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Seringue solitude

5 juin 2004, 20:00

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Serge a une trentaine d?années. Cet artisan de la côte Ouest prend du brown sugar depuis 1993 mais n?est pas junkie pour autant. L?année dernière, il a « posé » avec la drogue mais n?a jamais réussi à totalement arrêter. Depuis quelques mois, il se pique au rythme des arrivées et du cash disponible. Le reste du temps, il prend des comprimés pour compenser le manque, tricodéine et autres substituts. Sa famille, comme tout le village, est au courant. Ils en ont même parlé récemment. Il n?a pas voulu mentir et a accepté leur aide et la visite d?un psychiatre. Mais comme il dit, « si tu veux arrêter, il ne faut pas sortir sur le chemin, il ne faut voir personne, sinon la tentation est trop forte et tu ne peux pas résister ». Serge n?a pas découvert cette drogue en prison ou dans la pègre. C?est arrivé comme ça.

À l?époque, une dose de Rs 200 suffisait pour planer une journée. Mais les choses ont changé. Aujourd?hui, la plupart des accros doivent se piquer toutes les deux heures. Les doses sont de plus en plus coupées et il faut trouver plus de mille roupies par jour. Il a réussi à conserver son travail, et résiste tant bien que mal en espaçant les prises, mais il reconnaît que son corps et son esprit sont abîmés, et que personne ne peut sortir gagnant de cette bataille. Il souhaite arrêter, mais ceux qu?il a vu suivre des cures sont presque tous retombés. Nombre d?entre eux se sont mis à voler. Il espère ne jamais en arriver là. Serge voudrait pouvoir exprimer son désarroi, son impuissance et cette conscience du malheur qui n?est pas assez forte pour l?aider. Il s?inquiète pour les plus jeunes, de plus en plus tentés par la sordide aventure. C?est sûr, dit-il, la répression sur le gandia pousse certains vers les autres produits. Tous les jours, il côtoie la jeunesse de son quartier et se rend compte que certains sont en train de faire un pas de trop. Car si le village offre encore une relative quiétude, un refuge, il sait que certaines cités dans les villes sont devenues de vrais coupe-gorge. « Quand on va acheter de la poudre à Résidence Kennedy, on se fait attaquer et dépouiller. C?est l?enfer ! »

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