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Elargissement du canal de Panama
A côté des écluses de Miraflores, les touristes admirent le nouveau centre de visiteurs du canal de Panama, ouvrage imposant et belle mécanique. Dans l?ancien Administra-tion Building, désormais entre les mains des Panaméens, les fres-ques d?une rotonde néo-classique rappellent les principales étapes du percement de la voie interocéanique. Le canal risque de devenir obsolète s?il ne s?adapte pas à l?évolution du commerce maritime, dopé par le boom de la Chine.
Ricaurte Vasquez, l?administrateur adjoint, expose les enjeux. Tous les ans, 14 000 bateaux effectuent la traversée. Le canal réalise un chiffre d?affaires de 900 millions de dollars par an (près de 750 millions d?euros). Depuis quatre ans, 1 436 millions de dollars de bénéfices ont été reversés à la République du Panama. Ni le tourisme ni les banques ne rapportent autant. En sept ans, 1 400 millions ont été investis pour moderniser les installations, mais de nouvelles écluses s?imposent pour absorber l?accroissement de la demande et pour accueillir les supercargos qui dépassent les normes Panamax.
Une forte attente sociale
Les grands travaux représenteraient un chantier comparable à celui mené à son terme par les Américains en 1914. Le consortium franco-belge Coynes-Bellier a remporté l?appel d?offres pour les études préliminaires, mais l?Autorité du canal de Panama (ACP) a confié une seconde étude au génie civil de l?armée américaine, maître d??uvre du premier chantier. Autant dire que l?Europe et les États-Unis se retrouvent en concurrence sur un projet dont la magnitude fait tourner la tête aux constructeurs.
« L?évaluation de marché, de coût et de financement, ainsi que l?impact sur l?environnement, sont encore en cours », prévient Ricaurte Vasquez, qui n?avance pas de chiffre. Au Panama, on parle de 10 milliards de dollars.
M. Vasquez est séduit par la proposition européenne d?écluses coulissantes, au lieu des actuelles écluses battantes, entre autres parce qu?elles sont plus économes en eau. Le phénomène climatique El Niño et la sécheresse ont servi d?alerte en ce domaine. L?éventuel élargissement de la réserve d?eau, qui nécessiterait le déplacement de quelque 2 000 paysans, agite les organisations non-gouvernementales. L?église soutient le Front paysan contre les barrages. Pour y faire face, l?Autorité du canal, en collaboration avec le gouvernement, distribue des titres de propriété des terres de la région concernée, pour que les paysans puissent faire valoir leurs droits. Raul Leis et Ricaurte Vasquez sont d?accord au moins sur un point : « Le canal de Panama continue à être perçu comme une entité qui échappe aux Panaméens ». L?administrateur adjoint approuve la proposition du président élu Martin Torrijos visant à orienter l?apport financier du canal vers l?éducation ou la santé, de manière à la rendre visible, au lieu de la diluer dans le budget national, comme jusqu?à présent. « Nous ne pouvons pas fonctionner en marge du pays, comme la zone franche de Colon », admet M. Vasquez. Si l?autonomie de l?ACP fait l?objet d?un consensus, les retombées d?un élargissement représentent une tentation pour un État endetté, en proie à une pauvreté qui touche 40 % de la population.
« L?élargissement suscite une immense attente, confirme Juan Felipe Pitty, président des avocats maritimes. « Si le canal emploie moins de 9 000 personnes, il génère 200 000 emplois indirects dans un pays d?à peine 3 millions d?habitants. L?élargissement est inéluctable, car 140 navires post-Panama sont déjà en construction », précise-t-il. « Le chantier ne va pas éliminer à lui seul le chômage dont souffrent les Panaméens », pondère Ricaurte Vasquez. La construction pourrait employer 15 000 ouvriers. Une attente sociale excessive serait d?autant plus problématique que l?élargissement devra être soumis à un référendum. Si la garantie de l?État n?est pas à exclure, l?autofinancement reste la doctrine de l?ACP. « Nous sommes capables d?emprunter et de rembourser sur nos revenus », soutient M. Vasquez, quitte à revoir les tarifs. La modernisation déjà entreprise s?est traduite par une hausse de 16,5 % des péages, en deux fois. « Nous sommes moins chers que le canal de Suez, pour un service autrement complexe », s?exclame le numéro 2 de l?ACP, un homme de terrain doublé d?un passionné.
2004 Le Monde Paulo A. Paranagua
Distribué par The New York
Times Syndicate
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