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Thomas, écris-moi une histoire

5 juin 2004, 20:00

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Depuis quand écrivez-vous ?

J?ai commencé vraiment à écrire des livres il y a six ans. Mon premier ouvrage, Comptines au long des rues, est sorti en 1998.

D?où vous vient cette passion ?

De mes parents. Ils m?achetaient des livres et me lisaient des histoires quand j?étais petit. Du coup, ça m?a donné envie d?écrire. Je me souviens que quand j?étais petit, je n?aimais pas trop me retrouver tout seul, alors je m?inventais des histoires.

Êtes-vous également conteur ?

Non je ne le suis pas. Contrairement à Philippe Barbeau, je raconte mes histoires, mais je ne les conte pas.

Quelle est la différence entre un écrivain et un conteur ?

Pour le conteur, c?est davantage oral ; il n?est pas obligé de partir d?un texte écrit, il peut partir de situations, de gens ou d?un personnage?

C?est aussi une interaction ?

Oui. Ce que j?essaie de faire dans les classes, c?est de prendre un moment où on lit une histoire. Quand j?écris, j?essaie de toujours faire attention à bien choisir les mots pour qu?ils puissent être dits, choisir le rythme des phrases pour que ce soit agréable à l?oreille.

Comment devient-on écrivain ?

Je crois que pour devenir écrivain, il faut surtout être curieux. Je regarde partout dans les rues, je me sers de tout ce qui est possible. On est un petit peu des voleurs quand on écrit des histoires. Il faut aussi être patient. Et puis, écrire pour moi c?est un plaisir. Les enfants me demandent souvent si écrire est un métier difficile. Je ne peux pas leur dire que c?est difficile car c?est avant tout un plaisir. Par exemple, c?est plus facile pour moi d?écrire que de jouer au foot. J?ai rédigé mon premier texte et je l?ai envoyé à un éditeur. J?ai eu une réponse positive et depuis, j?ai fait une trentaine de livres. Ce que j?aime dans ce métier, c?est que c?est aléatoire. Ce n?est pas parce qu?on a fait un livre, qu?on va forcément en faire un deuxième. Il faut toujours se remettre en question, essayer de faire mieux.

Y a-t-il des techniques d?écriture ?

Moi je n?en ai pas. C?est peut-être pour ça qu?il n?y a pas d?école pour apprendre à écrire des histoires. Je pense qu?elles découlent de choses qui nous touchent, qu?elles parlent d?émotions, de choses qu?on aime et qu?on n?aime pas. Mais trouver le mot juste prend énormément de temps. Un roman, comme Le baiser du serpent m?a pris deux mois. J?ai mis deux ans à écrire Sables émouvants qui est un livre très court. J?ai choisi tous les mots, un par un, comme si je faisais un puzzle. On peut tout dire aux enfants, parler de thèmes joyeux, d?amour, de mort, de séparations. Tout ce qui fait la vie. Par contre avec des thèmes délicats, je pense qu?il ne faut pas se tromper et qu?il faut choisir les mots justes pour ne pas heurter. Comment je fais ? Je ne sais pas. Comme je n?ai pas de technique, les mots me viennent naturellement.

Que faut-il faire pour inciter un jeune à lire ?

Il y a des moments où on n?aime pas se plonger dans un bouquin. Au collège, les livres sont pour ainsi dire imposés. Je crois que ceux qui n?aiment pas la lecture sont ouverts à autre chose. Il ne faut pas baisser les bras : on peut raconter une histoire aux enfants qui n?aiment pas lire. La musique des mots peut leur donner envie de le faire. Les bouquins qu?on peut lire quand on est enfant sont les plus importants de la vie. Quand on est petit, on accroche davantage et on s?en souvient.

Allez-vous à la rencontre des jeunes ?

Très souvent. Je vais dans les classes depuis la sortie de mon premier livre. J?écris pour la maternelle jusqu?aux ados de 15 à 17 ans. Cela me paraissait évident d?avoir un feedback des enfants. Ce que j?aime, c?est la spontanéité de ces derniers : ils aiment, ou ils n?aiment pas. Si tel est le cas, ils le disent, contrairement aux adultes. Et ils disent pourquoi. Ça me permet de me remettre en question, de repenser les choses. On ne peut pas faire de numéro aux enfants. Les livres sont notre carte d?identité et il y a mes émotions dans chacun de mes ouvrages. De plus, je vais dans les classes pour rencontrer les enfants et les jeunes, mais aussi pour écrire avec eux. On commence une histoire et on s?aperçoit que ce n?est pas si facile que ça. Mais à Maurice, on a écrit pour des poésies dans toutes les classes.

Comment s?est passée votre rencontre avec les écoliers mauriciens ?

Elle s?est très bien passée, grâce à Marie-Claire Glain du Cifod qui a tenu à bout de bras ce projet. Grâce aussi à Philippe Barbeau qui a gentiment donné mon adresse. Je crois beaucoup aux rencontres. Marie-Claire a prêté plus de 80 livres dans les classes mauriciennes et françaises. C?était extraordinaire ; il y avait là un accueil merveilleux, une attente et beaucoup de générosité. Les enfants sont curieux et ont envie de faire des rencontres comme celles-ci.

Comment ont-ils réagi à vos histoires ?

C?était très mitigé. Ils ont accroché davantage sur la poésie, moins sur les albums où les thèmes étaient un peu plus délicats. Ils ont aussi flashé sur des histoires drôles.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes qui veulent écrire ?

J?en ai rencontré beaucoup qui inventent déjà des histoires. Je ne peux pas leur dire qu?à dix ans on peut écrire un livre. Il faut d?abord se faire plaisir, dire ses émotions, alors souvent ça passe par un journal intime. On peut y mettre beaucoup de choses qui viennent de l?intérieur, qui nous mettent en colère. Ce que je dis souvent aux enfants et aux jeunes, c?est de ne pas se taire, d?avoir toujours des choses, positives et négatives à dire, s?exprimer sur des sujets qui leur font plaisir ou au contraire qui les révoltent. Il faut être curieux, écouter, regarder autour de soi, ne pas être dans une petite bulle. Moi quand j?écris, je suis dans la vie de tous les jours.

Quels souvenirs garderez-vous de votre séjour à Maurice ?

La générosité et les sourires. J?en ai eu plein, et puis les enfants étaient extraordinaires. Ils m?ont appris plein de mots et d?expressions. Ils étaient morts de rire quand je ne comprenais pas un mot ou une expression. Mais ils m?expliquaient leur signification après.

De sa belle voix claire, agréable et vibrante d?émotions, Thomas Scotto lit Sables émouvants à l?assistance composée de petits et grands. Il tourne les pages du livre, dévoilant de belles illustrations aux couleurs chaudes. Nous voilà plongés dans un monde merveilleux, exposé en mots simples empreints de délicatesse. La trentaine, un look d?adolescent, de petites lunettes rondes habillant un visage aux traits juvéniles : c?est Thomas Scotto, écrivain pour la jeunesse qui a, pendant deux semaines, fait découvrir sa palette de livres aux enfants et aux adolescents mauriciens. Deux semaines riches en découvertes, partages, émotions et rires, qui a culminé par une soirée autour de ses livres. Pour vous, nous avons rencontré cet écrivain qui, contrairement à nombre d?adultes, se souvient qu?il a d?abord été un enfant?

Propos recueillis par Fabrice ROMÉO, 18 ans

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