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Le Board of Investment en crise
Rien ne va plus au Board of Investment (BOI). L?ingérence ministérielle mine l?agence de promotion de l?investissement et finira par la conduire à l?implosion. Les choses ont atteint un tel point que le personnel est démotivé. Dans les milieux proches du directeur du BOI, Gérard Sanspeur, l?on affirme que ce dernier est si découragé qu?il songerait à prendre ses distances du BOI.
La goutte qui aurait fait déborder le vase se trouve être les insultes proférées à l?égard du directeur du BOI par un membre du gouvernement. Gérard Sanspeur aurait fait les frais du courroux ministériel parce qu?il avait réprimandé Dev Chamroo, l?Investment Promotion Director, et avait rapporté ses manquements au conseil d?administration.
Les reproches faits par Sanspeur à Chamroo étaient liés à la mauvaise gestion du dossier de la multinationale Cisco Systems, le géant de l?internet. (Voir texte plus loin). Comme le contrat de Dev Chumroo arrive à terme à la fin du mois de mai, le conseil d?administration du BOI recommande qu?il soit nommé à un poste de Facilitation Director qui se trouve au même niveau que le poste d?Investment Promotion Director dans l?organigramme de l?agence. Dev Chumroo refuse cette proposition.
Les choses ne sont pas restées là. Lundi dernier, le ministre Bachoo aurait téléphoné au Managing Director, Gérard Sanspeur. Il lui aurait exprimé son insatisfaction en utilisant « abusive language and insulting terms», peut-on lire dans un rapport transmis en haut-lieu à l?Hôtel du gouvernement.
L?ingérence ministérielle au BOI ne s?arrête pas à ce cas précis. La participation mauricienne au Salon des centres d?appel (Séca) à Paris cette semaine en est un autre exemple. Au départ, aucun ministre ne devait faire partie de la délégation. Le programme de l?événement ne fait d?ailleurs pas mention d?une présence ministérielle. Sur le tard, le ministre de la Technologie informatique, Pradeep Jeeha, exprime le souhait de diriger la mission. Le BOI se plie à ses désirs, même si Gérard Sanspeur dit son désaccord.
Comme le ministre réclame un temps de parole de vingt minutes lors de la présentation de la destination Maurice, le programme est modifié en conséquence et l?intervention du Managing Director se trouve réduite à quatre minutes seulement. Sanspeur décide alors de ne pas se rendre à Paris. Les opérateurs participant au Salon n?apprécient pas ce désistement et ont protesté, lors d?une réunion de préparation, hier. Toutefois, cela ne change rien au programme.
Sanspeur, lui, ne sort pas indemne de cet épisode. Le ministre Jeeha lui aurait fait part qu?il était au courant de sa prise de position et lui aurait passé un savon en des termes aussi abusifs que son collègue, dit-on. Même si le Managing Director du BOI se refuse à toute déclaration, on peut comprendre qu?il se sent blessé par les propos des ministres et qu?il songe à quitter l?institution qu?il dirige.
Encore un cas où l?ingérence ministérielle intempestive ferait fuir des compétences du secteur public avec des conséquences néfastes pour le pays.
Cisco en suspens
Le manque de professionnalisme au BOI fait perdre des opportunités à Maurice. Le dernier exemple en date est celui de Cisco Systems. Dans ce cas, l?amateurisme de certains employés du BOI aurait retardé, sinon remis en question, la venue à Maurice du géant de l?internet. Cisco Systems, qui avait été approchée par les autorités mauriciennes depuis 2001, décide récemment de prospecter la possibilité d?installer à Maurice ses « Regional Headquarters » pour la région africaine. A cet effet, Osman Peermamode, un Mauricien, Programme Manager au sein de la compagnie américaine, écrit au BOI. Il fait part de l?intention de Cisco Systems d?installer son siège régional à Maurice et demande des renseignements au sujet des règlements en vigueur dans son secteur d?activité. Sa correspondance reste lettre morte. Le BOI prend huit jours pour répondre. Et encore, les informations fournies ne sont pas complètes. Cisco Systems réagit immédiatement pour demander des précisions. Dix-huit jours plus tard, l?investisseur potentiel les attend toujours. Si le BOI traite de cette façon une demande du leader mondial de l?internet, on peut facilement s?expliquer la difficulté pour Maurice d?attirer les investisseurs...
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