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Certains l?aiment chaud en souvenir de Marilyn

4 juin 2004, 20:00

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Chicago, 1929. Joe et Jerry sont respectivement saxo ténor et contrebassiste sans le sou, jouant dans des bars clandestins. Le soir de la Saint-Valentin, alors qu?ils se rendent à un bal dans la banlieue de Chicago, les deux hommes assistent à un règlement de compte entre mafieux. Pour échapper aux gangsters, ils décident de s?engager dans le «Sweet Sue?s Society Syncopaters», un orchestre féminin en partance pour la Floride, dont la chanteuse est la ravissante Sugar Kane. Les deux hommes se travestissent en femmes et pénètrent dans un univers qui leur était, jusqu?à présent, totalement étranger. Deux heures de rires, de quiproquos, de gags pour Certains l?aiment chaud, qui figure dans la liste des meilleurs films de tous les temps.

Billy Wilder a construit son scénario selon les recettes miracles hollywoodiennes: il fait baigner son film dans l?idée de sexe et y ajoute accessoirement une petite pointe de danger de mort, le tout traité sur le ton de la comédie. Sans être totalement prévisibles, les rebondissements sont amenés aux spectateurs de façon subtile, afin qu?ils se laissent prendre au jeu de la découverte. Du grand art.

A tout ceci, Billy Wilder ajoute des références succulentes aux films de gangsters des années trente: de la parodie du massacre de la Saint-Valentin d?Al Capone à l?auto-référence de George Raft, inventeur du «toss coin» comme gimmick propre aux mafieux, se moquant d?un de ses sous-fifres qui joue avec une pièce de monnaie.

Pour peaufiner le tout, Wilder fait le choix incongru, mais totalement justifié, de tourner le film en noir et blanc afin de respecter l?esthétique de l?époque. Avant même que le tournage ne débute, Marilyn s?oppose à cette volonté, son contrat avec la Fox stipulant qu?elle ne tournerait que dans des films en couleur. Wilder insiste, prétextant que le maquillage de Curtis et Lemmon passera mieux à l?écran si le film est en noir et blanc. Marilyn accepte de faire une entorse à son contrat. Le résultat est sublime. L?image est lumineuse. Sur un rythme soutenu accompagné par un jazz très «hot», Wilder filme mieux que personne les corps de ses acteurs, leur donnant une plus grande part de crédibilité.

Chaque scène se pose comme une véritable leçon de cinéma. Au final, le film est nommé six fois aux Oscars: meilleur acteur pour Jack Lemmon, meilleurs décors, meilleurs costumes et meilleure photo pour un film en noir et blanc, meilleur réalisateur, meilleur scénario. Malheureusement, cette année là, se trouve face à eux la machine de guerre Ben Hur, qui rafle tout. Certains l?aiment chaud se contente du prix des meilleurs costumes pour un film en noir et blanc.

Insupportable et capricieuse

Contrairement à la bonne humeur qui règne tout au long du film, le tournage de Certains l?aiment chaud s?est révélé difficile. Marilyn Monroe, la star, a déjà emprunté la voie tragique qui va la mener au suicide en 1962. Elle se révèle insupportable et capricieuse sur le plateau.

Tony Curtis s?en souvient : «Il fallait jouer juste car Marilyn Monroe était incapable de faire plusieurs prises.» Malgré les difficultés rencontrées sur le tournage, elle y apparaît plus resplendissante que jamais. Sachant toujours où et comment placer son regard, ses petits rires, ses attitudes, elle irradie l?écran, faisant à la fois ressortir son côté d?icône sexuelle et de gentille fille vulnérable.

Billy Wilder déclare à ce sujet: «Ce que vous aviez réussi à lui arracher en vous accrochant, devenait étourdissant dès que vous le voyiez sur un écran. Etourdissant, tellement les radiations qui émanaient d?elle étaient fortes. Et c?était une excellente actrice pour les dialogues. Elle savait où ménager des pauses pour permettre au public de rire.» Pour tout cela, la scène la plus marquante du film reste sans aucun doute sa fameuse interprétation de I wanna be loved by you, que le critique Roger Ebert considère comme «un strip-tease dans lequel la nudité aurait été superflue.»

Aux côtés de Marilyn, Tony Curtis et Jack Lemmon en pros du camouflage. Tony Curtis interprète Joe, qui se transforme soit en Joséphine, soit en Junior, pour finir par mélanger les trois dans une séquence finale devenue culte. Jack Lemmon est Jerry, le gentil copain qui se laisse embarquer dans les pires aventures, qui rentre dans la peau de Daphne. Si le rôle de Jack Lemmon semble moins complexe que celui de Tony Curtis sur le papier, il a pourtant été le plus difficile à travailler, car c?est sous les traits de Daphne que Jerry apparaît le plus souvent. S?appropriant tous les stéréotypes de la féminité, le personnage de Daphne a marqué les esprits autant que celui de Sugar Kane. Jack Lemmon a reçu pour ce rôle une nomination aux Oscars, le Golden Globe et le BAFTA. C?est à la suite de ce film que Jack Lemmon et Billy Wilder entameront leur longue collaboration, signant certaines des plus grandes comédies des années 60.

Avec Certains l?aiment chaud, Wilder atteindra son plus grand succès commercial qu?il ne retrouvera ni avec ses drames (La vie privée de Sherlock Holmes, 1970 ; Fédora, 1978) ni avec ses comédies intégrant un élément mélodramatique (La garçonnière, 1960 ; Avanti !, 1972) pas plus qu?avec ses pures comédies (Embrasse-moi idiot ,1964 ; La grande combine, 1966 ; Spécial première, 1972).

Un sex-symbol

A voir Marilyn Monroe onduler, se déhancher dans Certains l?aiment chaud : l?on est obligé de revoir la définition du terme sex-symbol. Ici, la femme qu?elle était joue de ses rondeurs, de ses formes et de sa sensualité. Rondeurs et formes qui, aujourd?hui, prennent le nom de bourrelets. Marilyn Monroe est sexy à souhait avec ses formes. Née Norma Jean Beaker, en 1926, elle est entrée dans la légende du cinéma en incarnant un type de vamp-enfant, dernier grand mythe fabriqué par Hollywood. Ses meilleures interprétations sont: Les hommes préfèrent les blondes (H. Hawks, 1953), Sept Ans de réflexion (B. Wilder, 1955), Certains l?aiment chaud (B. Wilder, 1958) et les Misfits (J. Huston, 1961).

Elle se suicida en 1962 après une vie amoureuse mouvementée. Les hommes de sa vie n?ont su lui apporter le bonheur : Joe DiMaggio, Arthur Miller, John Fitzgerald Kennedy... Marilyn Monroe a été retrouvée morte, à son domicile, le matin du 5 août 1962. Sa mort donna lieu à de nombreuses hypothèses d?assassinat maquillé en suicide, due à sa relation avec les frères Kennedy.

Joe DiMaggio, accablé de douleur, fit porter, pendant 20 ans, une fois par semaine, un bouquet de roses sur sa tombe. On dit qu?ils avaient prévu de se remarier le 8 août 1962.

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