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Arrêtez la France !

11 juin 2004, 20:00

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Sur papier, on ne fait pas mieux que les Frenchies. Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas l?admettre. Jugez-en vous-même : Zidane est le meilleur joueur du monde, Henry est sans doute son dauphin, Pirès et Vieira ont leur place dans le top 10 ! Ça fait beaucoup pour une seule équipe.

Preuve de leur solidité, les Bleus de Santini sont invaincus depuis dix-huit matches. Mieux encore, ça fait maintenant mille minutes et des poussières qu?ils n?ont plus encaissé de buts.

S?il n?y avait pas eu le couac inexplicable de 2002, en Corée, on aurait dit que la France est sans adversaire. Seulement voilà, le Sénégal est passé par là et, depuis, ils sont nombreux à prédire une nouvelle fatalité. Nous ne sommes pas de ceux-là. Il n?y aura pas deux accidents. Si la France ne gagne pas l?Euro, c?est parce qu?elle sera tombée les armes à la main face à plus forte qu?elle.

À bien voir, l?Angleterre, qui se dressera sur la route de la France demain, pourrait être de ceux-là. Dans une compétition qui ne l?a, jusqu?ici, jamais consacrée, la Rose a forcément ses chances. Mais elle nous en a tellement fait voir de toutes les couleurs dans le passé qu?on préfère rester prudent.

Les supporters, eux, sont impatients, et font du match contre la France, l?ennemi héréditaire, une affaire de vie ou de mort. Ils répètent en ch?ur qu?il « y en a marre ». Et on les comprend. 1966, ça fait quand même un bail. Trente-huit ans que l?Angleterre n?a plus rien gagné, vous vous rendez compte ? Et dire que le foot a été inventé à Londres. Quelle impolitesse ! Les plus optimistes, ou les plus chauvins, à vous de voir, sont convaincus que 2004 sera la bonne année. Avec Beckham, Gerrard et Owen à son service, c?est vrai qu?elle a de la gueule l?équipe da sa Majesté Elizabeth.

Autre équipe que la France devra prendre très au sérieux : le Portugal. À domicile, les Brésiliens de l?Europe seront redoutables. Sous l?impulsion du champion du monde Luis Felipe Scolari, les Lusitaniens ont quelque peu délaissé leur football démonstratif, offensif et spectaculaire pour un jeu plus rigoureux, plus scientifique, disons plus sage. Le sacre du FC Porto en Ligue des champions est la preuve que le football portugais a changé d?époque.

Il y a aussi l?Espagne, l?équipe la plus malchanceuse du monde, mais qui finira bien, un jour ou l?autre, par conquérir la planète foot. À force de cultiver les désillusions rendez-vous après rendez-vous, la Furia Roja n?a plus la cote à l?heure des paris, la faute à son palmarès insignifiant qui s?arrête dès la première ligne avec le titre européen de 64. Mon petit doigt me dit que l?heure de la révolte a sonné. Le pays qui abrite le Real Madrid, Barcelone et Valence mérite les honneurs. L?Espagne est à prendre très au sérieux.

Autre prétendant : l?Italie. Depuis 1982, année de son troisième et dernier sacre mondial, la Squadra Azzura n?a plus rien gagné. À l?Euro 2000, les Transalpins n?étaient pourtant pas passés loin. Hélas pour eux, Sylvain Wiltord est passé par là dans les arrêts de jeu de la finale pour offrir à la France une égalisation inespérée avant que David Trézéguet n?inscrive le but en or. Giovanni Trapattoni, qui a eu la lourde tâche de réorganiser la Squadra, a emmené avec lui, au Portugal, une équipe solide, qui oscille entre la jeunesse et l?expérience. Avec, en premières lignes, des garçons comme Buffon, Panucci, Nesta, Cannavaro, Totti, Del Piero et Vieri, tous des noms connus, l?Italie a les moyens d?aller loin.

Ce qui est vrai pour l?Espagne et l?Italie ne l?est pas pour l?Allemagne. Balayée en Roumanie 5-1, humiliée par la Hongrie 2-0 à Kaiserslautern, la Maanschaaft ne s?est jamais portée aussi mal. Arsène Wenger prédit d?ailleurs une élimination prématurée. Nous aussi. Mais, attention, cette équipe passe rarement à côté des grandes compétitions. Critiqué, le sélectionneur Rudi Völler sait pourtant ce qu?il fait. Il prépare une très grande Allemagne pour le Mondial 2006.

Grande nation du football, la Hollande, pour sa part, a bien failli ne pas venir au Portugal. Contrainte de passer par les barrages, elle a finalement éliminé l?Écosse après avoir survécu à une défaite à Glasgow. Quoi attendre des Oranges cette année ? Le meilleur comme le pire, répondent les spécialistes, déçus par tant d?irrégularité. Mais ce n?est pas le talent qui manque : De Boer, Stam, Seedorf, Kluivert, Makaay, Van Nistelrooy, Overmars, Robben... Que des grands noms. Vous ne misez toujours pas un rond sur les Bataves ?

Reste la République tchèque. Plus qu?un outsider, un sérieux prétendant. Bâti sur les ruines de l?ancienne sélection de Tchécoslovaquie, championne d?Europe en 1976, le plus fier représentant de l?Est possède une pléiade de techniciens racés. Nedved est Ballon d?or, Rosicky est un virtuose, Cech est appelé à devenir le meilleur gardien du monde, Hübschman est déjà comparé à Maldini et la paire Baros-Koller enfile les buts. Dernière équipe à avoir battu la France en match officiel, au stade de France s?il vous plaît, la République tchèque a terminé les éliminatoires invaincue. Elle pourrait bien être la grosse cote de l?Euro.

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