble quelque peu déplacé. Ce visa 18R signale que le film de Mel Gibson est destiné à un public adulte averti. Si ailleurs, aux Etats-Unis et en Europe notamment, La Passion du Christ a été frappé d?un visa 12 et 15, le choix du comité de censure mauricien semble justifié car la religion constitue un sujet délicat chez nous.
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