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La voie du milieu pour les petits délinquants

2 juin 2004, 20:00

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Shamir, un chauffeur de taxi de 31 ans, fait actuellement 240 heures de Community Service Order (CSO) au centre Idrice Goomany à Plaine-Verte pour vol. Pour cet ex-toxicomane, le CSO est une façon constructive de réhabiliter les petits criminels. ?Bocou jeunes komet delis miners sou linfluenss ladrog. CSO don zot en chance refer zot lavi.? Condamné une première fois en 1999 à trois mois de prison à Beau-Bassin, il a fini par décrocher de la drogue après avoir purgé une peine de neuf mois en 2000 pour possession de brown sugar. Ses séjours en prison avaient des effets néfastes sur sa mère et sa s?ur qui dépendent de lui, ?si mo ti alle dan prizon enkor mo famille ti pou dan movai la pen?.

Le CSO est le premier pas d?une société qui privilégie la réinsertion à la répression. Cette approche marque aussi l?évolution d?un peuple qui cherche à combattre des problèmes tenaces, comme l?exclusion et l?abus de drogue, armé de solutions appropriées. Le Community Service Order Act a été proclamé pour remédier au problème de surpopulation dans les prisons. Le fait qu?un grand nombre des prisonniers soient condamnés pour des délits mineurs et que chaque prévenu coûte Rs 100 000 par an à l?Etat, avait exacerbé la nécessité de trouver une alternative à la prison. Deux ans plus tard, c?est l?heure du bilan.

Monaff Maudarbux, Acting Commissioner for Probation and after care, explique que la prison doit être un dernier recours. ?Si une personne est envoyée en prison, elle perd son emploi, sa famille perd souvent sa seule source de revenu, et elle est exposée à des hardened criminals.?

En tout, 60 personnes, réparties dans les dix districts, font leur CSO. Omnath Bundhoo se trouve également parmi ceux-ci. Le vol de 1 000 mangues, délit nommé plundering, lui a valu 70 heures de CSO au Centre d?accueil de Terre-Rouge (CATR). Pour cet homme de 37 ans, une peine de prison, passée loin de ses trois filles âgées de 10, 7 et 5 ans respectivement, aurait été intenable. ?Mo latet ti pou fatige dan prizon, mo ti pou stress. Ti pou trop bocou.? Ex-toxicomane lui aussi, il affirme qu?il n?aurait pas pu arrêter en prison. ?Tou dimoun rejet ou kan ou dan ladrog. Dan prizon ladrog facil pou gagne.? Ceux qui ont visité ces antres sournois de la justice ne les appellent-ils d?ailleurs pas les universités de la délinquance ?

Pour José Ah-Choon, directeur du CATR, le CSO permet l?encadrement de ces personnes vulnérables. Son centre peut se vanter d?un taux de réhabilitation de toxicomanes très élevé (40 %). José Ah-Choon sait que le CSO est une façon d?offrir un soutien psychologique à des personnes marginalisées. ?Je renouvellerai l?expérience avec plaisir?, dit-il.

?Cela responsabilise la personne?, renchérit Sabrina Buddoo, psychologue et volontaire au Centre de solidarité à Rose-Hill. ?Incarcérer une personne lui donne l?image d?une société qui la rejette. Le CSO lui permet de se rattraper alors que la prison ne fait que l?enfermer.? Pour ceux coupables de délits mineurs, comme un ?petit ? vol ou pour simple possession de gandia, la prison est une punition disproportionnée. Ils y entrent pour une atteinte quasi-insignifiante à la loi et en ressortent avec une haine et une méfiance envers l?autorité qui peuvent leur coller à la peau toute la vie.

?Les bénéfices du CSO se ressentent aussi à l?intérieur des prisons?, affirme Monaff Maudarbux. En sus de l?élimination du coût à l?Etat, le CSO contribue à décongestionner les prisons, ce qui facilite l?administration pénitentiaire et la réhabilitation des prisonniers. Samioullah Lauthan, ministre de la Sécurité sociale, a récemment annoncé que les 108 cas de CSO en 2003 ont rapporté Rs 10 millions en termes d?économies faites sur les travaux accomplis gratuitement.

Des prisons moins densément peuplées ont aussi des retombées positives sur le recrutement, car elles deviennent des lieux de travail plus agréables pour les gardiens. Car les prisons sont surpeuplées. Plus de 2 000 prisonniers se partagent les 1 500 places du système pénitentiaire.

L?expérience carcérale n?a jamais eu l?objectif d?être plaisante mais, ajouter à cette surpopulation, la promiscuité sexuelle et l?usage intensif de drogue, on peut imaginer l?enfer que les murs des prisons renferment.

Comme c?est souvent le cas lors de décisions politiques, il est clair que l?adoption de cette loi a été plus motivée par des considérations logistiques et économiques que par magnanimité. En outre, le programme de CSO a encore du chemin à faire dans l?encadrement de ses sujets.

Toutefois, le pays fait preuve d?une grande maturité en adoptant des mesures plus tolérantes et pédagogiques pour réhabiliter ses exclus. Monaff Maudurbux ne cache pas son enthousiasme pour les répercussions positives du CSO, sa seule critique étant que ?ça a tardé à venir ?.

Il vaut mieux tard que jamais?

INTÉRÊT GÉNÉRAL

<B>CSO : mode d?emploi</B>

  • Le Community Service Order (CSO) s?applique à un individu jugé coupable d?un délit valant moins de deux ans de prison ou du non-paiement d?une amende de moins de Rs 10 000. Le magistrat réfère alors le cas à un des 50 ?Probation Officers? qui décidera ensuite si la personne peut satisfaire aux besoins d?un travail d?intérêt général. Le cas échéant, le magistrat impose entre 60 et 300 heures de CSO. Il faut pour cela que la personne ait plus de 18 ans et qu?elle veuille travailler. Il s?agit habituellement de nettoyage, jardinage et autres petits boulots. Si ces conditions sont satisfaites, la personne fera des travaux d?intérêt général dans une institution du pays ? couvent, poste de police, mosquée, centre d?accueil? (il en existe plus d?une centaine). Pour le contrôle, un ?Probation Officer? est chargé de vérifier si la personne travaille ?diligently and at a reasonable speed and does not disturb the public peace?.

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