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La recherche dans tous ses états
Le centre d?Albion au chevet de notre lagon
On pourrait appeler ce centre, l?aile technique du ministère de la Pêche et de l?Environnement. Il fait de la recherche appliquée et fournit des services en matière de pêche, de conservation marine et d?aquaculture. Concrè-tement, chaque trimestre, des plongeurs vont à la rencontre des coraux et, suivant des méthodes scientifiques, font le suivi de leur blanchiment. Ils analysent également les données en fonction de la température de l?eau et de la salinité de la mer, ce qui leur permet de comprendre le mécanisme du blanchiment et de prendre des mesures pour empêcher leur destruction. Ils ont également pour mission d?observer l?effet des pesticides et des métaux lourds sur l?environnement marin, et de relever le niveau de mercure dans l?eau.
L?écotoxicologie tombe sous leur responsabilité. Il s?agit de d?identifier les poissons toxiques et d?analyser leur incidence sur d?autres poissons. Le centre doit aussi contrôler le nombre de poissons qui sont pêchés dans les lagons ou sur les bans pour ne pas surexploiter nos ressources. C?est d?ailleurs à la suite de leur recommandation que le gouvernement émet les licences pour les bateaux de pêche et qu?il applique des quotas.
Quand les scientifiques ont constaté que les berry rouge diminuaient, ils en ont élevé dans des bassins à la Ferme. Ils leur donnent un traitement hormonal pour les convertir en mâles pour qu?ils grossissent et puissent être mis sur le marché. Ce sont eux aussi qui ont institué le système Fad (Fish Agregating Device) : il consiste à placer des bouées en haute mer pour attirer les poissons. Toutes ces actions sont le fruit de recherches scientifiques. Dans leurs nombreux laboratoires et study rooms, des scientifiques s?acharnent à comprendre des phénomènes et à trouver des mesures adaptées.
Floreal Knitwear : alchimiste des matières textiles
Rien n?est fait au hasard chez Floreal Knitwear. Le tricotage, les finitions, le contrôle des coloris, la résistance des fils et la qualité des matières sont une priorité dans cet univers compétitif. Robert Nicolin, Research & Development Executive, dirige une équipe qui ?uvre dans les coulisses de la qualité.
La recherche est un atout indispensable pour innover.Dans le laboratoire textile à Floréal, le personnel profite des avancées de la science pour répondre aux attentes des consommateurs. « Pour que nos pulls soient en synergie avec l?air du temps, nous devons leur donner un look qui respire, qui vit et qui provoque. Nous créons des pulls au wet-finishing qui donnent un aspect usé, nous créons des effets batiks, nous décolorons des pièces? », explique Robert Nicolin.
Il faut constamment veiller à la solidité des teintures au lavage, au frottement, au boulochage, etc. Ainsi dans un pilling box, des matières s?entrechoquent pendant des heures pour déterminer le niveau de boulochage, et de nouvelles techniques sont étudiées pour les minimiser. Dans différentes machines à laver, on teste le nombre de lavages pour connaître la résistance des pulls.
On mesure aussi leur rétrécissement. Bref les maîtres mots chez Floréal Knitwear sont : infroissable, irrétrécissable, anti-boulochage, douceur, légèreté, élasticité confortable. L?usine travaille en collaboration avec de grandes marques comme Marks & Spencer, et Armani Jeans, preuve de leur souci de qualité.
Dans d?autres pays, on va plus loin. On intègre des agents antifongiques et antibactériens aux tissus. Des Japonais ont élaboré une fibre antistress, les Italiens ont conçu une membrane antipollution, les Suisses ont mis au point un tissu qui se régule par rapport aux saisons. La recherche n?a vraiment pas de limites.
Le Dr Sharmila Seetulsingh-Goorah traque le cancer
Quel genre de recherches peut bien effectuer une Senior Lecturer en Health and Medical Sciences de l?université de Maurice ? Sharmila Seetul-singh-Goorah, qui a un doctorat de la faculté de médecine de l?université australienne de New South Wales, traque les solutions pour aider le traitement, le dépistage et la prévention du cancer. Elle travaille plus particulièrement sur trois axes : la thérapie anticancéreuse, le rôle de l?infection bactérienne dans le cancer et ses biomarqueurs.
Elle a entrepris des recherches pour dépister la prévalence d?une bactérie appelée Helicobacter pylori, qui peut être responsable des ulcères de l?estomac et du cancer gastrique. Pour mener à bien ce genre d?étude, il faut suivre un protocole. On fait appel à des volontaires, qui signent un formulaire de consentement. On leur demande s?ils souhaitent connaître les résultats après le test sanguin. Si le test est positif, des médecins leur prescriront des traitements.
Mais il ne suffit pas de détecter le nombre de personnes atteintes de cette bactérie, il faut encore comparer les cas symptomatiques et non symptomatiques, déterminer le type d?Helico bacter, voir si l?infection et ses effets sont causés par des facteurs locaux. Cette recherche a en tout cas fait gagner à Sharmila, le Staff Exchange Award 2004 de l?Association of African Universities.
Autre aspect que la chercheuse tente de démystifier : la chimiothérapie. Les médicaments tuent non seulement les cellules malades mais aussi celles qui sont saines, d?où la chute des cheveux, les vomissements, etc. La Senior Lecturer analyse en laboratoire l?effet de l?adénosine-triphosphate, une molécule qui agit comme réserve d?énergie, mais qui peut aussi tuer les cellules leucémiques.
Quand on fait ce type de recherches, il est primordial de rencontrer des collègues qui travaillent dans le même domaine. « Avoir l?opinion de ses pairs est important pour avancer », explique la conférencière qui se rendra à Brisbane en août prochain au 8th World Congress of Pharmacology & Therapeutics pour présenter ses travaux.
Comment fait-elle pour les finances ? L?université met à la disposition des chercheurs des laboratoires et rembourse par exemple 50 % des frais liés à une conférence effectuée à l?étranger. Mais une bonne conférence coûte très cher et Sharmila souhaite que le secteur privé sponsorise ces activités. Il faut aussi savoir que les projets de recherche doivent passer par des comités d?éthique avant d?être approuvés.
« Mais ces comités ne sont pas indépendants et sont sujets à des vested interests et des conflits d?intérêts, surtout au niveau du ministère de la Santé avec lequel nous souhaitons pourtant travailler en collaboration », explique-t-elle.
L?Areu au service de l?agriculture
S?il est un domaine où la recherche est active à Maurice, c?est bien au niveau de l?agriculture. Les mesures mises en ?uvre par l?Agricul-tural Research and Extension Unit visent à l?amélioration, la modernisation, la conversion, la diversification et la transformation des produits agricoles. À la suite de ses différentes analyses, l?Areu guide les planteurs et fait des recommandations au gouvernement.
Dhaneshwar Dumur, directeur adjoint du département culture, ex-plique que l?Areu est constamment à la recherche de nouvelles techniques. Dans leurs cinq laboratoires, les scientifiques testent des variétés de plantes importées, font des croisements entre différentes espèces. Du côté du département phytopathologie, géré par Sham Benimadhu, on analyse les maladies sur les plantes, les légumes et les fleurs, on cherche des produits non chimiques pour lutter contre les bactéries et les virus dont sont victimes les végétaux.
S?ils n?inventent rien, ils doivent tout de même effectuer des recherches pour trouver des réponses précises au contexte mauricien. C?est l?Areu, par exemple, qui se charge de transformer les résidus agricoles en nutriments pour d?autres plantes. L?organisme est aussi chargé de trouver des moyens de minimiser l?utilisation de pesticides.
L?Areu s?occupe également de la production bovine. Actuellement, les scientifiques expérimentent une nouvelle nourriture pour les vaches laitières, à base de bagasse, de mélasse et de son de blé.
« Nous cherchons des moyens pour que le fermier puisse lui-même, avec les moyens du bord, faire des mélanges pour nourrir ses vaches. Ca lui coûtera moins cher », explique Ahmad Boodoo, Principal Research Scientist de Livestock. Ainsi depuis des mois, on teste à la Livestock Research Station de Curepipe un nouveau mélange. On effectue des essais sur les vaches, on analyse leur poids, la valeur nutritive de la nourriture, etc. Un autre projet consiste à solidifier la mélasse pour qu?elle soit plus facilement transportable.
Autre défi : comment réduire l?odeur du fumier ? Chaque jour les scientifiques observent les matières fécales des vaches, observent leur température, leur couleur, leur texture, évaluent leur degré d?acidité, afin de voir en combien de temps le fumier se stabilise et de vérifier, si on peut, en y ajoutant de la chaux par exemple, diminuer leur odeur.
L?Areu travaille en collaboration avec d?autres instances pour une gestion raisonnée de l?agriculture, et pour analyser l?impact des produits agrochimiques sur les eaux souterraines. Toutes leurs recherches visent à améliorer la productivité de l?agriculture dans le secteur non sucre.
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