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Constantin de père en fils
David, fils de Serge Constantin, expose ses ?uvres à la galerie Le Coin-de-Mire, située au centre commercial Mauricia, Grand-Baie, du mercredi 26 au samedi 29 mai 2004. La première réaction en apprenant cette heureuse nouvelle est de faire abstraction de cette redoutable paternité afin de donner à l??uvre du fils la possibilité d?exister par elle-même sans référence à celle paternelle. La question se serait posée si les peintures de David pouvaient souffrir d?une quelconque comparaison avec celles de Serge. Il n?a aucune crainte à entretenir à ce sujet, encore qu?on peut deviner sa peine filiale à l?idée que son ?uvre puisse désormais faire de l?ombre à celle de son père.
Mais David ne doit pas s?attrister trop vite. Connaisseurs et amateurs des beaux-arts ne tarderont pas à s?émerveiller de son talent pictural n?ayant rien à envier à celui de son père. Mais cela ne l?empêchera pas de rencontrer sur sa route des passéistes qui, par définition, ne jureront que par l??uvre de son père et persisteront à voir dans la sienne un wagon tiré par la locomotive Serge Constantin. Laissons-les à leur aveuglement et réjouissons-nous de ce sang nouveau nommé David Constantin.
Après avoir vu les peintures de ce dernier, un constat s?impose en effet. David ne fera pas carrière artistique après Serge, mais parallèlement à celui-ci. Son ?uvre se situera aux côtés de celles de son père, sinon en concurrence avec lui, tout comme les peintures de Jocelyn Thomasse et de Marie Rogers s?opposent à celles de leur maître et gourou tout en les prolongeant.
Et comme Jocelyn et Marie, la comparaison David versus Serge ne jouera pas toujours en faveur de ce dernier, même si nous sommes enclins à prêter, peut-être trop vite, une plus grande intensité aux recherches picturales de Serge, probablement plus habile à développer ses idées artistiques les plus chères par la parole ou par l?écrit et pas seulement par la grâce de ses pinceaux.
Gardons-nous des lieux communs exigeant du fils de Serge Constantin un prénom qui soit l?égal de celui de son père, sinon davantage. Avec l?exposition du Coin-de-Mire, David devient un prénom aussi solidement établi que Serge quand ils précèdent le patronyme Constantin, au fond duquel nous trouvons, d?ailleurs, des notions de constance, de continuité, de consistance, de consonance mais aussi de contrastant.
Crier bien fort : « Vive David ! »
De gré ou de force, nous devrons désormais nous habituer à ces deux voies parallèles et accepter que tantôt elles se rapprochent et que tantôt elles s?éloignent, que tantôt elles se croisent et que tantôt elles se fondent en une démarche partagée et formant un tout indissociable. Que nul ne crie à l?hérésie, car nous ne sommes pas ici en classe de géométrie mais dans l?univers libre des beaux-arts dans lequel les Constantin, père et fils, se meuvent à l?aise.
Serge Constantin n?est pas mort, raison de plus pour crier bien fort : « Vive David ! » Serge vivra à jamais à travers ses ?uvres et le souvenir indélébile qu?il laisse parmi nous. Et nous salu-ons d?autant plus vivement celles de David qu?elles nous rappelleront avec encore plus de force les exigences artistiques infinies de celui qui n?acceptait aucune médiocrité, aucune solution de facilité, quand il était question de peinture et de beaux-arts à Maurice.
Les vues de la rade de Port-Louis sont les tableaux permettant le mieux de comparer les coups de pinceaux comme les visions de David et de Serge Constantin. On y retrouve certes ces mêmes formes marines de navires fantomatiques aux proues dressées comme autant de spectres. Les dominantes bleuâtres ou blanchâtres accentuent le côté blafard et l?atmosphère irréelle. Il y a toutefois chez David une vue de la rade tirant sur le rouille et donnant à l?ensemble un aspect à la fois crépusculaire et incendiaire. Curieuse marine où l?on chercherait en vain la moindre note bleue, aigue-marine ou algue marine. Les bateaux de pêche demeurent des bouchons de liège que la moindre bourrasque soulève, les contraignant à se serrer davantage les uns contre les autres.
Une vue de la rade démontre toutefois la pesanteur des traits dessinés par David en opposition à la finesse de ceux esquissés par Serge. Il semble moins à l?aise dans le dessin que dans les effets de taches colorées. Cela dit, il maîtrise aussi bien que son père le noir ou les nuances grisâtres que tant d?aquarellistes craignent comme la peste. Depuis Serge, nous n?avions pas vu avec autant de bonheur ces peintures sombres, angoissantes, stressantes, mais qu?une tache de couleur, soudain, vient ensoleiller et ressusciter. L?aqueduc de GRNO est un bon exemple de cette ?uvre d?ensoleillement et de résurrection.
Les toits des modestes maisons portlouisiennes, qu?elles soient recouvertes de bardeaux vieillissant ou de tôles cannelées rouillant, sont souvent l?heureux précepte à des quadrilles endiablés où tout se superpose, s?entrechoque, se congratule mutuellement. Chez David, la composition et l?harmonie contrastée des couleurs produisent des enchantements dont on ne se lassera jamais.
Classicisme teinté de fauvinisme
Ses rues portlouisiennes ne sont pas toujours rectilignes. Elles savent amorcer une courbe leur donnant de la douceur. Elles perdent de la rigidité que leur attribuent des paysagistes trop soucieux de fidélité à une réalité visuelle, alors que la fidélité est davantage une affaire de coup de c?ur, d?émotion, d?atmosphère à restituer sur toile.
David Constantin nous offre pourtant, avec la mosquée de la rue Desforges, un jeu de perspectives et de profondeur nous renvoyant aux chefs-d??uvre de la Renaissance italienne. Ce classicisme est toutefois teinté d?un fauvisme que n?aurait pas désavoué un Vlamynck, ce grand maître de l?atmosphère-sur-toile.
Du Vlamynck pur ! C?est ce qu?on retrouve dans l?intensité du bleu roi couronnant le temple Sockalingum Meenat-chee de la Route Nicolay. Tout dans cette peinture est élévation vers un surnaturel nous transcendant infiniment. L?infrastructure est simplement esquissée par des superpositions de taches de couleur. Les frises de l?étage sont déjà plus élaborées mais elles se contentent de diriger les yeux vers des coupoles pointant vers un ciel infiniment bleu. Tout le défi de l?humanité se traduit en dernier lieu par une prière tournée vers une transcendance, insupportable ou presque, dépeint par un bleu pesant et écrasant.
Deux flamboyants, formant arc de triomphe de feu pour rendre gloire à une humble case mauricienne, sont un autre exemple du message surnaturel que nous lance David Constantin à partir de la simple vision d?un paysage qu?on pourrait penser, au départ, anodin.
Mais pas anodin est ce coup d?envoi de cette carrière artistique. Une conclusion s?impose. Il existait un vide dans la peinture mauricienne. Un vide imperceptible à tous mais que David Constan-tin vient heureusement combler. Il ouvre un chapitre nouveau à ce panorama de la peinture mauricienne si cher/chère au Malraux de l?île Maurice. Un nouveau chapitre qui pourrait être nouveau bond en avant pour une peinture qui n?a pas fini de nous étonner favorablement et dont il garantit la pérennité.
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