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Vénus, un grain de beauté sur le soleil

8 juin 2004, 20:00

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Elle se fait désirer, Vénus. Capricieuse derrière son voile de nuages, elle se découvre lentement presque sensuellement, l?espace de quelques embellies. Tel un grain de beauté, Vénus se promène sur le visage lumineux du soleil.

A Rodrigues comme à Maurice, les yeux sont braqués vers le ciel. Annoncé comme un événement à ne pas rater, le transit de Vénus a, visuellement, déçu les profanes mais a comblé les initiés, hier.

A Rodrigues, Vénus dévoile sa joue droite vers 10 h 13 et disparaît pour de bon à 15 h 21. Avant son apparition, Mgr Amédée Nagapen montre déjà des signes d?inquiétudes. ?Le ciel est gris. Ce n?est pas sûr qu?on puisse voir le transit?, déclare-t-il, installé devant le nouvel hôtel Pointe Vénus, où le groupe Mauritours a dressé l?unique téléscope motorisé de Rodrigues. Et puis comme un cadeau du ciel, les nuages se dissipent. Timide, le soleil se montre avec son grain de beauté passager.

Une embellie qui redonne le sourire à l?historien. Amédée Nagapen a tenu à marquer le coup en (re)lançant son livre Le transit de Vénus à Rodrigues. Celui-ci comme l?a promis Serge Clair, commissaire de Rodrigues, sera utilisé dans les établissements scolaires.

Le livre fait en effet la part belle à l?histoire de l?île, en reprenant l??uvre d?Alexandre-Gui Pingré, l?abbé astronome qui a étudié le transit de Vénus en 1761 à Mont Vénus. Amédée Nagapen a également participé au dévoilement du buste du chanoine, devenu le symbole de l?hôtel Pointe Vénus.

?Sur le plan émotionnel, le transit de Vénus est fort. De même que sur le plan éducatif. Les jeunes Rodriguais ont découvert l?astronomie grâce au transit?, souligne Danielle Briot, astronome de l?Observatoire de Paris qui a fait le déplacement pour pouvoir assister à l?événement.

Et c?est avec enthousiasme que les étudiants défilent devant le télescope. Certains, excités par le battage médiatique, retournent chez eux, déçus. ?On n?a vu qu?un point noir, c?est tout?, lâche un étudiant.

Un point noir qui ne laisse cependant pas Motee Ramdass, le ministre des Arts et de la culture, indifférent. A Belmont, Maurice, il lance, tout excité : ?J?ai vu ! J?ai vu ! C?est comme un point noir !?

A ses côtés, passionnés, amateurs, scientifiques et étudiants assoiffés de connaissance fourmillent sur le site d?observation. Des télescopes jonchent le sol, des rires d?excitation fusionnent et les regards médusés se dirigent tous irrémédiablement vers le soleil.

Entre 9 h 15 et 15 h 26, Vénus traverse lentement devant l?énorme boule de feu vu à Maurice. Minuscule. Les commentaires vont bon train. Les réactions sont les mêmes qu?à Rodrigues : certains sont émerveillés, d?autres ne cachent pas leur désillusion. Ils s?attendaient à quelque chose de spectaculaire? Mais ils se rendent néanmoins compte de notre petitesse à côté du Soleil, Vénus étant de la même taille que la Terre.

Max Joe se laisse aller à philosopher devant l?ampleur du phénomène. ?Si j?ai fait des progrès, c?est que je me suis tenu sur les épaules des géants. Je crois que c?est Newton qui l?a dit !? s?exclame-t-il, la tête dans les nuages, l?air serein et pleinement satisfait. Passionné d?astronomie, cet enseignant à la retraite laisse libre cours à ses connaissances, il remonte le temps, raconte comment les scientifiques des années 1700 ont sué pour parvenir à capturer du regard le passage de Vénus devant le soleil.

Un autre passionné confronte ses connaissances aux siennes. ?A l?époque, les instruments étaient quasi inexistants. Il fallait tout inventer. Pourtant, certains rêvaient de voler Vénus du regard rien que pour quelques heures. Les scientifiques ont fait des kilomètres, traversé des mers, vaincu les naufrages, pour parvenir jusqu?aux îles des Mascareignes, où pour observer l?événement. Maintenant, c?est beaucoup plus facile, les étudiants ont énormément de chance?, lance-t-il. Tous semblent documentés.

?Fous d?astronomie?

L?enthousiasme des étudiantes du Friendship College à Goodlands, aussi est communicatif. ?Depuis hier, nous n?arrêtons pas. Nous étions toutes intenables. Il fallait être présentes pour ce phénomène trop rare?, confie Ritina. Si l?ambiance était plutôt bon enfant à Belmont, l?agitation était plus grande au centre Rajiv Gandhi à Bell-Village.

Là aussi, le soleil grille les peaux. Il n?y avait que trois télescopes et il faut faire queue. Plutôt que cela, les étudiants qui venaient de collèges différents, ont préféré s?adonner aux animations qu?offre le centre de Bell-Village dans la cour. Les responsables du centre sont au four et au moulin, tentant de répondre aux questions qui fusent de partout. ?Pourquoi cet événement est si rare ? Vénus est-elle plus grande que la Terre ?? Nawsheen Taleb Hossenkhan, Resource Officer au centre Rajiv Gandhi, prend le temps d?expliquer. ?Nous reverrons ce phénomène le 6 juin 2012, dans 122 ans encore. Tout dépend de la trajectoire des planètes?. Les mains cisèlent alors l?air, tous retransmettent les explications à ceux qui ne les auraient pas entendues.

Les mises en garde contre les moyens artisanaux d?observation ne sont pas toutes entendues. Personne ne pouvait convaincre Salim, entre autres, qui se balade avec un instrument teinté pour observer le soleil. Les responsables du centre lui déconseillent vite fait de l?utiliser : cela peut provoquer une destruction des cellules de la rétine. Mais Salim n?en a eu cure. Selon lui, ?c?est mieux, comme ça. Je pourrais voir les couleurs du soleil. C?est plus impressionnant contrairement à la boule blanchâtre que l?on voit à partir des télescopes?.

Sur le toit du collège du Saint-Esprit, les rires d?enfants montent vers le ciel. Les trois télescopes du haut sont entourés d?une ribambelle d?étudiants qui sont pour la plupart des ?fous d?astronomie?. Serge Florens, enseignant de physique au collège et aussi responsable du Club d?astronomie, a les yeux pétillants. Perché sur le télescope depuis 9 heures, entre des prises de photos chaque 5 minutes et des explications, il ne souhaite qu?une chose : communiquer sa passion à ses élèves.

?C?est Serge Florens qui m?a donné cette passion. C?est une expérience inouïe que nous avons de voir ce phénomène. Je me rends bien compte que certains ont été déçus par ce qu?ils ont vu, mais ça a plus une valeur scientifique !?, explique Yanish qui est en Upper VI. A côté de Siegfrid, Nilesh, Kevin et Rohan, Jacques Malié, le recteur, montre également un vif intérêt. ?J?aime voir les jeunes vivre leur passion. Cette effervesence autour de Vénus est magnifique?, murmure-t-il.

Pour certains, Vénus n?était qu?un point noir sur le disque solaire. Pour d?autres, c?était une planète rare qui se faufilait sur le soleil et qui a permis de connaître les distances entre les planètes. Si sa robe s?est transformée en robe noire derrière l?appareil teinté du télescope, pour beaucoup, Vénus a été une expérience inoubliable. Après tout, Vénus n?est-elle pas celle qui marque les c?urs de l?amour et de la beauté ?

<B>Tania HUËT

Nad SIVARAMEN</B> <I>de Rodrigues</I>

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