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Jardin aux fleurs de corail

4 juin 2004, 20:00

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On voudrait tout embrasser du regard. L?horizon, les déferlantes qui font tourbillon là-bas sur les récifs. Garder le nez levé vers le ciel pour mettre une image sur le bruit de réacteurs qui passent à intervalles réguliers au-dessus de nous.

Mais un panneau de vitre nous attire irrésistiblement. Celui encastré au fond du bateau man?uvré par Fabrice Tamby, le skipper. «Attention à la tête», prévient-il juste avant que nous n?enjambions le bord de l?embarcation pour nous installer sur le banc en bois badigeonné de bleu.

Il aurait mieux fait de nous dire «attention aux yeux» car au fil de la demi-heure de balade dans le parc marin de Blue-Bay, les orbites font le plein de sensations.

La promenade commence sur un gentil rythme de balancier. D?un bras nerveux et habile, Fabrice quitte le flanc protecteur de la jetée. Se faufile entre deuxcanots de la National Coast Guard, contourne la rangée de bouées jaunes, prolongement tangible du panneau «Bain dangereux». Et règle l?intensité du moteur à l?approche du jardin sous-marin.

Le buste en avant, la tête penchée, le sang nous remonte lentement à la tête. Quelques minutes suffisent pour que le bateau à fond de verre soit perché sur trois à quatre mètres de mer. L?eau salée et verte est d?abord trouble. Miroir aux cotonnades menaçantes qui enveloppent le ciel.

Il n?y a rien comme le silence de la mer. A terre, ce mercredi, l?homme vaque à ses activités. De la plus anodine ? le marchand de rotis fondants, qui comme chaque jour, écoule ses trois bols de kari et de satini ? à la plus importante. Des détachements de la police du tourisme, de l?unité gardienne de l?environnement, des gardes-côtes, de l?orchestre de la force policière répètent la parade qui défile sous les yeux du Premier ministre.

Au large, une heure avant midi, rien ne peut déranger la marée qui monte. Les pupilles qui menaçaient de nous sortir de la tête tant l?attente semble longue ont enfin quelque chose à se mettre plein la vue. Les rayons obliques du soleil, reflétés par le fond de verre, éclairent d?abord des tabulaires, corail en forme de table, comme dressées pour un banquet d?images.

Un pittoresque pot-pourri

La voix forte et rendue onctueuse par dix ans de métier, Fabrice le skipper ouvre toutes grandes les «portes» du jardin de corail. Le brun chaud et rugueux du tabulaire sert de plateau aux reliefs dentelés du corail salade. Le jardin paysager qui rappelle véritablement le pittoresque d?un pot-pourri fait éclore pour des floraisons menaçantes du corail corne de cerf. Fourni, avec des branches qui ressemblent à du gingembre, l?enchevêtrement de cornes s?épanouit aux côtés d?un corail chou-fleur, champignon ou nid d?oiseaux.

Les visions de polypes, à l?apparence tour à tour lisse, veloutée, ridée, rêche, parcheminée, nous parviennent à travers un miroir liquide. Parfois il se plisse sous le bouillonnement du moteur. A d?autres moments, il se trouble «parce qu?un bras de la rivière La Chaux se jette près du Shandrani».

L?eau, le sel et la maree

Impossible de ne pas remarquer que certaines rangées de fleurs ont blanchi jusqu?à ne plus montrer signe de vie. Le temps d?une brève respiration, nous replongeons sous l?eau pour admirer le travail combiné de l?eau, du sel, de la marée. Les bordures de coraux dits rose des sables et fleur d?épines font aussi de la place « à bann tib violet» c?est-à-dire des éponges.

Et les poissons ? Etonnamment timides ou plutôt rares ? « Ena tapaz moter avek lombraz bato ki fer zot per.» Le temps d?adaptation passé, au détour d?un bénitier, des poissons chrome, des demoiselles donnent une représentation unique d?un ballet gracieux. Le jaune et noir des poissons cocher, des clowns à la nageoire jaune, des chirurgiens bariolés, et des poissons chèvres, se laissent apercevoir et capturer? à l?objectif.

Implacables, les aiguilles de la montre indiquent la fin du voyage. Dans un dernier effort pour le prolonger, Fabrice joue avec le levier de direction de son moteur. En quelquesminutes, à force de modifier le mouvement de balancier de la frêle embarcation, il nous emmène au bord du vertige.

Aménagements pour site protégé

Profitant de la Journée mondiale de l?environnement, qui est observée aujourd?hui, le Premier ministre Paul Bérenger lance ce matin la «Blue-Bay Marine Parc Patrol». Avant son entrée en opération, la surveillance du site n?était que partielle, soit de 9 à 16 heures. La nouvelle unité constituée d?officiers de la «National Coast Guard», du ministère de la Pêche et de la police de l?Environnement opérera 24 heures sur 24.

Le Premier ministre inaugurera également un ?Visitors? Centre? qui abritera une exposition permanente sur les trésors du parc marin. Il en profitera pour passer en revue les travaux d?aménagement et d?embellissement de la plage publique, qui ont coûté Rs 8,2 millions. Aires de stationnement, jetée agrandie, rénovation des deux kiosques existants et réaménagement des toilettes publiques font partie du plan d?urbanisme de Blue-Bay.

Le site a accédé au statut de parc marin en octobre 1997, sous le «Wild Life and National Parks Act 1993». Il est devenu zone protégée en 2000 sous le «Fisheries and Marine Resources Act 1998». Ce parc, d?une superficie de 353 hectares, sert d?habitat à plus de 38 espèces de coraux et72 variétés de poissons.

En 2003, 37 pêcheurs de Blue-Bay ont reçu une compensation de Rs 200 000. Ils avaient été sommés de ne plus exercer leur métier dans le lagon en raison de l?aménagement du parc.

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