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Sandhya, la mal-aimée

5 juin 2004, 20:00

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«Nous sommes éc?urés et peinés par ce qui s?est produit. Ce type d?agression devrait être sévèrement puni, d?autant plus que Sandhya a déjà été battue auparavant. C?est l?appel que nous lançons aux autorités pour que personne ne soit victime d?une telle atrocité? » Ootam Ramlugon est désespéré. Ce jeudi, il apprend que la vie de sa s?ur Sandhya Bappoo, 30 ans, ne tient qu?à un fil. Elle a été sauvagement agressée par son mari, Rabin Bappoo, alors qu?elle se rendait à son travail, mardi matin. L?époux a avoué à la CID de Port-Louis Sud, être l?auteur de cet acte odieux. Actuellement en détention policière, il est provisoirement accusé de tentative d?assassinat.

Parents et amis se pressent sous la varangue à la Surgical Intensive Care Unit de l?hôpital Jeetoo où Sandhya Bappoo est admise. Ils attendent leur tour pour la voir. Elle est sous respiration artificielle, de nombreux pansements recouvrent son corps. La jeune femme a reçu plusieurs coups de sabre à la tête, au dos et aux bras. Selon un membre de la famille, l?agression a été si violente qu?elle aurait perdu trois doigts et un ?il. Les visages des visiteurs en disent long sur son état de santé. « Li dan coma, so l?état critique. Doctère ine dir nou pas garde l?espoir », lâche Ootam Ramlugon, d?une voix brisée.

Ce n?est pas la première fois qu?elle subit la folie meurtrière de Rabin Bappoo. En août 2003, une violente dispute éclate entre les deux époux. « Il a tenté de l?étrangler avec un fil de téléphone lorsqu?elle lui a annoncé qu?elle n?en pouvait plus de sa brutalité et qu?elle allait le quitter », raconte un proche. Sandhya Bappoo échappe de peu à la mort, mais elle doit faire un long séjour à l?hôpital.

A sa décharge, elle trouve refuge chez ses parents à Port-Louis où elle décide de mettre fin à sa relation avec Rabin. « Li fine traumatisé net. So mari pa ti pé laisse li trankil, li ti pé harcèle li, téléphone li et suive li. Li ti envie Sandhya rétourne avec li.» Mais la jeune femme est décidée à rayer cet homme de sa vie. Les procédures pour le divorce sont enclenchées et elle obtient un Protection Order contre Rabin.

Les mois passés loin de son mari lui redonnent peu à peu confiance en elle-même. Sandhya Bappoo commence à reprendre goût à la vie. Son travail, au département marketing à Courts Ltd lui permet de se remettre en question. Elle décide de reprendre ses études qu?elle avait abandonnées à l?âge de quinze ans pour les beaux yeux de son bourreau.

Sandhya est étudiante en Form IV à la Renganaden Seeneevassen State Secondary School lorsqu?elle fait la connaissance de Rabin Bappoo. C?est le coup de foudre et malgré l?opposition des parents, la jeune fille s?entête à poursuivre sa liaison avec son amoureux. Aveuglée par cette passion, elle quitte le toit paternel pour vivre avec lui. « Nou pa ti d?accord ditou. Boug-là ti ena mové réputation. Mais Sandhya fine fer la tête lipié pou marié avec li. » Le couple vivra deux ans ensemble avant de se mettre la corde au cou.

Les parents de Sandhya reviennent pourtant à de meilleurs sentiments et tiennent l?incident pour clos. Leur fille aînée leur rend souvent visite, seule. Au début, ils ne se doutent pas que leur fille est maltraitée. Mais ils doivent bientôt se rendre à l?évidence. « Sandhya était souvent battue par son mari parce qu?elle allait voir ses parents. Rabin était orgueilleux, et il n?avait pas digéré le fait qu?ils aient été contre son union avec leur fille. » La jeune femme subit la violence en silence. « Elle pensait peut-être que c?était de sa faute, qu?elle payait le prix d?une erreur de jeunesse », confie Iswar Sewnath son beau-frère.

La jalousie de Rabin semble se décupler avec le temps. Sandhya n?a plus le droit de rendre visite à ses parents. Selon sa famille, le mari de Sandhya va jusqu?à lui interdire d?assister au mariage de son frère Ootam, l?an dernier. Mais la jeune femme s?obstine et elle se rend au haldi, la veille du mariage. Fou de rage, son époux l?a traînée de force à leur domicile à Port-Louis et l?a battue. « Sandhya a dû trouver refuge à SOS Femmes. Il a pu l?amadouer en lui demandant pardon». Plus tard, il recommencera de plus belle?

Jusqu?à ce jour fatidique où elle est agressée à la rue Enniskilen à Port Louis. Tel un chasseur, il a guetté sa proie pendant de longues minutes avant de se jeter sur elle. Il s?acharne sur la jeune femme à coups de sabre. Sandhya tente de s?échapper et trouve refuge dans une ruelle où elle s?écroule sur un ballot de tissus jeté dans un coin. Les traces de sang y sont toujours visibles.

Le quartier, d?habitude si animé, est plongé dans le chagrin. « Dimoune enkor choqué, couma dir ene coute la vie fine arrêté. Sa fine sème la terreur », souffle un cousin, Vimal Ramlugon. La famille de l?agresseur est tout aussi affectée par ce drame. La soeur de Rabin Bappoo ne comprend d?ailleurs pas ce qui a pu motiver cet acte de violence : « Ce qui compte le plus pour nous, c?est la vie de Sandhya. Mon frère doit payer pour ce qu?il a fait. Il était pourtant stable depuis quelques années. Il n?avait j?amais eu de démêlés avec la justice avant août 2003.»

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