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L?amie des bêtes
«L?humain ne m?intéresse pas autant que les animaux», avoue Marie Claire Henry dont la silhouette élancée est familière des turfistes fréquentant assidûment le Champ-de-Mars.
Ce culte qu?elle voue aux animaux s?est développé au contact des animaux domestiques élevés par sa mère Rosemarie, infirmière de profession et son père Jacques Domaingue, médecin généraliste. «Il y a toujours eu beaucoup d?animaux chez nous, que ce soit des chiens, des chats, des cochons d?Inde, des lapins, des cabris, des poissons.. C?était presque une ménagerie», raconte-t-elle en riant.
Bien avant qu?elle ne sache marcher, ses parents l?avaient placée sur la croupe d?un cheval, histoire de l?habituer à l?animal. A 10 ans, elle suit les traces de sa s?ur aînée et effectue son baptême d?équitation au Club hippique à Floréal. Depuis, elle n?a cessé de monter à cheval. Son cheval se nomme Grey Tornado en raison de sa robe grise.
Ayant baigné dans un environnement où la médecine était omniprésente, Marie Claire, qui effectue ses études au Lycée Labourdonnais, opte pour un baccalauréat scientifique. Et c?est sans hésitation qu?elle choisit d?aller se spécialiser en médecine animale. Elle s?inscrira à Maisons Alfort, la plus ancienne école française de vétérinaires, située en banlieue parisienne. Au bout de six ans, elle choisit une spécialité équine. des cliniques vétérinaires «J?adore le cheval car je trouve que c?est un animal plein de défis. Et puis, s?occuper de chevaux relève davantage de la médecine sportive que de la médecine générale». Sa thèse pour son doctorat porte sur l?arthrose chez le cheval.
Marie Claire passe deux années supplémentaires en France, le temps de se familiariser au monde du travail, notamment dans des cliniques vétérinaires à la périphérie de Paris et en Normandie. Elle découvre avec fascination l?univers de la reproduction de chevaux. Au cours de vacances à Maurice, elle rencontre Serge Henry, propriétaire de chevaux et entraîneur. Ce dernier est justement en quête d?un vétérinaire. A son retour au pays en 1998, elle est embauchée par lui. C?est d?ailleurs au sein de l?écurie Serge Henry qu?elle croise son futur époux, Jean-Michel Henry, fils de Serge, avec qui elle partage sa passion pour les chevaux. Leur vie est d?ailleurs calquée sur le mode opératoire de ces bêtes racées. Ils vont se coucher tôt pour pouvoir se réveiller à 4 heures du matin et assister à l?entraînement.
A ses débuts à l?écurie Henry, Marie Claire travaille avec les chevaux de courses et ceux de loisirs dans les clubs. A l?écurie, elle doit vérifier leur état de santé, les préparer pour les courses par le biais d?une alimentation appropriée et une réhydratation riche en sels vitaminés, surveiller leurs ligaments, os et cartilages, qui sont fragiles. «Mon rôle est de soutenir et d?épauler l?entraîneur qui fait le plus gros du travail le matin. C?est lui qui m?informe d?un problème particulier ou d?un quelconque motif d?insatisfaction». Elle a actuellement sous sa responsabilité une soixantaine de chevaux, dont une quarantaine appartiennent à l?écurie Serge Henry et une vingtaine à l?écurie Vincent Allet.
Malgré ce nombre impressionnant de bêtes, ses inspections n?occupent que deux heures de son emploi du temps au quotidien. Si bien que Marie Claire a décidé d?élargir son champ d?action en prenant de l?emploi comme vétérinaire à la sucrerie de Médine. «Je m?occupe de tous leurs animaux, que ce soit les exotiques de Casela ou les b?ufs et les cerfs. J?applique les connaissances apprises à Maisons Alfort et c?est très enrichissant».
Mais sa passion pour les chevaux domine tout. Elle occupe les trois quarts de ses conversations. Lorsqu?un cheval est malade, elle en fait SA priorité et l?affaire prend alors des allures de drame. «Le 31 décembre dernier, j?avais un cheval malade et je peux vous dire que, pas une seule seconde, je n?ai pensé au réveillon. Quand j?ai un cheval malade, je ne ferme pas les yeux de la nuit».
Marie Claire ne conçoit d?ailleurs pas sa vie sans un cheval. A sept mois de grossesse, son gynécologue a dû la mettre aux arrêts. «Il a constaté que je faisais des bêtises et il m?a forcée à m?arrêter. C?était dur mais quand j?ai accouché de ma fille Julie, qui a neuf mois, j?ai mieux compris sa décision. Maintenant c?est ma fille qui compte plus que tout».
Cela ne l?empêche pas d?avoir un deuxième «bébé» de deux ans nommé Séga. Il s?agit d?un étalon issu d?une saillie entre la jument Eton Speed et le cheval Turbulator. Accouplement orchestré par elle et son mari à Balaclava. Séga est né le jour de l?anniversaire de Marie Claire. Du coup, l?événement a pris un sens profond. Elle est d?ailleurs excitée à l?idée que Séga puisse courir sur la piste du Champ-de-Mars cette année.
Canicule nuisible aux chevaux
Le plus gros problème rencontré par les chevaux à Maurice, explique-t-elle, c?est la canicule. «Il faut sans cesse veiller à leur éviter l?anhydrose, c?est-à-dire la déshydratation. Et puis, la piste du Champ de Mars est si serrée et les chevaux tournent toujours dans le même sens que cela cause des pathologies articulaires et tendineuses. Il est vrai que le Mauritius Turf Club abat un travail monstre pour amortir le terrain mais la piste reste tout de même trop serrée».
Il lui est fréquemment arrivée d?accompagner son beau-père en Afrique du Sud pour des visites d?achat. Accompagnement qui vaut son pesant d?or car il évite à l?entraîneur d?acheter des chevaux à problèmes. «On les regarde trotter, on les palpe et à ce moment-là, on conseille ou déconseille l?achat».
Elle estime que les chevaux de courses et ceux de loisirs sont bien entretenus à Maurice, à quelques exceptions près cependant. «Un cheval coûte cher à nourrir et à entretenir. Le coût minimal se situe entre Rs 3 000. et Rs 5 000. et c?est sans compter les vitamines et autres nutriments dont il a besoin. Il y a des gens qui prennent un cheval en pensant pouvoir le nourrir alors qu?ils n?ont pas les moyens de le faire. L?animal est alors maltraité.»
Le moment tant redouté par Marie Claire est celui où elle doit pratiquer l?euthanasie sur un coursier malade et irrécupérable. « Plus d?une fois, j?ai dû faire cette injection létale après une colique ou un claquage et c?est très dur. C?est une décision dure mais je dois la prendre, de concert avec l?entraîneur ou le propriétaire. Quand je dois la pratiquer, je le fais pour abréger les souffrances de l?animal mais la question qui me hante toujours est : qu?est-ce que j?aurais pu faire et que je n?ai pas fait? C?est pénible.»
Marie Claire n?a jamais été en présence d?une tentative de dopage pour gagner une course. « En tant que vétérinaire et avec l?expérience, je connais les délais d?attente des médicaments et leur temps d?excrétion. Mais chaque cheval étant un individuel, il arrive que l?un garde un médicament plus longtemps qu?un autre. Ce qui fait qu?il sera testé positif. Mais ce n?est jamais délibéré. Les actes délibérés existent mais heureusement qu?ils sont rares.»
Elle trouve ces tentatives stupides, d?autant plus que le Mauritius Turf Club dispose d?un laboratoire de détection perfec- tionné. «Un mois avant le début de la saison et une semaine avant chaque course, il y a des contrôles. En sus de cela, tous les traitements vétérinaires sont contrôlés également par le MTC.»
Les Français sont très friands de la viande de cheval. Marie Claire est très libérale sur la question, même si elle ne peut en manger. «D?après mes lectures, il s?agit d?une viande hypoallergénique, qui est bonne pour ceux souffrant d?allergies. Je n?ai rien contre mais je n?en mangerai pas moi ».
Aussi étonnant que cela puisse paraître, le rêve que caresse de temps à autre Marie Claire n?a rien à voir avec les chevaux. Cette arrière-petite-fille du Dr Maurice Curé, un des membres fondateurs du Parti travailliste, est titillée par l?idée de faire de la politique. Si un jour elle parvient à réaliser ce rêve, cette incursion devrait lui permettre de se familiariser à un autre type de bêtes?
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