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Crime ou suicide à Bassin-Blanc ?

4 juin 2004, 20:00

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Deux ans après le drame, le doute persiste. Anshi Ittoo, 17 ans, et Thagoresingh Sandoram, 38 ans, se sont-ils suicidés ou ont-ils été tués ? C?est le lundi 11 novembre 2002 que les cadavres des deux amants sont découverts dans le cratère de Bassin-Blanc.

A la lecture du rapport d?autopsie rédigé par le Dr Satish Boolell, il ne fait aucun doute : il s?agit bien d?un acte malveillant. Le médecin légiste relève l?absence d?eau dans les poumons de l?homme d?affaires et de l?étudiante, un traumatisme à la base du crâne, et des ecchymoses sur tout le corps.

Les parents de Thagoresingh confortent cette thèse. Ils évoquent un appel téléphonique reçu peu avant sa mort, dans lequel il mentionne des «problèmes» qu?il aurait eus avec deux personnes.

Or, contre toute attente, c?est la thèse du suicide que privilégie la Major Crime Investigation Team (MCIT). Pour faire ce constat, les policiers se basent sur un SMS expédié par Anshi à une amie, dans lequel elle évoque une rupture éventuelle avec son amant déjà marié.

En réalité, les enquêteurs de la police, de même que les médecins légistes restent divisés sur la question. Le Central Criminal Investigation Department (CCID) penchera, lui, petit à petit, pour le meurtre. Une guerre de clans se déclenche.

Dans ce conflit qui oppose diverses sections de la police, des lacunes dans le traitement du dossier sont mises au jour. Ainsi, pourquoi n?y a-t-il pas eu d?analyse des poumons et des alvéoles pulmonaires des deux victimes pour confirmer ou infirmer la thèse de la noyade ?

Pourquoi les morceaux de chair ecchymosée n?ont-ils pas été analysés pour savoir si ces ecchymoses étaient antérieures ou postérieures à la noyade présumée ?

En l?absence de ces données scientifiques, les enquêteurs se retrouvent avec deux thèses, suicide et crime. Toutes deux sont plausibles et les partisans de l?une ou l?autre thèse y vont de leurs arguments scientifiques pour soutenir leur position.

La thèse du suicide

C?est un scénario troublant des derniers instants des deux amants, de Sodnac au lieu du drame, que dresse ce médecin légiste requérant l?anonymat.

Pour lui, la position des corps, les photos faites sur les lieux et la topographie de l?endroit, tout indique que Thagoresingh n?a pas tenté de se suicider mais que le drame se serait produit quand il a essayé de retirer Anshi de l?eau.

Scénario. Les amants se garent près du cratère du Bassin-Blanc. Anshi, après une dispute avec Thagoresingh, descend de la voiture pour emprunter le sentier qui mène au lac. L?homme ferme aussitôt sa voiture et se lance à la poursuite de la jeune fille. Ils courent ou font un effort physique auquel ils ne sont pas habitués, ce qui expliquerait pourquoi on a retrouvé le cellulaire de l?homme d?affaires sur le sentier.

Quand Thagoresingh arrive sur le bord du lac, Anshi est déjà dans l?eau. Elle tente de se noyer. L?homme descend dans les flots pour tenter de l?en retirer. Hélas, le bassin est boueux. La jeune fille commence à s?enfoncer. L?homme retire alors sa ceinture. Il la glisse dans un des passants de son jean et attache Anshi pour la ramener vers la berge. La fille s?enfonce davantage, Thagoresingh aussi et c?est la noyade.

Mais si c?est un suicide, comment expliquer l?absence d?eau dans les poumons (ce qui laisse supposer que les victimes ne respiraient plus quand leurs corps sont tombés dans le lac)? Notre médecin légiste évoque le dry drowning (voir hors-texte).

Quant au fameux message téléphonique (SMS), on l?aurait tout simplement mal interprété. Au lieu de : «Mo pe gagn problem avek en dimoun», Thagoresingh aurait écrit : «Nou de pe gagn problem». Car s?il avait eu des problèmes avec deux personnes, il n?aurait pas emprunté la route de La Marie et Bassin-Blanc. «Quand vous avez des problèmes avec des individus ou que vous êtes poursuivis par deux personnes, votre premier réflexe, c?est de vous diriger vers un poste de police. Thagoresingh avait un parent policier affecté à Vacoas. Il se serait naturellement dirigé vers ce poste, et non vers un endroit désert où il est très vulnérable. »

Les ecchymoses et le traumatisme crânien notés sur les cadavres résulteraient du ballottement des corps entre les branches et rochers du bassin. «Les deux corps portaient des traumatismes pratiquement au même endroit, à la base du crâne, explique un autre médecin légiste. Si l?on admet la thèse du crime, cela veut dire que l?assassin a asséné, à l?aide d?une matraque en caoutchouc, un coup à chacune de ses victimes et ce au même endroit, sans provoquer d?enfoncement du crâne, De plus, les victimes auraient été sauvagement battues. Elles auraient reçu des coups sur la totalité du corps et toujours de la même façon. Il y a vraiment trop de coïncidences.»

La thèse du crime

Les tenants de la thèse du crime évoquent également l?impossible coïncidence. Deux cas de noyade blanche ? Alors qu?il s?agit là d?un phénomène rare ? Deux cas similaires d?hydrocution ou spasme du larynx ? Difficile à croire, affirment-ils.

La disparition du cellulaire de Thagoresingh en est la preuve. L?homme avait en sa possession un modèle dernier cri avec lequel il pouvait prendre des photos. Or l?appareil n?a jamais été retrouvé.

Les partisans du suicide récusent cette thèse : le portable retrouvé sur le sentier a été remis aux enquêteurs bien après sa découverte. Le policier qui l?a ramassé avait «oublié» de le leur donner. Le cellulaire sophistiqué a pu connaître le même sort. Et est resté dans l?oubli.

Ceux qui défendent qu?il y a bien eu crime s?accordent sur un point. Les amants n?ont pu être tués que sur les berges du bassin avant d?être jetés dans l?eau. En effet, à deux reprises, des chiens ont été mis à contribution pour déterminer si les corps avaient été traînés le long du sentier: Résultats : négatifs. De même, les corps n?ont pu dévaler la pente. Les broussailles auraient stoppé la descente ou provoqué de multiples égratignures. Enfin, le bassin ne contient pas de rochers susceptibles de provoquer un traumatisme crânien.

Plusieurs mobiles sont mis en avant pour justifier un crime. Selon l?un d?eux, il y aurait eu erreur sur la personne de Thagoresingh qui venait d?acquérir le 4x4 emprunté par les amants pour gagner Bassin-Blanc. On dit même d?un groupe d?individus rôdaient à l?époque dans les environs, qui s?en prenait à tout intrus, particulièrement aux chasseurs de singes. Un mobile balayé par d?autres proches qui rapportent que Thagoresingh avait évoqué ses démêlés avec deux personnes bien avant d?être à Bassin-Blanc.

D?autres outils scientifiques existent, qui auraient permis de lever le mystère. Ainsi, il était possible d?analyser la moelle des fémurs des victimes et de comparer les organismes qui s?y trouvent avec ceux présents dans l?eau du lac. Les résultats de ces analyses, pratiquées uniquement à l?étranger, sont indiscutables, avancent les légistes.

Hélas, les corps ont été incinérés. Le mystère restera donc entier.

La noyade blanche

On parle de noyade blanche ou «dry drowning» lorsqu'on ne retrouve pas d?eau dans les poumons des noyés. Un phénomène qui survient dans 20 % des cas, disent les médecins légistes, citant leurs ouvrages de référence. La mort survient alors très vite, entre cinq et six minutes.

Deux facteurs causent la noyade blanche : l?hydrocution ou un spasme du larynx. L?hydrocution intervient lorsque les vaisseaux sanguins sont dilatés, soit par un repas copieux, soit par des efforts physiques. Ils se contractent alors brusquement au contact de l?eau froide. Le c?ur n?est plus irrigué, ce qui provoque un coma. La victime ne respire plus, l?eau ne pénètre pas les poumons et c?est la mort. Le spasme du larynx intervient dès que l?eau y pénètre. Le larynx se bouche par réaction. L?air ne passe plus. C?est la perte de connaissance et la mort si la personne n?est pas vite réanimée.

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