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«Démocratiser l?économie»
Le 1er Mai, le Parti travailliste (PTr) a lancé sa campagne électorale.
Nous avons déjà commencé à mettre sur place les structures de campagnes. Nous sommes en train d?éplucher la liste électorale pour nous partager le travail.
Vous vous y prenez tôt. Ne craignez-vous pas d?être essoufflé ?
Non. Nous y allons à notre rythme, en faisant de petites réunions de proximité. Nous procédons avec humilité. Le succès de mobilisation pour la Fête du travail prouve que notre approche est la bonne.
Le PTr semble avoir repris le flambeau de la lutte des classes menée par le Mouvement militant mauricien (MMM).
Le PTr a toujours prôné une société plus juste et équitable. Nous n?avons jamais dévié de ce principe. Nous redéfinissons nos « core values » dans le nouveau contrat social que nous comptons proposer lors des prochaines législatives.
Que propose le PTr dans le concret ?
Démocratiser l?économie. Nous préconisons un partage des richesses, pourquoi pas à travers une participation à l?actionnariat ?
Démocratisation. Ce terme traduit-il une prédisposition contre les possédants du jour ?
Absolument pas. Nous sommes conscients que nos détracteurs nous prêtent de sombres desseins. C?est démagogique !
Le 1er Mai, le leader du PTr a déclaré son intention de « reprendre » Agalega aux promoteurs hôteliers dès qu?il est reconduit au pouvoir. Ce n?est pas une menace à la Mugabe ?
Nous voulons éviter que le syndrome Zimbabwe s?installe dans notre pays. Le président Robert Mugabe en est arrivé là parce que les anciens colons n?ont pas tenu leur promesse de donner aux Zimbabwéens les moyens de racheter des terres.
Il y a néanmoins une menace dans les propos du leader travailliste.
Nous sommes contre une politique de développement qui consolide l?assise économique d?une même poignée d?opérateurs. Nous tenons à ce qu?un plus grand nombre de Mauriciens puissent se lancer dans les affaires.
Un éventuel gouvernement travailliste résiliera donc tout bail accordé au groupe Ireland Blyth à Agalega ?
Pas forcément. Mais nous prendrontscertainement des mesures correctives. Pas question, par exemple, de permettre au même opérateur de contrôler aussi la pêche et l?accès aux îles, et encore moins de gérer Agalega.
Et la permanence de l?Etat alors?
Certes. Il faut faire perpétuer la permanence de l?Etat. Mais il ne faut pas non plus que l?Etat devienne abusif, qu?il se mettre à brader le patrimoine.
Le PTr s?est également prononcé contre les projets de développement foncier et hôtelier, dont dans le Sud ?
L?hôtellerie est un puissant moteur de développement. Les grands groupes bénéficient de tout le soutien de l?Etat pour réaliser rapidement leurs projets. Tant mieux. Mais nous demandons qu?il y ait une contrepartie. Par exemple, les services connexes à l?hôtellerie, allant de la boulangerie à la restauration, peuvent être confiés aux petits entrepreneurs plutôt. De même, ces méga projets mettent à nu une politique économique à deux vitesses. Pourquoi cela prend-il dix fois plus de temps à un petit entrepreneur pour obtenir le feu vert des autorités ?
Le fonds négocié par l?Etat pour construire des infrastructures sociales ne vous satisfont pas ?
Non. Souvenez-vous du président américain John Kennedy qui, à l?approche des élections, devait montrer sa proximité avec la communauté noire. Il avait demandé qu?on lui ramène le jazzman Samy Davis, symbole noir, afin qu?il puisse se faire photographier avec lui. Clairement, ce geste n?était que cosmétique. Il n?outillait pas vraiment les noirs. Il en va de même pour les plages publiques et autres centres communautaires négociés par le régime avec les hôteliers.
Les travaillistes sont réputés pour avoir la critique facile mais pour être avares de propositions de solution.
Si ce gouvernement avait eu l?humilité d?écouter, s?il avait mobilisé les ressources intellectuelles du pays pour décider de la meilleure orientation économique pour le pays, nous aurions répondu à l?appel. C?est de cette manière qu?avait procédé le PTr peu après l?indépendance du pays. La conjoncture actuelle réclame le même élan patriotique. Car certes les préférences tombent, mais il y a aussi des opportunités comme l?AGOA. Mais ceux qui sont au pouvoir se croient trop malins.
Et ils ont raté l?AGOA ?
Les faits sont là. Deux filatures ont suffi pour faire perdre la tête au gouvernement. Résultat, ce sont aujourd?hui les industriels hongkongais qui sont en train de faire le travail de lobby à notre place ! Si ce régime avait agi avec prévoyance, il aurait mobilisé toutes les ressources pour définir une stratégie de négociation qui aurait peut-être impliqué Diégo Garcia. Le Premier ministre se rend aux Etats-Unis. Mais cette visite n?est-elle pas inopportune ? L?Amérique est en campagne électorale.
Qu?en est-il du programme économique du PTr ?
Nous travaillons dessus depuis un bon bout de temps. Nous avons tenu une série d?ateliers de travail juste avant notre congrès. Nous avons aussi une équipe d?intellectuels de tout bord travaillant avec nous sur notre nouveau contrat social. Navin Ramgoolam est en train de ficeler son « mission statement ».
La démocratisation de l?économie est une idée forte sur laquelle insiste le PTr. Quels sont les autres fondements du programme électoral des travaillistes ?
L?internationalisation de l?économie en est un. Il faut cesser de dorloter un secteur privé local à bout de souffle et d?idées. Il faut ouvrir le pays à des capitaux ainsi qu?à des idées étrangères. Nous comptons aussi explorer de plus près l?axe Asie-Maurice-Afrique. Nous prônons une politique de redistribution des richesses. Pourquoi pas en taxant les profits ? Nous travaillons aussi sur quelques mesures symboles qui induiront un « feel good factor » et contribueront à créer un élan national.
Le discours économique travailliste risque d?effaroucher les investisseurs.
Non. L?investisseur cherche surtout un environnement stable, une main-d??uvre disponible et qualifiée et un Etat de droit.
Que dit le PTr sur la réforme électorale ?
Nous avons déposé devant la Commission Sachs. Le rapport du comité d?élite présidé par Ivan Collendavelloo en est une émanation. Nous pensons que celui-ci doit servir de document de base pour un débat national sur le sujet. Le public doit savoir ce à quoi il s?engage. Nous avons démarré une campagne d?explication à notre niveau. Du reste, cela ne sert à rien de réformer le système électoral sans résoudre la problématique du financement des partis politiques et sans revoir les pouvoirs du commissaire électoral ainsi que le découpage électoral.
Que pensez-vous de la proposition du gouvernement d?accepter l?alternative MSM au rapport Collendavelloo ?
Cela ne nous étonne guère. Le même procédé a été employé pour le comité anti-corruption. Le gouvernement met un comité d?élite au travail et s?arrange par la suite pour remettre en question son autorité. Collendavelloo lui-même prend de la distance et demande un vote de conscience. C?est dire la gravité de la chose.
Vous craignez la nouvelle formule?
Cette formule institutionnalise le ethnic politics. Mais nous ne la craignons pas. Non. En revanche, le MSM devrait faire attention. C?est un véritable cheval de Troie que son partenaire lui envoie. Il va provoquer la débâcle dans les rangs du MSM. Le leadership de Pravind Jugnauth n?est pas assez solide pour gérer cette cacophonie. Le MSM s?effritera.
Même si le MSM fusionnait avec le MMM ?
Il y a bien eu une stratégie pour booster Pravind Jugnauth. Mais celle-ci a échoué à deux reprises, lors de la partielle de Piton?Rivière-du-Rempart et à l?occasion du 1er Mai. Si bien que Bérenger semble avoir remis à plus tard son annonce de la formule de partage de pouvoir lors des prochaines législatives. On va voir jusqu?à quand le MMM acceptera de porter Pravind Jugnauth qui ne fait pas l?unanimité au sein de son propre parti. Son père critique son gouvernement ouvertement. Plusieurs de ses camarades de parti préfèrent traiter avec le patriarche. Ses partisans nous recherchent?
Vous faites partie du comité d?élite sur le financement des partis politiques. A quand les conclusions ?
Il n?existe même pas l?ébauche d?un plan à l?heure qu?il est.
«Si ce gouvernement avait eu l?humilité d?écouter, s?il avait mobilisé les ressources intellectuelles pour décider le la meilleure orientation économique du pays, nous aurions répondu à l?appel. C?est de cette manière qu?avait procédé le PTr peu après l?indépendance du pays. »
«Le PTr a toujours prôné une société plus juste et équitable. Nous voulons démocratiser l?économie. Nous préconisons un partage des richesses, pourquoi pas à travers une particpation à l?actionnariat. »
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