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Un phare dans la nuit
Les enfants sont les premières victimes des fléaux qui rongent notre société. Les gosses meurtris de ceux qui tombent sous l?emprise de la drogue et de l?alcoolisme sont les premiers exposés aux répercussions néfastes des vices de leurs parents. La pauvreté est, très souvent, à l?origine de ce cancer.
Il y a heureusement des personnes qui travaillent d?arrache-pied, et d?arrache-c?ur aussi, pour que les enfants victimes d?abus physiques et moraux n?aient pas à porter leur traumatisme toute leur vie.
Le Shelter for Women and Children in Distress, un abri à Plaines-Wilhems, offre depuis sa fondation en 1991, un sanctuaire aux jeunes et surtout aux très jeunes qui, pour une raison ou une autre, n?ont pas de chez eux. Cette orga-nisation non gouvernementale (ONG) a débuté comme un abri temporaire mais est devenue au fil des années un refuge permanent pour les moins de 18 ans.
Une vraie maison
L?abri accueille actuellement 28 pensionnaires, toutes communautés confondues, dont quelques-uns qui y sont depuis une demi-douzaine d?années. Par exemple, Claudia, une adorable fillette de 5 ans qui ne disait pas un mot quand elle est arrivée il y a 3 ans, est aujourd?hui la mascotte incontestée de cette grande famille originale. Puis il y a Jacques pour qui l?abri est une véritable maison car il y vit avec ses deux s?urs. Les garçons ne sont acceptés que s?ils ont moins de 10 ans et s?ils ont des s?urs au shelter. 26 autres petits visages attachants illuminent cette maison à étage et passent des journées et des nuits à jouer, à étudier, à cuire, à broder, à coudre, à danser et surtout à se soutenir mutuellement.
Les éducatrices et volontaires qui les entourent font un travail d?exception. Elles n?élèvent jamais la voix et aident les enfants à graduellement retrouver leur confiance en la vie, en eux-mêmes, pour qu?ils puissent un jour réintégrer la société en tant que citoyens modèles. ?Ce sont des victimes. On leur dit qu?ils ne doivent pas se sentir coupables de ce qui leur est arrivé?, explique Asha Jolicoeur, officier de l?abri. ?A chaque fois qu?on tombe, on se relève?, renchérit Vimala Lallmohamud, éducatrice. Les enfants sont encadrés de cinq personnes, dont deux éducateurs pendant la journée, puis deux autres volontaires et l?un surveillant pendant la nuit.
Les petits arrivent par le biais de la Child Development Unit (CDU) du ministère des Droits de la femme. Dans la majorité des cas, des proches ou des voisins rapportent des abus à la police ou au ministère. Un magistrat décide ensuite si l?enfant est éligible pour le foyer. Le cas échéant, le ministère dépose l?enfant au shelter. ?Nous travaillons en étroite collaboration avec le ministère?, dit Asha Jolicoeur.
Des officiers de la CDU passent au shelter trois fois par semaine pour donner des cours d?activités créatives, comme la confection de vêtements. D?autres volontaires, surtout des intervenants étrangers, dispensent aussi des cours et accueillent les enfants chez elles pour des sorties très appréciées. Une expatriée australienne, qui enseigne l?informatique à trois des pensionnaires du shelter, est ravie. ?Les filles semblent très heureuses. Elles sont si intelligentes. Deux d?entre elles n?avaient jamais utilisé un ordinateur auparavant et maintenant j?ai du mal à garder le rythme.? Une autre dame fait don d?un déjeuner pour les enfants une fois par semaine, alors que les élèves de certains collèges de la région viennent au foyer travailler avec les jeunes sur divers projets. Cela les aide à se sentir comme les autres.
L?alphabétisation des pensionnaires est une priorité inébranlable au foyer. Beaucoup d?enfants intègrent le foyer sans savoir lire ou écrire et il est impératif que ce han-dicap soit rectifié pour que leur réinsertion dans la société soit complète. Ren Ringadoo prépare actuellement six filles pour leurs examens de CPE, quatre cette année et deux l?année prochaine.
Au départ du foyer, le suivi des enfants, qui est du ressort du ministère, est plus ou moins sporadique. Les parents qui ont abandonné leur progéniture par manque de moyens ou pour raison d?incarcération peuvent faire une demande à la cour pour reprendre leur enfant. Pour cela, ils doivent prouver qu?ils sont en mesure, moralement et financièrement, de les prendre en charge. Les jeunes victimes d?abus sexuels, qui renviennent rarement chez eux, in-tègrent d?autres foyers de l?île.
Financement précaire
Le Shelter for Women and Children in Distress est la seule ONG en son genre à Maurice et n?est donc financée qu?en partie par le gouvernement. Malgré les dons généreux de part et d?autre, il arrive que les fins de mois soient très difficiles. Les dames qui travaillent à l?abri le font avec une passion et un dévouement total mais il y a quand même des limites à ce qu?elles peuvent contribuer financièrement. Toute personne qui voudrait aider peut appeler le numéro suivant : 674-8875.
Le livre d?honneur de l?abri est plein de remarques élogieuses sur les éducatrices et surtout rempli de chaleureux témoignages de ceux qui ont visité ce petit monde ma-gique et qui sont repartis profondément émus. ?Touché au c?ur?, a écrit un ministre. Il serait vraiment impossible de ne pas l?être en voyant comment la douleur peut se transformer en joie.
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