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Pour l?amour d?une étoile?

7 juin 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il y a de ces passions qui font parcourir la planète entière. De l?Ouest à l?Est, du Nord au Sud. George et Judy en savent quelque chose. Les deux amis d?Alabama, Etat du Sud historique des Etats-Unis, ont scruté les étoiles pour la toute première fois il y a plus de 20 ans. Depuis, ils n?ont jamais rien regardé d?autre. Leur passion les a fait traverser la moitié de la Terre pour venir témoigner, à partir d?ici, du transit de Vénus.

Judy Anderson est un petit bout de femme qui était auparavant sales engineer chez un fournisseur de pièces de rechange. A la retraite depuis quelques années, elle dispose de tout le temps nécessaire pour donner libre cours à sa passion des astres. ?J?ai pu observer pas moins de sept éclipses totales du soleil?, dit- elle, à l?évidence, satisfaite.

Judy souffre de son épaule gauche mais elle a pu convaincre son médecin de la laisser venir à Maurice. Trente heures de vol ! Elle doit cependant obéir à une interdiction de porter son télescope. Elle n?en fait pas grand cas. ?C?est un équipement léger?, relativise-t-elle.

Laissant son mari et ses deux filles derrière elle, elle a mis le cap sur l?île Maurice, ?un endroit merveilleux? selon les dires de son médecin. Elle n?a apporté avec elle que son précieux télescope et une photo de sa chienne, Frencken Anderson?

La même quasi-obsession est notable chez George. Ce quinquagénaire porte le nom du défunt poète Byron. Comme lui peut-être, il a la tête dans les étoiles. Mais plutôt que d?en faire sa muse, il préfère se perdre dans leur contemplation. Cela fait presque trente ans qu?il s?est lié d?intimité avec les scintillantes. Il en a oublié de se marier !

?Dans huit ans à Hawaï?

George souffre de sérieux ennuis de santé. A cause de l?arthrite, il ne peut bouger le cou. ?Je suis un star gazer qui ne peut pas regarder le ciel !? Dans ces moments-là, l?humour soulage. La technologie aussi. Le télescope de George est spécialement adapté à son infirmité. Il en a apporté deux, histoire de ne rien rater du spectacle d?aujourd?hui.

Le dernier grand moment qu?il a vécu, c?était en 1991, au Mexique. C?était une éclipse totale du soleil. Son amie Judy était avec lui. Les deux complices ont également été jusqu?à Long Island, Etats-Unis, pour observer le Transit de Mercure. Mais le ciel est resté drapé de nuage et ils sont rentrés déçus. Pas question, alors, de rater Vénus. ?Le prochain transit de Vénus est pour dans huit ans. Mais il faudra aller à Hawaï ou en Alaska pour l?observer?, fait-il remarquer.

Le présent voyage est le premier au sud de l?Equateur que George ait jamais fait pour les étoiles. Il avoue ne pas trop connaître le ciel du Sud. Sauf que les constellations qui ont été observées près de l?Equateur et nommées dans le Nord apparaissent à l?envers, vu du Sud. Ainsi, le Scorpion ressemble à une théière, vu du Nord !

George Byron s?impatiente devant ce qu?il appelle la pollution par la lumière. La planète Terre est beaucoup trop éclairée à son goût. Cela vole leur éclat aux étoiles. ?En plus, les gens ne savent pas utiliser la lumière. Plutôt que de diriger le faisceau vers l?endroit qu?ils veulent éclairer et de ce fait, utiliser moins d?énergie, ils s?arrangent pour faire les luminaires pointer vers le haut !? Indignation légitime de quelqu?un pour qui toute lumière pâlit devant l?illumination céleste !

Epuisés par le long voyage d?Alabama à Maurice, Judy et George ont tout de même assisté au dévoilement d?une plaque commémorative hier au Caudan Waterfront, à l?endroit même où se trouvait autrefois l?Observatoire de la météo. C?est de là que le Capitaine Bews et une poignée d?autres astronomes amateurs obser-vèrent le premier contact entre Vénus et le Soleil en 1874.

Au même moment, les Allemands Drs Löw et Pechule, observèrent le phénomène de Solitude, hameau se trouvant près de l?aéroport de Plaisance. Lord Lindsay, lui, installait ses télescopes à Belmont, petit coin près de St- Antoine tenu pour être le meilleur point d?observation du transit à partir de Maurice.

C?est à Belmont qu?une fois de plus, des astronomes amateurs et professionnels se sont donné rendez-vous ce matin pour observer la traversée de Vénus dans notre ciel. Parmi, il y a des scientifiques de l?agence spatiale américaine, NASA.

Observatoire pour astronomes amateurs

Le site, déclaré historique en 1958, avait été légué à l?Etat par la famille de Chazal pour 130 ans, le temps du prochain transit de Vénus. L?Etat se propose à présent de renouveler le bail et d?y aménager un observatoire pour astronomes amateurs.

Lord Alexander Lindsay, arrière-petit-fils de l?astronome, a retracé les pas de son aïeul pour l?occasion. Il était aux côtés du ministre du Tourisme Anil Gayan, hier au Caudan, pour le dévoilement de la plaque commémorative. Son déplacement dans l?île est parrainé par la Mauritius Tourism Promotion Authority qui en fait un happening touristique.

Une exposition fort intéressante sur le transit de Vénus a été inaugurée par la même occasion au Caudan Waterfront. Elle a été montée par l?Institut de Maurice et est appelée à faire le tour des écoles dans l?espoir d?élargir la culture générale et scientifique des jeunes lycéens.

INCURSION DANS L?HISTOIRE

Sur la piste des pionniers du ciel

Plusieurs personnages illustres ont, par le passé, contribué à bâtir le renom du transit de Vénus. En 1627, Johannes Kepler prédit les alignements futurs des planètes. Ce n?est qu?en octobre 1639 qu?un scientifique anglais, Jeremiah Horrocks, observe partiellement le transit de Vénus ? le nom technique pour le passage de Vénus devant le Soleil. Après lui, d?autres scientifiques, dont Edmund Halley, prennent la relève. Mais comme ce phénomène ne se produit qu?une fois chaque siècle, ce n?est qu?en 1761 que des astronomes préparèrent des expéditions à travers le globe pour contribuer aux nouvelles découvertes de l?époque.

En 1761, Alexandre-Gui Pingré, une figure marquante de l?histoire de Rodrigues, est l?envoyé officiel de la France, à travers l?Académie Royale des Sciences. En venant à Rodrigues, le chanoine Pingré a placé la petite île sur la mappemonde scientifique et en a brossé un panorama exceptionnel : sa topographie, sa faune et sa flore, ainsi que ses premiers habitants.

Après un voyage de trois mois sur le voilier le Comte d?Argenson, sous le commandement du jeune capitaine Nicolas Thomas Marion-Dufresne, Pingré et son assistant Pierre Thuillier arrivent finalement à l?île Maurice, l?ancienne Isle de France, le 13 avril 1761. Ils ne débarquent à Rodrigues que le 28 mai, soit quelques jours seulement avant le transit.

La Royal Navy à Rodrigues

Pingré décrit comment, malgré un vent violent et un épais nuage, lui et Thuillier se rendent à leur observatoire à l?Enfoncement Leguat à Port-Mathurin, tôt le 6 juin. Leurs instruments, comprenant deux télescopes et un quart-de-cercle, sont prêts.

Avec énormément de frustration, les deux scientifiques attendent que les nuages disparaissent pour commencer leur travail, manquant ainsi les deux premiers contacts. Fort heureusement, le ciel s?éclaircit ensuite, leur permettant d?effectuer quelques utiles observations.

Avec l?aide du micromètre appliqué au télescope de 18 pieds, Pingré note les positions successives de Vénus sur le disque solaire ainsi que l?heure de ces positions, sans oublier de mesurer les distances. Thuillier observe, lui, les passages des bords du Soleil et de Vénus par les fils horizontal et vertical du quart-de-cercle. Pingré ne peut, à cause du temps, affirmer à quel moment a commencé l?émersion car les nuages étaient alors revenus. Même avec des observations incomplètes, les deux astronomes ont pu contribué au travail international. Ce qui a eu pour résultat, par la suite, de déterminer le diamètre de Vénus et d?estimer de façon plus précise la distance du Soleil et de la Terre.

Pingré raconte en détail ses faits et gestes à Rodrigues depuis l?instant où il en a foulé le sol, le 28 mai 1761. Il décrit la population en général, relate comment les esclaves ramassent les tortues pour les envoyer à l?Isle de France à bord des corvettes et donne un intéressant aperçu des m?urs, de la culture, des activités, des habitudes alimentaires des tout premiers Rodriguais.

Rodrigues offre une fois de plus l?hospitalité à des scientifiques pour les observations du 9 décembre 1874. L?île voit arriver sur son territoire une équipe de la Royal Navy, sous la direction du Lieutenant C.B. Neate. Ce dernier, après consultation localement, identifie trois sites : Pointe-Vénus, Pointe-Coton et Ilot Hermitage. Les observations sont couronnées de succès grâce au temps clément.

Lord Lindsay, un riche gentilhomme et astronome britannique de renom, mène sa propre expédition. Son équipe arrive à l?île Maurice à bord de son voilier personnel - Vénus - et il installe son observatoire de fortune sur la propriété de Belmont, au nord du pays, près de Saint-Antoine, à mi-chemin entre Poudre-d?Or et Goodlands.

?C?était un amateur, mais un amateur très sérieux. Son observatoire n?avait pas son égal, exception faite de celui de Greenwich. Il n?avait que 27 ans quand il est arrivé à Maurice?, dit Lord Alexander Lindsay, arrière-petit fils de l?astronome. Son aïeul, ajoute-t-il, était un excentrique. En 1888, peu après avoir monté l?expédition à Maurice, il fit don de ses équipements ainsi que de son énorme collection de livres au Royal Scottish Observatory.

Tout comme pour l?expédition rodriguaise, Lord Lindsay bénéficie de la mobilisation internationale et a à sa disposition des instruments astronomiques dernier cri. Malgré un ciel nuageux au début du Transit, ses collègues et lui parviennent à prendre, durant les éclaircies, un nombre impressionnant de photographies du phénomène céleste, et à faire de judicieuses observations.

Après les observations historiques du Transit de Vénus de 1874 par Lord Lindsay et son équipe, le site de l?observatoire de Belmont fut décrété, en 1958, monument historique. L?endroit est aujourd?hui connu par les habitants de la localité comme caro zétoil.

Source : Mauritius Institute

OBSERVATION DU CIEL

Attention Les Yeux !

Le transit de Venus intéresse plus d?un mais la prudence est cruciale car l?observer sans se protéger comporte d?énormes risques. Il suffirait de trois secondes d?exposition pour qu?il y ait brûlure de la rétine et, possiblement, cécité.

Une fois les yeux endommagés par ce phénomène, il n?y a aucun moyen de se faire soigner. Aucune douleur, n?est, en outre, ressentie sur le coup, ce qui rajoute à l?impression qu?il s?agit d?une lumière anodine. Les effets peuvent n?être ressentis qu?un ou deux jours plus tard. Ils s?avèrent plus dévastateurs pour l?enfant. Le personnel de l?hôpital de Moka se tiendra prêt pour tout cas d?exposition accidentelle. Le public est vivement conseillé de s?y rendre ou d?opter pour le centre hospitalier le plus proche.

Astuce pour se protéger : Placer un morceau de bristol noir sur un petit miroir, en y ayant préalablement découpé un cercle de quelques millimètres de diamètre. Une fois capté dans ce petit cercle, l?image du soleil doit être projetée sur un mur.

Certains moyens directs, généralement utilisés pour ce genre d?événement ne sont pas fiables. A bannir : l?utilisation de lunettes de soleil, de miroirs, de négatifs, de verres fumés ou encore d?un récipient contenant de l?eau pour regarder le reflet du soleil pendant le transit.

Pour rendre l?événement plus accessible, plusieurs dispositions ont été prises par l?association astronomique de Maurice. Celle-ci invite le public au collège St Esprit de 10 heures à 15 heures, pour observer le phénomène en toute sécurité à l?aide de télescopes équipés de filtres solaires pour une observation directe. Des écrans géants seront, en outre, placés à des endroits spécifiques pour que les écoliers puissent en être témoins. Il vous suffit, sinon, d?allumer votre poste de télé et la MBC 3 vous offrira, pendant toute la journée, le loisir d?assister de chez vous à cet événement rarissime.

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