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Réunion sur fond de crainte d?un choc pétrolier
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Réunion sur fond de crainte d?un choc pétrolier
Rarement une réunion de l?Opep aura été aussi attendue. Rarement aussi l?Arabie saoudite, vrai chef du cartel, n?aura été sommée à ce point par l?ensemble des pays consommateurs ? États-Unis en tête ? de prendre ses responsabilités pour freiner l?inflation du baril. Car, avec un pétrole durablement installé au-dessus de 40 dollars, la situation va rapidement devenir intenable pour les économies occidentales. L?expression de choc pétrolier est déjà sur toutes les lèvres.
En théorie, tout est simple : l?Opep doit décréter une hausse massive de sa production, supérieure à 2 millions de barils par jour (mbj), de manière à provoquer un repli des prix. L?Opep, c?est-à-dire Riyad, car l?Arabie saoudite est le seul pays producteur (avec le Koweït et les Emirats arabes unis, mais à un degré moindre), à pouvoir assumer une augmentation notable des livraisons. Dans la pratique, la situation s?annonce plus complexe.
L?Opep, y compris l?Arabie saoudite, produit selon toute vraisemblance déjà au maximum de ses possibilités, bien au-delà en tout cas des quotas que l?organisation s?est fixée, actuellement à 23,5 millions de barils par jour. ?Certes, Riyad possède des réserves phénoménales, mais il faut bien voir que, au cours des dernières années, peu d?efforts ont été accomplis pour investir dans l?exploration et donc optimiser le potentiel de production du pays. Mais comment aurait-il pu en être autrement : l?argent rentrait bien et les dirigeants saoudiens n?avaient pas le couteau sous la gorge pour les obliger à développer leurs infrastructures?, souligne un expert.
Aujourd?hui, la situation est devenue tellement tendue que l?Opep ne peut plus se permettre de voir la production d?un seul de ses membres influents fléchir ne serait-ce que légèrement. On l?a bien vu dans un passé proche avec les grèves au Venezuela et au Nigeria. Elles se sont aussitôt soldées par de fortes répercussions à la hausse sur les cours du brut. Pourtant, l?Arabie saoudite, qui produit près de 9 millions de barils par jour, martèle depuis plusieurs semaines que la politique de l?Opep n?a aucune incidence sur la flambée de l?or noir. A ses yeux, le marché est parfaitement approvisionné et rien, sur le plan physique, ne justifie l?actuelle crise pétrolière.
A défaut d?explications concrètes, la hausse du brut, aux yeux de nombreux spécialistes, se nourrirait surtout d?une forte dimension psychologique. Avec notamment une psychose liée aux attentats en Arabie saoudite, et de manière générale aux tensions au Moyen-Orient, promptes à générer une ?prime de risque? toujours plus importante. Celle-ci, encore évaluée à 5 dollars par baril au début de la crise, a singulièrement progressé depuis.
Quant à savoir si les livraisons en provenance d?Arabie saoudite pourraient être durablement altérées par des attaques terroristes, les avis sont mesurés. Si les canalisations sont les infrastructures les plus vulnérables en cas d?attentat, ce sont aussi les éléments du dispositif les plus faciles à réparer. Par ailleurs, les capacités de stockage s?étant considérablement développées, elles rendent aussi moins efficient un assaut sur les canalisations. S?agissant des sites de production eux-mêmes, les dommages pourraient être plus sévères, mais ces installations sont aussi beaucoup mieux protégées que les oléoducs. Restent les infrastructures portuaires, dont l?atteinte menacerait forcément le bon acheminement des livraisons d?hydrocarbures.
Les déclarations hier, à Washington d?Adel al-Jubeir, le conseiller diplomatique du prince héritier saoudien Abdallah Ben Abdel Aziz assurant que ?les prix du pétrole brut étaient vraiment trop élevés?, ont permis au brut de retomber sous la barre symbolique des 40 dollars. Pourtant, l?or noir risque de s?inscrire à la hausse au moins jusqu?à l?été 2005. Il faut au minimum un an pour que le potentiel pétrolier irakien puisse s?apprécier.
<B>Frédéric DE MONICAULT</B>
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