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MAN U-MILLWALL Did you say one-sided ?

21 mai 2004, 20:00

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On vous le concède, Manchester United-Millwall, ce n?est peut-être pas la finale qu?on espérait. La FA Cup, disent les puristes, méritait un meilleur scénario pour sa 123e édition. Sans doute ont-ils raison.

Aussi déséquilibrée qu?elle puisse paraître, l?affiche qu?abritera cet après-midi, à partir de 18 h, le majestueux Millenium de Cardiff ne manquera pourtant pas d?attraits.

Déjà parce que l?enjeu est de taille. Et il serait grossier, à ce stade, de penser qu?il n?y a que Manchester United qui a une obligation de résultat.

Certes, les Mancuniens seront davantage sous pression, ayant, cette saison, lamentablement échoué en championnat comme en Ligue des Champions. Mais s?ils joueront leur saison sur ce seul match, les Lions eux, essayeront carrément de sauver leur histoire.

Englué dans la modeste Nationwide, Millwall, pourtant un des clubs les plus populaires d?Angleterre, n?a eu de cesse, le siècle dernier, de passer à côté des honneurs, échouant trois fois au stade des demi-finales de la Coupe d?Angleterre (1900, 1903, 1937). Au lieu de ça, il s?est bâti une sale réputation, étant aujourd?hui reconnu comme le berceau du hooliganisme au pays de sa majesté la Reine.

Moyennant que les deux joueurs soient alignés, ce qui n?est pas encore acquis, on aura peut-être droit à un match dans le match. Roy Keane versus Dennis Wise, deux vieux de la vieille qui ne font jamais les choses comme les autres, des Bad Boys qui pèsent de tout leur poids sur le cours d?un match.

Blessé à la jambe, Keane est resté trois semaines éloigné des terrains et sa présence à Cardiff, cet après-midi, était jusque-là considérée comme incertaine. Mais le bouillant Irlandais, pressé de disputer sa sixième finale de FA Cup, un record, a lui-même annoncé cette semaine qu?il mènera Man U à la bataille. Propos du reste confirmé par l?entraîneur Sir Alex Ferguson, qui espère lui remporter sa quatrième Cup (1990, 1994, 1996, 1999), la onzième de l?histoire de United : ?Roy, c?est notre capitaine. Il a l?expérience des finales. C?est un grand joueur et je n?entends pas me passer de lui.?

Dennis Wise, lui, pourrait être moins chanceux. A hier, son sort reposait entre les mains expertes d?un masseur italien qu?il est spécialement parti consulter à Milan. A 37 ans, l?emblématique player-manager de Millwall espère entrer dans l?histoire en devenant le premier joueur à remporter la FA Cup sous trois maillots différents, ayant précédemment fait le bonheur de Wimbledon et de Chelsea. Mais, aux dernières nouvelles, sa course contre la montre pourrait s?avérer vaine. Sans Wise, Millwall n?est plus tout à fait Millwall, ce qui explique sans doute, au-delà de la différence de niveau entre les deux équipes, les cotes extrêmes affichées par les bookies : 8/1 pour le club de Nationwide, 1/3 pour Manchester United.

Huit contre un pour une finale, ça paraît forcément tentant même si ça fait maintenant vingt ans, et un troisième tour mal négocié contre Bournemouth un certain 7 janvier 1984 à Dean Court (2-0), que Manchester United n?a plus perdu contre une équipe de division inférieure.

La Cup et sa légende, cela dit, nous ont habitués à de drôles de miracles. Les nombreux supporters mauriciens de Liverpool ne nous diront pas le contraire, eux qui, dix-sept ans après, n?ont toujours pas digéré l?insolente réussite de Wimbledon à Wembley.

Ceux de Man U se souviennent, eux, du hold-up réussi par Southampton en 1976. Les Saints, à l?époque, n?avaient pas encore atteint la maturité qui est aujourd?hui la leur et personne ne s?était hasardé à les donner gagnant.

Il y eut, aussi, l?épopée contre le modeste Brighton and Hove Albion en 1983. Repoussés dans leurs derniers retrachements par des ?moins que rien?, pour reprendre les propres termes d?un certain Norman Whiteside, les Diables Rouges avaient, dans un premier temps, évité la désillusion suprême, arrachant d?abord un nul pas tout à fait mérité, 2-2, avant de corriger la tendance lors du replay sous la forme d?un 4-0.

Fidèle adjoint de Wise sur le banc de Millwall, Ray Wilkins, un ancien d?Old Trafford, croit son équipe capable de marquer davantage l?histoire que le Crazy Gang de 1987, au sein duquel s?étaient distingués Lawrie Sanchez, buteur d?un soir, John Fashanu, attaquant à la fois esthétique et puissant, le chaud bouillant Vinnie Jones mais aussi un certain Dennis Wise, considéré à l?époque comme la future grande star du football anglais. ?Je ne sais pas pourquoi, mais je la sens bien cette finale?, a pourtant pris le risque d?affirmer Ray Wilkins. ?Wimbledon, c?est une chose. Mais j?ai l?impression qu?on fera encore mieux que les Dons, qu?on frappera davantage l?imaginaire collectif.? Prétentieux ? Ambitieux ? Un peu des deux en réalité.

Millwall, en tout cas, est à 90 minutes du bonheur. Les Lions ont eu, jusqu?ici, un parcours de rêve, le hasard du tirage au sort leur ayant évité toute confrontation avec des clubs de la Premier League : Walsall (2-1), Telford (2-0), Burnley (1-0), Tranmere (2-1), Sunderland (2-1). Millwall est le 54e club à disputer la finale de la Cup, le 24e à atteindre un tel pallier sans pour autant appartenir à l?élite.

Manchester United, à l?inverse, n?a pas eu la même chance, ce qui rend sa qualification pour la 16e finale de son histoire - record d?Arsenal égalé - encore plus méritante.

Le deuxième club le plus titré d?Angleterre avait entamé son épopée 2003-2004 par une belle victoire à Aston Villa (2-1) avant de sortir tour à tour Northampton (3-0), Manchester City (4-2), Fulham (2-1) et finalement, en demi-finale, le double tenant du titre et champion d?Angleterre Arsenal (1-0).

Favori, Manchester United l?est. Il ne peut en être autrement. Mais le douloureux souvenir de cinq finales perdues contre Aston Villa (1957), Bolton (1958), Southampton (1976), Arsenal (1979) et Everton (1995) incite sir Alex Ferguson à la prudence. Et c?est précisément cette prudence et ce respect fondamental de l?adversaire qui pourraient éviter aux Diables Rouges la désillusion que leur promet les lions de Millwall.

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