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Les infirmiers ont peur

21 mai 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Des policiers en poste aux urgences, dans tous les hôpitaux, 24 heures sur 24. Cette décision du Conseil des ministres d?hier aurait de quoi rassurer les infirmiers. La Nurses Union (NU) ne reprend pas confiance pour autant.

C?est ce qui est ressorti d?une conférence de presse tenue par cette association d?infirmiers à Port-Louis hier. Cassam Kurreeman, président de la NU s?interroge : le 18 mai, jour auquel il avait reçu l?assurance du ministère de la Santé et de la police que tous les casualty wards de l?île auraient une présence policière 24 heures sur 24, il y a eu une autre agression à l?hôpital Victoria.

De plus, les dépositions faites à la police resteraient sans suite. Ces deux dernières semaines, les infirmiers ont été victimes de quatre agressions, dont deux physiques. La première a eu lieu le 9 mai à l?hôpital Victoria où environ 30 personnes accompagnant un patient ont malmené un infirmier qui voulait leur interdire l?accès à la salle de traitement. La seconde agression s?est passée deux jours plus tard à l?hôpital Brown Séquard à Beau-Bassin.

Selon Cassam Kureeman, les dépositions faites au poste de police de Candos n?ont rien donné. Plus inquiétant, il allègue que dans le cas de l?hôpital Victoria, les agresseurs jouiraient d?une protection politique. « En permettant à certaines personnes de semer la panique dans nos institutions, c?est la loi de la jungle qu?ils préconisent », déplore-t-il.

Cassam Kurreeman explique aussi que toutes les agressions se sont produites entre 21 heures et minuit, alors que la police est à peine présente à ces heures-là. « Il n?y a plus d?heures de pointe. Entre 18 heures et 1 heure il y a autant de personnes dans nos hôpitaux que pendant la journée », dit-il. La mesure appliquée par le ministère de la Santé pour une présence policière 24 heures sur 24 devrait améliorer cette situation.

Mais elle n?est sûrement pas suffisante. La NU propose d?autres solutions pour pallier l?insécurité dans les hôpitaux. La première est d?interdire l?accès aux visiteurs à certains lieux, comme les salles d?opération. Le président préconise aussi de revoir le système de sécurité à l?entrée des hôpitaux en évitant de placer des vigiles âgés, ou des policiers indifférents. « Il faut contrôler l?entrée des visiteurs », insiste-t-il.

Il demande aussi que les patients soient accompagnés d?un maximum de deux personnes et non 20 comme c?est souvent le cas. Il est également essentiel d?informer le grand public sur les lois en vigueur dans les hôpitaux. « Tous les jours des personnes viennent à l?hôpital sans savoir que c?est une zone non-fumeur. Il faudra sensibiliser les gens à ces choses-là. » L?infrastructure des hôpitaux, et notamment la proximité des salles d?attente des salles de traitement, contribue aussi au chaos actuel.

Le ministère voudrait mettre en place un système de cartes de visite dans les hôpitaux. Chaque patient aurait droit à deux cartes. Cassam Kurreeman condamne ce projet car, selon lui, il mettra la vie des soigneurs en danger. Si les visiteurs sont trop nombreux ils risquent de se disputer pour les cartes. De plus, la distribution et le choix du visiteur entraîneront une perte de temps.

Pour terminer, il a lancé un appel au public et à la police. Au premier il demande de cesser les hostilités et au deuxième de faire son travail correctement.

Toutefois, les torts ne sont-ils pas partagés ? Si les agressions sont l??uvre de quelques mauvais éléments, une minorité du personnel soignant n?est-elle pas également responsable du ternissement grandissant de la réputation du corps médical ? Cassam Kureeman insiste : « 90 % de nos infirmiers font un travail formidable. »

Pour stopper cet antagonisme, le ministère et la police devront faire preuve de plus de bonne volonté alors que le public et les infirmiers devront mettre un peu d?eau dans leur vin. Sinon, « le plus gros perdant sera le public », conclut Cassam Kurreeman.

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