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Le non-droit persiste
Les accusations de torture contre des prisonniers irakiens ne pouvaient tomber plus mal pour la coalition américano-britannique, à l?issue du mois le plus sanglant du conflit depuis la fin ? officielle ? de la guerre. Les témoignages et les photographies d?actes brutaux et dégradants commis par des militaires américains sur des détenus ont fait le tour du monde, et leur impact dans la rue arabe ne saurait être minimisé. Même si un doute subsiste sur l?authenticité des clichés impliquant des Britanniques.
Respecter les conventionsde Genève
Les opposants irakiens ne sont pas en reste avec leurs attentats aveugles. Et la torture est, hélas, un sous-produit condamnable mais habituel des situations de conflit et de répression. Aucun pays n?en a été exempt, la France incluse, pour ceux qui n?ont pas oublié les heures noires de la guerre d?Algérie.
Ces actes inadmissibles ont eu lieu dans le cadre d?une exacerbation des relations entre Américains et Irakiens depuis la « libération » de leur pays. Et qu?ils s?inscrivent en faux contre cette idée de l?administration Bush qu?elle n?a pas à être liée par des conventions internationales encombrantes.
Depuis son arrivée en Irak, l?armée américaine a eu la main lourde et a, pour le moins, manqué de doigté dans sa guerre psychologique. En même temps, le Pentagone avait gravement sous-estimé les effectifs nécessaires pour y ramener la paix. Même une réaction rapide de Washington à l?encontre des coupables risque d?être insuffisante, tant l?hostilité des Irakiens, chiites comme sunnites, est générale.
Et, comme le remarque le Washington Post, « les politiciens et les chefs militaires américains doivent en tirer une leçon importante et implacable : les règles de droit comptent, même quand il s?agit des pires ennemis de l?Amérique. »
Comment, par exemple, justifier que l?interrogatoire de prisonniers, de guerre ou autres, puisse être « sous-traité » à des « consultants » civils, mercenaires recrutés auprès d?officines spécialisées ? Il est crucial pour la coalition, qu?elle respecte les conventions de Genève sur le terrain comme dans cette zone de non-droit qu?est la base de Guantanamo.
Il n?est pas certain que cela suffise à redresser la situation sur le terrain. Il y va, malgré tout, de l?honneur des États-Unis, ancien leader du « monde libre » et unique superpuissance, de faire en sorte que les coupables soient châtiés, que ces atrocités ne se reproduisent plus et que le droit de la guerre prévale.
Sinon, comment convaincre Irakiens et musulmans de la bonne foi de Washington ? Et comment persuader d?autres pays ? européens en particulier ? de participer sous commandement américain au processus de paix en Irak ?
2004 Le Monde ? AFP
Distribué par The New York
Times Syndicate
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