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Parlement : mais ils se croient où ?

22 mai 2004, 20:00

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Le Parlement se serait-il transformé en cour du roi Pétaud ou bien en cour de récré, et les députés en sales garnements sans qu?on s?en aperçoive ? On peut se poser la question au vu de ce qui se passe ces temps derniers à l?Assemblée nationale, instance suprême du pays, censée façonner l?avenir de la nation.

La dégradation est surtout flagrante sur le plan du comportement. Des députés qui s?insultent à longueur de session ; un Premier ministre qui donne le ton à ses troupes et qui abuse de la loi du nombre pour intimider l?opposition ; un leader de l?opposition qui traite un backbencher de couillon et qui accuse le speaker de parti pris ; un ministre qui traite son prédécesseur d?idiot et qui lui demande de la fermer ; un whip de l?opposition qui utilise des propos insultants à l?égard de la s?ur d?un élu de la majorité. Ces exemples sont récents, mais la liste est pourtant loin d?être exhaustive.

Le bon exemple doit venir d?en haut

Face à cette situation, la présidence a du mal à asseoir son autorité. Les choses se dégradent encore plus lorsque Dev Ramnah laisse le perchoir à son adjoint, Dharmaveersing Roopun, au beau milieu du Question Time. Son entourage explique que c?est pour donner à ce dernier « la possibilité de se faire la main ».

Il se trouve aussi que Dev Ramnah se déplace davantage que ses prédécesseurs pour assister à des conférences à l?étranger pendant que le Parlement est en session.

« Dans le temps, le speaker se faisait toujours un devoir d?être présent à l?heure des questions, car c?est un exercice très délicat qui est souvent source de frictions », explique un ancien Deputy Speaker.

Mais les choses ont depuis évolué. On assiste ainsi à des situations souvent embarrassantes et qui ne manquent pas d?égratigner l?institution qu?est le speakership. Il suffit de suivre le mouvement des lèvres du Premier ministre et ses fréquents points d?ordre, qui s?apparentent souvent à des rappels à l?ordre à la personne qui préside, pour comprendre qu?il est loin d?être satisfait de ce qui passe. Encore que le Premier ministre ne soit pas toujours l?exemple à suivre dans ce domaine !

Un habitué des travaux parlementaires trouve d?ailleurs que « les points d?ordre soulevés par Paul Bérenger ne sont pas toujours pertinents. Un tel comportement est un signe d?énervement de la part de l?exécutif et la situation risque de s?amplifier au fur et à mesure que l?on s?approche de l?échéance électorale ».

Un tel capharnaüm provient aussi du fait que la majorité abuse souvent de la loi du nombre pour tenter de faire taire l?adversaire. Ce qui s?est passé mardi dernier illustre parfaitement cet abus. Plusieurs élus de l?alliance gouvernementale, avec Paul Bérenger à leur tête, se sont moqués pendant de longues minutes de l?accent de Rajesh Jeetah au moment où ce dernier lançait une question supplémentaire. Au point où la séance a été perturbée, et le Deputy Speaker complètement dépassé.

Pareils incidents méritent d?être mis à l?index car ils ont souvent lieu en présence d?étudiants à la recherche de modèles.

Un observateur de la chose politique confie que ce qui se passe au Parlement ne le surprend pas. « On ne peut s?attendre que les députés de la majorité agissent différemment lorsqu?ils ont pour chef de file quelqu?un comme Paul Bérenger. Bien souvent c?est lui qui commence à taquiner ses adversaires et les autres ne font que l?imiter. Or, le bon exemple aurait dû venir d?en haut. »

Il est grand temps de se ressaisir

Mais la dégradation ne s?arrête pas uniquement au comportement de nos honorables membres. Elle s?infiltre également dans le rythme des travaux parlementaires. En effet, deux fois de suite, la Chambre, qui n?a qu?une séance par semaine, a terminé ses travaux avant 16 heures, faute de textes de loi.

Les deux derniers projets de loi sont passés comme des lettres à la poste. Le Jewellery Bill, débattu le 11 mai, n?a suscité qu?une brève intervention de Xavier-Luc Duval, alors que The Road Traffic (Amendment) Bill adopté mardi dernier n?a provoqué aucun commentaire de l?opposition. Il a été voté en l?espace de la pensée.

Un texte, The Dangerous Chemicals Control Bill, déposé en première lecture le 4 mai, est actuellement en souffrance. Il n?a pu être débattu jusqu?ici puisque le ministre de la Santé était absent. Ashok Jugnauth, qui avait quitté le pays le 16 mai pour assister à l?assemblée générale annuelle de l?Organisation mondiale de la santé, est rentré hier.

Un haut fonctionnaire explique cette pénurie de textes par le manque de personnel au parquet. « Il est vrai que le gouvernement vient de recruter une quinzaine d?avocats, mais le manque se fait cruellement sentir à l?échelon supérieur et particulièrement chez ceux qui rédigent les textes de loi. »

À ajouter à ce ralentissement, le renvoi des travaux à quinze jours, décidé au début du mois d?avril par le Premier ministre. Paul Bérenger, qui partait en voyage officiel à Madagascar, accompagné de pas moins de six ministres, avait purement et simplement choisi d?accorder une semaine de vacances supplémentaires aux députés.

L?opposition qui a pour premier devoir d?aiguillonner l?exécutif paraît, quant à elle, mal placée pour lui faire la leçon. Son leader, Navin Ramgoolam, qui jouit pourtant d?un statut constitutionnel, laisse l?impression de ne pas saisir convenablement l?importance de son rôle. Car autrement, il passerait davantage de temps au Parlement. Dans la pratique, il revient rarement dans l?hémicycle après le déjeuner, imité souvent en cela par Xavier-Luc Duval, leader du PMXD.

Il serait peut-être temps que ces messieurs se ressaisissent non seulement pour redonner à l?auguste Assemblée le cérémonial auquel elle a droit, mais peut-être aussi pour justifier leurs émoluments. Ce n?est pas le bazar, que diable !

À vous donner envie d?être députés

Rien qu?en termes d?allocations, les vingt-cinq ministres, le speaker, le leader de l?opposition et les autres députés, toutes fonctions confondues, coûtent la bagatelle de Rs 44,5 millions par an aux contribuables. Le montant sera augmenté de 25 % à partir de juillet prochain, conformément aux recommandations du Pay Research Bureau. À cette somme, il convient d?ajouter le coût des autres privilèges accordés à nos élus. Plus de quarante d?entre eux ? à savoir les ministres, le speaker et son adjoint, le leader de l?opposition, les secrétaires parlementaires, le Chief Government Whip et son adjoint, le whip de l?opposition, le président du Public Accounts Committee et le Deputy Chairman of Committees ? ont tous droit à une voiture de fonction avec allocation pour chauffeur. Tout député a le droit d?acheter une voiture en hors taxes, de toucher une allocation pour du carburant, ainsi que pour l?emploi d?un secrétaire.

Ils ont également droit à une exemption fiscale de 20 % sur leurs allocations, à un ordinateur portable, un fax. Le téléphone pour les appels locaux est gratuit, même si certains choisissent d?utiliser des numéros confidentiels, ainsi que l?affranchissement postal.

Il va sans dire que ces privilèges ont leur utilité. Pour peu que nos élus s?en servent judicieusement.

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